Lundi - 02 Août 2021

Richard Fortin / Rugbyman rhodanien dans le sud landais


Il était écrit que ce ne serait pas avec le « Bleu & Blanc » de Meyzieu, son club formateur dans le Lyonnais, que cet homme là jouerait un jour en Fédérale 2, mais avec l’ « Orange & Noir » de Montfort-en-Chalosse, dans les Landes…

Eh oui, la vie réserve souvent de belles destinées à ceux qui aiment et osent découvrir l’ailleurs, et c’est donc en « passant à l’Ouest », du côté de ce beau pays de Chalosse bercé par l’Adour, que Richard Fortin, ancien ¾ centre, entraîneur et sempiternel amoureux du rugby, a continué son parcours en Ovalie. Mais s’il a troqué la banlieue lyonnaise de son enfance pour la quiétude landaise, son travail lui permet de retourner régulièrement dans son berceau majolan, et ce n’est que du bonheur… Sauf pour quelques canards qui au passage y laissent leurs plumes… Merci Richard !

 

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Bonjour Richard, entre le rugby et toi, c’est quoi l’histoire ?

panneau meyzieuMon père travaillait dans les Travaux Publics, ce qui l’a pas mal fait voyager (et nous avec !) au niveau professionnel… Du coup je suis né au Sénégal, et après être passé par Strasbourg et Poitiers, c’est à Meyzieu, à l’est de Lyon, où j’ai débarqué à l’âge de 5 ans, que j’ai poussé de façon « durable ».


Meyzieu, Rhône (69)


panneau genasMais c’est dans la commune voisine de Genas qu’à 6 ans, suivant un copain de « bac à sable », je m’inscris pour la première fois au rugby. J’y reste un an, avant de suivre un autre copain (le précédent ayant déménagé à Givors !) et de signer à l’US Meyzieu… On est alors en 1980.

logo us meyzieuMon club formateur sera donc l’US Meyzieu, où je joue 11 saisons… J’y resterai jusqu’en 91, à l’issue de ma 2ème année Juniors Reichel. Cette période majolane me permettra de faire de belles rencontres, notamment celle de Nicolas Merle, qui m’a entraîné en Benjamins. Nicolas a 7 ou 8 ans de plus que moi, c’était donc un tout jeune éducateur à l’époque…

richard benjamins meyzieu 85

Richard, au centre de la ligne des ¾, avec les benjamins de l’US Meyzieu en 85

Et ce qui est drôle, c’est que nous nous sommes toujours suivis par la suite : j’ai joué avec lui mon premier match en 1ère à Meyzieu, puis il sera par la suite mon entraîneur à La Tour-du-Pin, et même mon employeur ! Au fil du temps une véritable amitié s’est tissée entre nous, et nous nous retrouvons tous les ans ici dans les Landes en famille… Le rugby, ça crée des liens sur la durée!

 

Je garde également de cette époque un très bon souvenir de Jean-Louis Noharet, malheureusement disparu aujourd’hui, qui m’a entraîné en Cadets (équipe dans laquelle évoluait aussi Francis Ntamack, originaire de Meyzieu). Au-delà de la « simple » technique rugbystique, cet homme m’a fait comprendre toute l’importance de la rigueur nécessaire à l’entraînement pour être performant, sans jamais laisser de côté l’aspect humain… Ces 2 personnages, Nicolas et Jean-Louis, entre autres, ont largement contribué à me transmettre la passion du rugby, lequel a très rapidement pris une très grande place dans ma vie de gamin, qui était rythmée par les entraînements, les matchs, les dimanches après-midi au bord du terrain avec les potes pour voir jouer les Seniors, etc, etc… C’est comme ça que le rugby est devenu pour moi une famille, qui m’a grandement aidé à me construire.

richard cadets meyzieu 88 89

Richard (2ème accroupi en partant de la droite), en 88, avec les Cadets de Meyzieu et Francis Ntamack (1er en haut à droite)

Formé au centre, je n’avais pas au départ des qualités physiques extraordinaires… J’étais ce qu’on peut appeler un joueur « moyen »… Ce n’est qu’en Juniors que j’ai réellement passé un cap et que je me suis tout à fait « révélé », ce qui m’a permis d’attraper quelques sélections Taddei avec le Comité du Lyonnais… En compagnie d’une génération qui comptait, entre autres, Stéphane Glas. Mais si le « physique » n’a pas toujours été au rendez-vous chez moi, j’ai toujours su le compenser par un super mental !

