Vendredi - 29 Mai 2020

Gilles Guillou / Guitariste compositeur en Pays d’Aix-en-Provence


photo portrait Gilles

Quand vous aurez pris connaissance du parcours de ce musicien, vous comprendrez pourquoi nous allons prochainement déposer un projet de loi obligeant les enfants à farfouiller dans les greniers de leurs grands-mères…

En effet, ceux-ci recèlent des trésors inestimables, et celui qu’a découvert Gilles Guillou, il y a bien longtemps, du côté de Chateaudun, dans les combles de la maison de son aïeule, lui a tout simplement révélé le sens qu’il voulait donner à sa vie… Merci Gilles !

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Bonjour Gilles… Un jour, vous avez été « touché » par la musique, c’était où et quand ? Était-ce une rencontre fortuite, ou au contraire une rencontre « programmée » ?

panneau chateaudunJe vais faire une réponse de normand, car finalement, c’est un peu des 2 ! Les circonstances de la vie ont fait qu’à l’âge de 6 ou 7 ans, j’ai du quitter le 20ème arrondissement de Paris, où j’avais grandi jusque là, et j’ai été transplanté chez ma grand-mère, à Chateaudun, petite ville rurale d’Eure et Loire.

Comme toutes les grands-mères de cette époque, la mienne avait un grenier, et en y farfouillant, un jour, je découvre une mandoline. Dans mon grand désespoir (car je dois bien avouer que ma grand-mère était très gentille, mais le temps me paraissait très long loin de chez moi), cette mandoline est très rapidement devenue ma meilleure amie.

En fait, j’avais jusque là toujours été bercé par la musique, car ma mère l’aimait énormément, elle incarnait cet art, et c’est vraiment elle qui m’a éveillé l’oreille. J’avais aussi eu droit à quelques cours de piano, mais ce n’était pas un bon souvenir, car mon prof me tapait sur les doigts quand je me trompais… Je lui en voudrai toute ma vie pour ça.

Donc la découverte de la mandoline dans le grenier de ma grand-mère est certainement un hasard, mais ce qui ne l’est pas, c’est que durant toute ma vie, c’est toujours la musique qui m’a permis de m’en sortir… Comme si c’était une source de bien-être programmée.

 

Quelles sont les grandes étapes que vous avez vécues jusqu’à présent dans le monde de la musique, et à partir de quand avez-vous décidé de vous y consacrer pleinement ?

GuitareEn fait, cette mandoline, c’est elle qui a forgé ma destinée de musicien, car j’ai vraiment passé des heures et des heures à la gratter. Du coup, quand un an plus tard j’ai enfin pu retrouver mon berceau parisien, ma mère m’a offert une guitare, ce qui a été pour moi un évènement considérable.

Django Reinhardt

Django Reinhardt

Et c’est ainsi que guitare en mains, j’ai été bercé à cette époque par Django Reinhardt, Miles Davis, et d’autres jazzmen dont ma mère étant une fan absolue, et du coup ces artistes m’ont profondément marqué.

Mais au bout d’un certain temps la guitare classique commence à fortement m’ennuyer, et la préadolescence arrivant, je mets un pied, puis les 2, dans le rock. C’était l’époque des Rolling Stones, des Who, des Beatles, de Pink Floyd, etc… .

notes musiqueVers 16 / 17 ans, après ma période rock, je me dis qu’il faut vraiment que je me mette au jazz. Et c’est à cette époque que je commence à composer, car en réalité, c’est ça que j’aime dans la musique : elle me permet de m’évader, de m’échapper d’une réalité qui à l’époque n’est pas toujours des plus drôles.

A 23 ans, je fonde et je gère le Jazz Club de Fontenay-aux-Roses, ce qui a été pour moi une très grande expérience. J’y rencontre les plus grandes stars du jazz françaises et américaines de l’époque, et j’y anime les ateliers de guitare (Charles Bellonzi, le batteur de Nougaro, anime lui les ateliers de batterie).

A 26 ans, je fais une formidable rencontre, celle de Louis Petrucciani, contrebassiste renommé, avec qui je joue pendant 3 ans, et grâce à qui j’ai la chance de côtoyer toute la famille Petrucciani.

 

Quel est votre propre univers musical, et où puisez-vous l’inspiration dans vos compositions ? Et quels sont les œuvres, les artistes, les maîtres qui vous émeuvent particulièrement ?

19 sept 2010 concert GAM la thuilere 473 (2)Je suis quelqu’un de très ouvert en musique, et je n’ai pas de « chapelle » particulière que je défends à tout crin. Je m’imprègne de tout ce qui m’attire, et j’aime en prendre ce qu’il y a de meilleur. Au-delà des styles établis tels que le classique, le rock ou le jazz, j’ai eu l’occasion de découvrir tout un tas de choses très intéressantes dans différents coins de la planète… J’aime la musique du monde !

