Mercredi - 25 Novembre 2020

Pierre Peytavin / Président des Euskarians d’Ipparalde


Anglet, Boucau, Bayonne… C’est dans un pays de rugby qu’est né cet homme, et c’est bien en compagnie du ballon ovale qu’il accomplira une belle tranche de vie…

Après avoir effectué ses premiers pas chez les Angloys, c’est en effet à l’école des « Noirs » que Pierre Peytavin sera forgé. Mis dans le bain du plus haut niveau de l’époque, le « Groupe A », à seulement 17 ans, c’est à Piquessary, sur l’aile boucalaise, qu’il exercera ses talents de marqueur d’essais, avant de rejoindre les prestigieux attaquants du mythique Aviron Bayonnais… Bayonne, qu’il ne quittera dès lors plus jamais et où il jouera 15 saisons durant, avant de s’engager dans la voie de l’entraînement. Et parce qu’il a le Rugby, mais aussi son Pays, Basque, chevillés au cœur, Pierre est depuis 3 ans le Président des Euskarians d’Ipparalde… Ceux-là qui, plusieurs fois par an, rejoignent leurs frères d’Hégoalde pour chanter ensemble le rugby et la culture basques… Adishatz Pierre !

 

Bonjour Pierre, où et comment es-tu arrivé sur la Planète Rugby ?

logo angletJe suis né dans un pays de rugby, alors ça s’est fait tout naturellement. A 7 ou 8 ans, avec les copains on jouait au bas de nos maisons… Et bien sûr on a fini par prendre une licence dans le club local, l’Anglet Olympique Rugby Club. Très rapidement mes parents ont ensuite déménagé sur Le Boucau-Tarnos… Là-bas, à l’école primaire, comme dans la grande majorité des écoles du coin, le rugby était l’activité favorite des heures consacrées au sport, et je n’ai pas été long à rejoindre l’Ecole de Rugby du Boucau Stade, qui était alors en entente avec Ombres, où se déroulaient d’ailleurs les entraînements.

 

Et à partir de là, quel a été ton parcours avec ce ballon ovale ?

logo boucauJe vais passer toute ma jeunesse rugbystique au Boucau Stade (ndlr: re-nommé « Boucau Tarnos Stade » en 1988), que je ne quitterai qu’à 23 ans… C’est donc vraiment à l’école des « Noirs » que j’ai été formé, au centre et à l’aile, sur le stade mythique de Piquessary.

J’ai eu la chance d’avoir là-bas un très beau parcours avec les Cadets, avec une belle génération où j’ai cotoyé entre autres les Didier Pouyau, Jean Condom, Jean-Michel Labat, Denis Lesca, Jean-Paul Brouzeng, etc… On a fait une finale de la Coupe Coulon, contre Elne, et un ¼ de finale de Championnat de France contre Tarbes… Ce sont pour moi 2 grands souvenirs de ma jeunesse boucalaise !

Pierre Peytavin Cadets Boucau 1976

1976 : Pierre (6ème accroupi en partant de la gauche) est avec les Cadets du Boucau Stade

 

J’ai commencé à jouer en 1ère très tôt, à 17 ans… J’étais encore dans ma première année Juniors, le club était dans un contexte où pas mal de titulaires en Equipe I étaient blessés… C’est comme ça que j’ai été mis dans le grand bain du Groupe A de la 1ère Division de l’époque… C’était au Boucau, contre Dax.

panneau bourgoinEt comme je ne me suis pas trop mal débrouillé, j’ai eu la chance de pouvoir continuer avec le groupe, avec la bienveillance de mes coachs qui surent tout de même me préserver de quelques déplacements « périlleux »… A l’époque, on ne rencontrait que des « gros » puisqu’on était dans l’élite du rugby français, et le gamin que j’étais pouvait être impressionné ! La première « grande sortie » que j’ai eu à faire en dehors de Piquessary avec les Seniors, ce fut à… Bourgoin-Jallieu… Bien loin de chez Train Micheline F_2610915nous ! Je me souviens d’un long, très long voyage en train… Boucau-Bourgoin par le rail, c’était une épopée, car on était encore à l’époque des michelines ! Comme d’habitude à Bourgoin, ce fut un match très difficile, rugueux sur le terrain, mais quelle magnifique 3ème mi-temps !! Et d’ailleurs, depuis ce lointain déplacement qui m’avait marqué, j’ai toujours suivi les résultats du CSBJ… c’est un club que j’aime bien.