logo bourgoin rugbyJ’ai ensuite effectué 2 saisons pleines à Bourgoin en Espoirs Reichel, avant de subir une grave blessure au genou à l’entame de la 3ème… J’ai alors dû faire un break, à l’issue duquel je suis retourné à l’US Meyzieu. En effet, à l’époque, j’étais étudiant à l’UFRAPS à Lyon, et j’habitais toujours Meyzieu où, au retour de la Fac, je voyais quotidiennement tous mes potes d’enfance… Je n’ai pu résister à les rejoindre.

On est alors en 94 et j’attaque donc une 2ème période sous le maillot « Bleu & Blanc » de l’US Meyzieu Rugby, en Seniors cette fois, en Fédérale 3. Je fais encore une belle Staps Lyonrencontre à cette occasion, celle de Jean-Pierre Bovero, qui entraînait la Une avec Nicolas Merle. Prof d’EPS, Jean-Pierre nous a toujours fait comprendre qu’avant d’être des rugbymen on était des sportifs…

 

logo du parcEn 97, déjà titulaire d’un brevet d’état d’éducateur, je vais suivre une formation au CREPS d’Aix-en-Provence pour passer un BPJEPS « Activités Physiques pour tous », et je fais une saison au PARC (Pays d’Aix Rugby Club), entraîné à l’époque par André Dupouy et Thierry Fournier. Ayant une licence rouge, je ne pourrai jouer à Aix-en-Provence qu’en Equipe B, entraînée par Eric Sallies.

 

logo tour du pinJe reviens ensuite dans la région lyonnaise, et je signe une saison à La Tour-du-Pin (ndlr : situé sur l’axe Bourgoin-Grenoble) en Fédérale 3, avant de rejoindre l’ASVEL Rugby à logo asvelVilleurbanne, puis à nouveau Meyzieu en 2000… Meyzieu dont je ne peux décidément pas me défaire… Sauf que cette fois, ce sera ma dernière saison en « Bleu & Blanc », car c’est à ce moment là que je prends une immense décision sur le chemin de ma vie… Je passe à l’Ouest !

 

richard seniors meyzieu 2000

Richard (3ème accroupi en partant de la droite) en 2000 à Meyzieu… Juste avant de partir pour le Sud-ouest!

 

panier-basketNous avions en effet depuis quelque temps, avec Céline, ma femme, kiné et basketteuse (elle a joué au niveau Nationale 1B à Villeurbanne), le projet de vivre une expérience dans une autre région, et c’est donc en 2001 que nous sommes « passés à l’acte ». Céline ayant trouvé un job dans les Landes, à Castelnau-Chalosse, elle contacte le club de basket du coin, Castelnau-logo montfortPomarez, qui l’accueille à bras ouverts. Quant à moi, je signe à Montfort-en-Chalosse (ndlr : village natal d’André et Guy Boniface), un village de 1.200 habitants, alors en Fédérale 3… Transfert « basketo-rugbystique » de la petite famille entre Rhône et Landes réussi!

 

Me voilà donc, à 28 ans, parti pour une nouvelle vie rugbystique en « Orange & Noir », les couleurs de l’AS Monfort-en-Chalosse, ère nouvelle pour moi fêtée dès la 1ère saison par un ¼ de finale du Championnat de France et une montée en Fédérale 2, avec, dans notre équipe, un certain Pascal Gaüzère, notre arbitre international… Et pour l’anecdote, cette même année, l’US Meyzieu fait également un ¼ de finale et monte aussi en Fédérale 2… Je suis passé à 2 doigts de jouer contre mon club formateur en ½ finale, ce qui aurait été assez dingue !!

richard montfort seniors 2002

En 2002, c’est sous les couleurs de l’AS Montfort-en-Chalosse que Richard (1er accroupi à gauche) joue en Fédérale 2 !

 

logo peyrehoradeAprès 2 saisons à Montfort, redescendu en Fédérale 3, je signe à Peyrehorade en Fédérale 2, où, entraîné par Thierry Ferrand, je fais 2 saisons, dont la dernière en demi-teinte.