Par contre, je dois quand même rendre un hommage particulier à la musique classique, car elle m’a influencé dans mon « toucher » de guitariste. La sensation que procurent les cordes nylon sur mes doigts a toujours été quelque chose de très important pour moi. Et c’est pour ça que je joue de la musique moderne… Avec des cordes nylon. Cela relève quasiment du rapport charnel et de la sensualité, et c’est le moyen pour moi de me venger de ce foutu prof de piano qui me tapait sur les doigts quand j’étais gamin !

gilles guitare soloQuand à mes « maîtres », il y a donc Django Reinhardt, j’ai toujours trouvé incroyable ce qu’il arrivait à faire avec sa guitare. Mais en tête de tous, je mettrai quand même John McLaughlin. Pour moi c’est le maître incontesté, quelqu’un d’extraordinaire à la guitare. Il a joué autant avec Paco de Lucia, le maître du Flamenco, qu’avec Al Di Meola, maître du jazz fusion, ou encore avec les plus grands instrumentistes indiens, ou les plus grands du rock… Cette fusion d’univers complètement différents les uns des autres et qui, l’espace d’un instant, s’accordent pour produire quelque chose de nouveau ensemble, m’intéresse énormément. Oui, le métissage des musiques et des cultures me passionne et m’émeut beaucoup.

 


ICONE-VIDEOTrio de guitare John McLauglin, Paco de Lucia et Al Di Meola : « Mediterranian Sun Dance Live »


Parlez nous de « Hotsoul Music & Arts », dont vous êtes l’un des membres fondateurs…

utsul museum

Art Houtsoule

La traduction littérale de « Hotsoul » est bien sûr « âme chaude », mais il y a en réalité derrière le nom donné à cette association un sens « caché » intime, comme un clin d’œil adressé à mes origines et à mes racines. En effet, mon grand-père maternel était Ukrainien, et très certainement « Houtsoule » (ndlr : les Houtsoules sont une population logo hotsoul music & artsmontagnarde ukrainienne nomade, vivant essentiellement dans la chaîne des Carpates ukrainiennes), car il appelait ma mère « Houtsoulka », ce qui signifie « petite Houtsoule ». Et donc, de « Houtsoule » à « Hotsoul » il n’y avait qu’un pas à franchir… De la même façon que les nomades Houtsoules franchissent les Carpates !

Nous avons cofondé Hotsoul Music & Arts avec Catherine Orsini, ma compagne, qui en est la Directrice. Mon père, Serge Guillou, qui est artiste peintre, en assure la présidence, et j’en suis très heureux. Comme toute association, son but est de rassembler les gens, les faire se rencontrer, partager des moments, des moments où, en l’occurrence, nous faisons grande place à la musique.

formation orchestre 2Nous proposons différentes activités : spectacles (nous avons la licence spectacles qui nous permet d’en produire et d’en organiser), soirées, ateliers de guitare, évènements ad hoc personnalisés…

Ceux qui font vivre cette association avec nous sont des artistes, des amis, des personnes que nous rencontrons au cours de nos ateliers musicaux.

Je profite d’ailleurs du moment pour lancer un appel, car nous venons de créer un concept sur le thème « Vin & Jazz », qui a tout son sens dans une région où coule le vin comme ici en Pays d’Aix, et qui a d’ailleurs déjà été éprouvé avec succès dans d’autres régions viticoles, comme le Bordelais. Si des personnes sont intéressées par ce sujet, qu’elles n’hésitent pas à nous contacter.

 

Au quotidien, c’est quoi votre vie de musicien ?

En fait, c’est une vie assez intense, car au-delà des cours de guitare que je donne, à domicile ou dans différentes écoles de musique (comme par exemple à Saint-Tulle, près de Manosque, ou via des structures nationales comme Allegro Musique ou l’Institut de Culture Musicale), je suis compositeur… C’est une activité essentielle pour moi, et vitale.

formation orchestre et chantEt composer, ça signifie passer beaucoup d’heures à essayer de « donner vie » en musique à des sensations, des choses, souvent simples, que j’éprouve dans mon quotidien… J’aime par exemple écrire pour Catherine.

Je donne des cours de guitare, je compose, mais je suis aussi homme de scène, au travers de concerts que je donne, soit en solo, soit avec d’autres musiciens, notamment dans le cadre « d’Hysteresis », un collectif multiforme qui va du duo au sextet, et qui regroupe des artistes qui ont envie de partager leur passion.

Je suis actuellement en train de préparer un nouveau concept de concert en solo, et j’enregistre également un nouvel album, que j’autoproduis.

 

Vous habitez aujourd’hui en Pays d’Aix-en-Provence… Selon vous, ce territoire est-il particulièrement « propice » à la musique ?

Ce que j’aime beaucoup dans ce territoire, c’est son climat et sa position géographique qui nous donne accès à plein de choses. Il fait bon vivre ici.

Sur un plan musical, Aix-en-Provence est associée depuis de nombreuses années à l’art lyrique, et boude un peu la musique moderne, ce qui est plutôt mon positionnement à moi et à beaucoup de musiciens qui vivent ici, car il y a énormément de talents dans la région… Il faut donc savoir « composer » avec ce contexte.

 

Avez-vous un lien particulier avec le rugby ?

J’aime bien les gens du rugby, j’ai en général beaucoup d’affinités avec eux, car finalement, une équipe de rugby, c’est un peu comme un orchestre : un lieu où chacun, qu’il soit gros, grand, petit ou maigre, star ou pas, peut avoir sa place au milieu des autres, et la tenir dignement.

 

Au final, Gilles, la musique… De quoi lui êtes-vous le plus redevable ?

La musique est vitale pour moi… Sans elle, je n’aurais pas survécu.

 


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La musique de Gilles Guillou


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Site de Houtsoul Music & Arts


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Les formation « Hystérésis »


ICONE-CREDITSInterview : Frédéric Poulet
Photos : Gilles Guillou / Django Reinhardt : Wikipedia


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