 

J’ai eu la grande chance de faire mes débuts avec des joueurs que j’admirais depuis que j’étais gamin,

des figures emblématiques du Boucau Stade, qui furent des « papas » pour moi sur le terrain, comme le pilier Jean-Michel Yanci, et surtout Louis (« Bob ») Damestoy… Tous les 2 étaient des légendes chez les « Noirs ». Quand je suis arrivé en 1ère, Bob m’a pris sous son aile (c’est le cas de le dire !), et le brillantissime centre qu’il était a glissé à l’aile pour me laisser sa place… Jouer à côté de lui, pour moi, c’était énorme ! Cette équipe boucalaise comptait aussi les José Foncillas, Michel Dachary… Sans oublier tous les autres.

Avec le Boucau Stade, j’aurai l’occasion de jouer quelques 16ème de finale du Championnat de France de 1ère Division, Groupe A, contre Bagnères (1980), Brive (81), Aurillac (82), et de gagner 3 fois le Challenge de l’Espérance (en 81, 83 et 84).

Côté entraîneurs, je garde de ma période boucalaise en Seniors de magnifiques souvenirs de Jean-Jacques Sanglan, et d’Arnaud Elissalde, le père de Jean-Pierre… « Nono », un sacré personnage, un passionné du rugby qui non seulement exprimait sa passion, mais qui surtout savait nous la transmettre avec beaucoup de charisme… Il m’a énormément marqué.

 

Et puis en 1984, j’ai 23 ans, et je pars pour l’Aviron Bayonnais

qui, coaché à l’époque par Roger Etcheto et Jean Saussié (un tandem extraordinaire !), était alors le club emblématique de la Côte Basque… Pas mal d’anciens Boucalais y étaient déjà partis, comme le regretté Christian Belascain. Quand je suis arrivé à Bayonne, Christian a grandement facilité mon intégration là-bas. Je jouais alternativement au centre et à l’aile, et j’ai énormément appris au contact de Roger Etcheto, fervent promoteur du jeu d’attaque qui fait l’ADN de l’Aviron… Moi j’arrivais du Boucau, où les « forgerons » avaient plutôt l’habitude de « s’expliquer » devant ! Je serai également entraîné par Francis Leta, un technicien hors-pair qui lui aussi va beaucoup me marquer.

pierre peytavin seniors bayonne 1984

1984 : Pierre (4ème debout en partant de la droite) a 23 ans et effectue sa 1ère saison à l’Aviron…

 

logo aviron bayonnaisJe jouerai à l’Aviron jusqu’à… 38 ans, et ce n’est donc qu’en 1999 que je raccrocherai les crampons. Les premières années, celles de la décennie 80, je joue surtout à l’aile, parce qu’il y avait une ligne de ¾ exceptionnelle : c’est l’époque des Christian Bélascain, Patrick Perrier, Michel Paredon, Claude Uthurrisq, Patrice Lagisquet, etc… Une génération dorée avec laquelle je jouerai cinq fois des 1/8ème de finale…

 

Les années 90 signent l’arrivée des Titou Lamaison, Jean-Michel Gonzalez, et nous jouons en 92 un ¼ de finale du Championnat de France contre le Biarritz Olympique… Un match où on mène 12 à 4 à la mi-temps, et qu’on perd 15 à 16 dans les toutes dernières minutes, suite à un drop incroyable de l’ailier Biarrot Franck Corrihons, depuis le fin fond de son aile…

Mes 4 dernières années de joueur ont correspondu à des années un peu difficiles de l’Aviron Bayonnais…

On était descendu, on ne faisait plus partie de l’élite, alors on a essayé de « resserrer les boulons » pour maintenir le navire à flot. C’est à ce moment là, qu’un peu par hasard, j’ai commencé à prendre des responsabilités dans l’entraînement… En 98, le staff en place, en difficulté, est débarqué, et Jean-Paul Champres (l’actuel Président de l’Association Aviron Bayonnais) est nommé entraîneur. En ma qualité « d’ancien » de l’équipe, il me demande de lui donner un coup de main pour les lignes arrières en tant qu’entraîneur-joueur.

J’entraîne par la suite l’Aviron avec Robert Navarron, l’entraîneur des Reichel qui venaient d’être Champions de France, et on arrive pendant 2 saisons (98/99 et 99/2000) à se « sauver de l’enfer », en se maintenant en Elite 2, avec des matchs de maintien terribles joués contre Istres (dont on arrive à bout à l’issue d’une prolongation homérique) et contre Saint-Girons.

logo top 16Mon activité professionnelle me prenant de plus en plus de temps, je décide ensuite de me consacrer à l’entraînement des jeunes (Cadets et Juniors) de l’Aviron, tâche à laquelle je me vouerai finalement pendant une quinzaine d’années (jusqu’en 2014), avec une interruption de 2002 à 2004 où je retourne entraîner les Pros en compagnie de Pierre Bouisset et de Thierry Mentières… Avec une belle satisfaction à l’issue de la saison 2003/2004 : la montée en TOP 16… L’Aviron retrouvait l’élite !