Je reviens ensuite à Montfort-en-Chalosse pendant 2 saisons, en tant qu’entraîneur cette fois, d’une équipe qui évolue alors en Fédérale 3. Puis, les enfants arrivant, j’ai dû commencer à mettre un logo pomarezpeu la pédale douce sur mon activité rugby… Je signe alors à Pomarez, un club voisin qui évolue en Séries, dans lequel je joue de temps en temps, puis que je finis par entraîner, jusqu’à la saison dernière où, à 42 ans, je mets un terme à ma carrière rugbystique.

 

Et de tout ce parcours, que retiens-tu de plus fort ?

Je n’ai eu que des moments forts, c’est bien d’ailleurs ce qui me manque un peu aujourd’hui…

Je crois que ce qui me manque le plus, c’est le dimanche… Le dimanche, j’ai du mal… Un dimanche sans aller au rugby, c’est compliqué pour moi, et dès que je peux, hop !, je vais voir un match, que ce soit à Pomarez, à Dax, à Montfort, à Tyrosse, à Pau… Peu importe le niveau, ce qui compte c’est d’être là.

Alors des « moments forts » précis, s’il faut en sélectionner quelques uns, je te parlerai par exemple de mon premier match en 1ère à Meyzieu… J’étais Junior, c’était contre Saint-Savin, et je m’en rappelle très bien. J’étais rentré en cours de match à l’aile, pour remplacer « Tintin », un ancien de chez nous, et j’avais pris une sacrée poire après un placage… Le baptême du feu !

richard montfort action

Richard, ballon en main, pour une montée en Fédérale 2 avec Montfort

La montée en Fédérale 2 avec Montfort-en-Chalosse, a été aussi un magnifique moment. Je crois que vivre ce genre d’épopée ici, dans les Landes, est quelque chose d’assez exceptionnel. Durant toutes les phases finales, tu es partout accompagné par la musique et les fanfares. On avait joué le match de la montée contre Sainte-Foy-la-Grande, avant de perdre en ¼ de finale contre Riberac… Mais toujours en musique !

Comme tu l’auras constaté, j’ai bourlingué dans pas mal de clubs depuis mes débuts à Genas (!)… J’ai eu pas mal la bougeotte, sans être pour autant un mercenaire du rugby, bien loin de moi cette idée ! Avec le recul, je me rends compte que ce parcours coloré a été une chance pour moi… Ca m’a permis de rencontrer quantité de personnes intéressantes, et de découvrir plein de contextes différents, avec un trait d’union dans tout ça : le rugby…. Ce sport m’a donné l’opportunité de tisser un sacré réseau relationnel.

 

Il y a une quinzaine d’années, tu quittais ton berceau Sud Rhodanien pour aller vivre dans le Sud Landais… Qu’as-tu découvert là-bas ?

Bien sûr, avec tout ce que j’ai vécu à Meyzieu, une partie de mon cœur est restée dans le Rhône,

mais le rugby a été un sacré vecteur d’intégration dans les Landes. Je pense que sans lui, ça aurait été plus compliqué, cela aurait nécessité plus de temps. Le basket aussi, dans lequel Céline est très impliquée, a été un élément important de notre intégration… En Chalosse, le basket est roi… Ce qui est assez surprenant quand tu arrives ici, c’est qu’il y a très peu de stades de foot, par contre, dans chaque village de 400 habitants, tu as une salle de basket.

logo comité cote basque landesM’installer dans les Landes, dans mon inconscient de rugbyman, c’était pour moi me rapprocher du berceau de notre sport, avec tout ce qui va avec, la fête, la musique, la culture. En vivant ici, je me rends compte qu’avec l’évolution du rugby moderne, où c’est l’économique qui mène la danse, pas mal de clubs de la région, qui ont jadis eu leurs heures de gloire à un certain niveau, ont dégringolé dans la hiérarchie ovale. Pour essayer de s’en sortir, beaucoup d’entre eux ont anticipé ce phénomène en créant des ententes. Quoiqu’il en soit, la culture rugby est toujours bien palpable ici !