J’ai passé énormément de très bons moments avec les jeunes Bayonnais… Les Gaudermen, les Alamercery, les Crabos, les Reichel… J’ai entraîné toutes les catégories, avec de superbes générations, des joueurs qui feront en 2014 la finale du Championnat de France Espoirs (perdue 21 à 22 contre l’ASM), et dont pas mal sont aujourd’hui Pros, à Bayonne ou ailleurs en France… Comme, entre autres, Matthieu Ugalde (Brive), Anthony Etrillard (Toulon), Charles Ollivon (Toulon), etc…

Et puis, en 2014, j’arrête toute activité de terrain opérationnelle, pour pouvoir me consacrer pleinement à mon activité professionnelle.

 

Si tu devais nous faire partager 3 grands souvenirs que tu gardes de ce parcours, lesquels remonteraient les premiers à la surface, là, maintenant ?

logo boucauBien entendu, de « grands » souvenirs, j’en ai beaucoup … Si je remonte loin dans le temps, je réalise que ma période Cadets au Boucau m’a beaucoup marqué… Après, en « flash », je revois mon premier match en 1ère avec le Boucau Stade, contre Dax, à Piquessary… Ca reste pour moi un moment exceptionnel, qui s’est terminé par une victoire à l’issue d’un match héroïque contre des Dacquois qui étaient logiquement supérieurs à nous… Un match au cours duquel panneau daxje marque l’essai de la victoire… Ce fut un grand moment pour moi et mes 17 ans quand le public a envahi la pelouse au coup de sifflet final !

 

all blacksUn autre flash, c’est une confrontation contre les All-Blacks, en 86, à Bayonne… Je jouais dans la Sélection Côte Basque (avec laquelle j’ai passé d’extraordinaires moments à l’époque), et il y avait en face de moi un certain John Kirwan… On perd le match 21 à 9, mais on a chèrement vendu notre peau contre ces joueurs d’exception.

 

Et en tant qu’entraîneur, la montée en TOP 16 avec l’Aviron Bayonnais en 2004 reste une belle épopée, après les années difficiles que le club avait vécues au purgatoire de l’Elite 2.

 

Tu es Président des « Euskarians »… Tu nous les présentes ?

logo euskariansIl y a toujours eu une volonté, ici, dans notre région, de constituer une équipe qui représente l’ensemble du Pays Basque, réunissant la partie Nord (Iparralde) et la partie Sud (Hegoalde), et finalement, les « Euskarians » sont la concrétisation de cette volonté. L’aventure a commencé il y a une quarantaine d’années, à l’initiative de personnages comme Gérard Murillo, euskarians casquesJean Dauger, Roger Etcheto, Michel Celaya… Et plus officiellement, l’Association est née en 1994, avec pour objectif de promouvoir et de partager l’identité du rugby basque dans le monde, fait d’enthousiasme, de caractère, de défi, à l’image du Pays Basque. J’en suis le Président actuel depuis 3 ans maintenant côté Ipparalde, et Tomas Epalza en est le Président côté Hegoalde.

 

L’encadrement technique de la Sélection est assuré par Jean-Pierre Elissalde, Joseph Miguel Galdos (Fédération Basque de Rugby), Peïo Alvarez, et nous pouvons aussi compter sur l’appui d’anciens joueurs comme entre autres Jean-Philippe Bidart, Benoît Cailleba, Gilles Chaudière, Frédéric Beraza, Jean-Michel Ithurbide

Photo équipe Euskarians

Les Euskarians en novembre 2015, avant de rencontrer la Sélection Nationale du Chili. (Photos Marc Mittoux)

L’équipe est composée de joueurs issus des 7 provinces basques (les 3 du Nord et les 4 du Sud). Avec l’évolution du rugby moderne, on ne peut plus compter sur les joueurs professionnels, pour multe raisons (des problèmes de calendrier et de disponibilité, des problèmes d’assurance, etc…), et on a pris le parti de s’appuyer désormais sur les joueurs amateurs de Fédérale (F1 à F3). En portant le maillot des Euskarians, ces garçons vivent des moments différents de ceux qu’ils vivent dans leurs clubs… On essaie d’organiser 2 à 3 regroupements par an, et on a euskarians en action 2 - photo Marc Mittouxdéjà eu l’occasion de jouer contre l’Uruguay, contre le Chili, plus anciennement contre la province irlandaise de l’Ulster, etc… Ce sont toujours de magnifiques moments, que ce soit chez nous ou à l’occasion de tournées, au cours desquelles nous sommes de véritables « ambassadeurs » du Pays Basque !

 

 

Quelle est ton activité professionnelle ?

logo peytavin sportsJe suis dirigeant d’un magasin de sport, « Peytavin Sports », situé en zone piétonnière dans le centre-ville de Bayonne, une affaire que nous avons créée en 1985. Nous sommes vraiment positionnés dans le sport « pur et dur », on est très montagne, rando, trail, ski, tennis, foot, rugby, etc…… On a pris l’option de se démarquer de la concurrence en se spécialisant dans les aspects vraiment techniques du sport. Comme nous, nos clients sont dans leur très grande majorité des passionnés de la pratique sportive et nous aimons partager avec eux cette passion en leur apportant le meilleur conseil possible.

magasin Peytavin Sports


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Tu connais bien le Pays Basque… Quand des amis viennent te rendre visite, que leur fais-tu découvrir en priorité, et où les emmènes-tu manger ?

Mondarrain vu d'Espelette - Wikipedia-Harrieta-171 CCBY SA 2.5

Au Nord du Pays Basque, Le Mondarrain, ici vu depuis Espelette…

Ah ! J’essaie de leur concocter un petit parcours sympa… Je les emmène d’abord un peu en montagne, dans un coin que j’aime beaucoup, le Mondarrain. On est là dans le cœur du Pays Basque, authentique, au sud d’Espelette et au sud-ouest d’Itxassou. De là, il y a plein de superbes randonnées à faire, avec de sacrés panoramas à découvrir. Et au pied des montagnes, tu as tout un tas de petits restaus qui t’attendent quand tu rentres de ballade, dans des villages comme Bidarray… Ici, c’est bien connu, il y a plein de bonnes choses à manger, comme par exemple au Restaurant Barberaenea, sous les platanes… Tu as une vue magnifique, tu manges une petite omelette, un peu de fromage… Des trucs simples… Ca j’adore !

Dans la suite du séjour, je les emmène bien sûr à Jean Dauger pour aller voir jouer l’Aviron, mais sans avoir oublié de faire au préalable un petit « paseo » dans 2 ou 3 bars où on ira « faire le match » avant qu’il ne se déroule… Et le lendemain on prend la route, en direction du Pays Basque espagnol… San Sébastian, puis Pasaia, un site magnifique… Là-bas, tu prends la barque pour traverser un bras de mer, et tu arrives dans un petit village authentique, tout en pierre, Pasajes San Juan, et tu te régales de poissons et de plein d’autres succulentes spécialités.

Pasaia - Wikipedia-Euskaldunaa- CC BY SA 3.0

… Et au Sud, côté espagnol… Pasaia !

 

C’est l’Angloy Pit Lahargou qui t’a convié à rejoindre la « Mêlée Puissance 15 »… Qui invites-tu à ton tour ?

J’adresse un grand « Merci » à Pit et je suis heureux de le rejoindre dans cette belle mêlée. Et comme je sais que Puissance 15 aime bien faire voyager le ballon, je vais l’envoyer en dehors du Pays Basque, en direction de la région narbonnaise. Durant tout mon parcours en Ovalie, il y a quelqu’un, en particulier, que j’ai beaucoup apprécié… Monsieur Jean-François Beltran. Il a entraîné plusieurs clubs de l’Elite, dont Castres, Narbonne, l’Aviron, Bourgoin… Et c’est bien sûr à Bayonne que nos routes se sont un jour croisées… C’est un passionné, un enthousiaste… Jean-François Beltran, c’est un « entraîneur entraînant »… Et je suis sûr qu’il va nous faire partager de grands moments de rugby !

 


ICONE-WEB Page Facebook des Euskarians


 

ICONE-CREDITS

Interview : Frédéric Poulet

Photos : Photo de « Une » de Pierre : PP / Photos Rugby de Pierre : Archives de Pierre / Train Micheline : Fotolia 2610915 / Photos Euskarians : Marc Mittoux / Vue du Mondarrain : Wikipedia-Harrieta-171 CCBY 2.5 / Vue Pasaia : Wikipedia-Euskaldunaa- CC BY SA 3.0

Eu égard aux droits qui leur seraient associés, nous nous engageons à enlever les illustrations présentes dans cet article, sur simple demande de leurs auteurs.


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