Sinon, après avoir quitté la banlieue lyonnaise, ce que j’ai découvert dans les Landes, c’est d’abord le calme, la vie à la campagne, une région où il fait bon vivre : si on a 2 gelées dans l’année, c’est le bout du monde, on a l’Océan à 45 minutes, les Pyrénées à 1h30… Si je veux aller courir, je pars de chez moi et je suis directement dans la nature… Tout ça donne au total une très bonne qualité de vie.

 

Tu habites à Castelnau-Chalosse, entre Dax et Orthez, en Pays de Chalosse… Si on vient de voir là-bas, tu nous fais découvrir quoi en priorité ?


Castelnau-Chalosse, Landes (40)


Au tromboneDéjà, la gastronomie est un incontournable quand tu fais une étape ici… Je suis assez fine bouche et j’adore cuisiner, en particulier pour les autres. Et puis, il y a les fêtes de village qui jalonnent l’été… C’est vraiment à voir, à vivre, et à faire découvrir à des gens qui viennent de l’extérieur.

On ira se balader dans le magnifique Pays Basque, c’est toujours un grand moment tant les paysages sont magnifiques. On s’arrêtera à Bayonne, à Biarritz, à Saint-Sébastien… Les lieux de visite ne manquent pas !

Si tu viens en mai, on ira aux arènes de Pomarez, dans lesquelles se jouent chaque année les finales de la Coupe des Landes en basket… Dans une ambiance comme il n’en existe nulle part ailleurs!


ICONE-VIDEOFinales de la Coupe des Landes de basket


dame de brassempouye - wikipedia

La dame de Brassempouye

Et puis, on ira toucher l’eau de la « Fontaine chaude » à Dax, et voir la « Dame à la capuche », une célèbre œuvre d’art préhistorique sculptée dans de l’ivoire de mammouth. Un musée lui est dédié à Brassempouy… Elle a 20.000 ans, mais elle est encore assez jolie !

 

 

Quel est ton métier ?

Richard au travail

Richard, côté boulot à la conserverie!

Je travaille depuis 13 ans pour un éleveur producteur de canards basé à Clermont (40180… nous sommes dans les Landes !), qui s’appelle « Le Canard chez Degert ». Une grande partie de mon temps est consacrée au commercial, à faire des marchés (comme par exemple à Vieux Boucau ce matin) et des salons gastronomiques, mais je travaille également de temps en temps à la production, à la conserverie.

Pendant tout l’été je suis sur la côte, avec le camion et la remorque, à la rencontre des nombreux visiteurs qui arpentent la région. Une formidable occasion d’entrer en contact avec des gens qui viennent de partout, et à qui j’ai grand plaisir de faire découvrir nos excellents produits… Et tu imagines bien que je tombe assez souvent sur des gens qui aiment le rugby… Des gens qui connaissent des gens que je connais dans ce milieu… Et du coup là encore ça crée de sacrés liens sur la durée !

Ce métier me permet aussi de retourner tous les ans dans la région lyonnaise, début décembre à Tramolé et mi-mars à La Verpillière, où nous sommes présents sur 2 salons gastronomiques organisés dans ces communes. A ces occasions, beaucoup de mes amis de là-bas passent me voir sur mon stand…

 

Paul Gran, avec qui tu as joué à Meyzieu (et à Villeurbanne !) et qui aujourd’hui entraîne le Saint-Savin Sportif, t’a fait une longue passe depuis l’Isère… A qui vas-tu transmettre le « ballon Puissance 15 » à ton tour ?

Je remercie Paul que je salue à mon tour, et je fais la passe à un homme d’ici, tout entier dévoué au rugby, Ludovic Nougaro, que je connais depuis une dizaine d’années… Il est à la fois joueur et Président du club de Pomarez, après en avoir été Secrétaire Général pendant des années… Chapeau !

Et puis je vais également taper un immense coup de pied à suivre pour renvoyer le ballon pas trop loin de Meyzieu, en direction de Nicolas Merle, qui s’occupe actuellement de jeunes au CS Bourgoin-Jallieu…


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Site Internet de l’US Meyzieu Rugby


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Site Internet de l’AS Montfort en Chalosse


ICONE-CREDITSInterview : Frédéric Poulet
Photos : Photo “Une” de Richard et Richard à la conserverie: RF / Photos “rugby” de Richard: Archives RF / Trombone: Fotolia 64747396/ Dame de Brassempouye: Wikipedia

 


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