Lundi - 20 Septembre 2021

Jonathan Wullschleger / Une histoire de Rugby, d’Edelweiss et de Café


C’est en compagnie de ses trois supporters les plus inconditionnels que cet homme va nous confier sa belle histoire de Rugby commencée il y a bien longtemps au bord du Lac Léman…

Et parce que grâce à Franck il possède une double nationalité qui vaut son pesant d’or, les Dieux du Rugby vont rapidement CERNer Jonathan Wullschleger et voir en lui un magnifique potentiel pour le XV de l’Edelweiss. Alors qu’il a tout juste 21 ans, les Serbes feront les frais de sa première cape internationale… le début d’une belle épopée avec la Nati, dont le point de consécration sera atteint quelques années plus tard du côté de Zagreb avec une accession historique au « Rugby Europe Trophy », annonçant l’entrée de la Suisse dans le TOP 18 du Rugby Européen. En club, c’est du côté de la banlieue lyonnaise que Jonathan vivra ses plus belles émotions sur le pré et en dehors, et qu’il parviendra enfin à faire monter le Saint-Priest Rugby en Fédérale 2, aidé par une équipe de « Sang & Or » déchaînée. Aujourd’hui, c’est en Haute-Savoie, le département qui l’a vu naître, qu’il joue paré de « Bleu & Blanc », les couleurs de l’U.S. Annecy… Annecy, où il vient tout juste de créer « Café W » dans le but de faire découvrir au plus grand nombre le topissime café « Golden Brasil Coffee »… Merci Jonathan !

 

Dis-moi Jonathan… Quand tu portes le maillot rouge du XV de l’Edelweiss, tu te sens vraiment à 100% Suisse ?

Tu sais, dans ma vie de tous les jours et compte tenu de mon histoire personnelle, je dois bien dire que je me sens plutôt Français… Mais dans ces moments-là, quand le Cantique Suisse retentit, et pendant les 80 minutes qui suivent, je te garantis que ce n’est pas à 100% que je me sens Suisse… je suis Suisse à 2000 % !

 

Ce maillot, tu l’as déjà porté 35 fois depuis ta 1ère sélection, en 2011, contre la Serbie… Au moment des hymnes, tu penses à quoi ?

J’ai toujours une pensée particulière pour mon père, Franck, car je sais qu’il est fier que je porte ce maillot que lui-même a porté avant moi. Et puis, si j’ai l’honneur de représenter la Suisse, c’est bien grâce à la double nationalité française et suisse dont j’ai hérité de lui et qu’il tient lui-même de son père. Avec ce maillot sur le dos, j’ai vraiment conscience de représenter la Suisse, avec cette nécessité de me surpasser sur le terrain pour faire grandir le Rugby dans ce pays. On a peu de moyens, peu de sponsors, et on essaie tous de contribuer à l’essor et au retentissement de ce sport en Suisse.

À l’occasion de ces matchs, on a nos familles, les représentants des clubs suisses et les supporters qui viennent nous voir jouer, et puis bien sûr tout l’encadrement et les bénévoles de la Fédération… Le Rugby est encore une petite famille en Suisse, alors c’est une fierté pour nous de représenter toutes ces personnes sur le terrain… Le moment des hymnes nous permet de nous transcender individuellement et collectivement juste avant d’aller au combat.

Quand il porte le maillot de l’Edelweiss, Jonathan est 2000 % Suisse ! – Crédit Photo : Marc Galaor Photographe

 

ICONE-VIDEO« Le Cantique Suisse »

 

 

Tu es né où ?

À Saint-Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie, et j’ai grandi dans le Pays de Gex, à Saint-Genis-Pouilly, dans l’Ain, une ville qui fait partie de l’agglomération transfrontalière de Genève. Mes parents sont tous les deux d’origine lyonnaise, et quelques temps avant que je naisse, ils sont venus s’installer dans le Pays de Gex pour leur travail.

 

Franck (à gauche), le père de Jonathan, au LOU…

Quand tu arrives dans la famille Wullschleger, le Rugby est déjà là ?

Oui, il fait déjà partie du décor ! Du côté de ma mère, Cécile, c’est une famille de rugbymen… mes oncles, Pierre et Vincent Marenda, ont joué à Bron. Quant à mon père, il a toujours pratiqué le Rugby, ainsi que le Judo d’ailleurs (ceinture noire quand même !). 2ème ou 3ème ligne, il a longtemps joué au L.O.U., qui à cette époque évoluait en Groupe B, et en arrivant dans le Pays de Gex, il prend une licence au CERN, le club où je ferai moi-même mes grands débuts !
Le Rugby Club CERN Meyrin St-Genis est affilié à la Fédération Suisse de Rugby et joue par conséquent dans le championnat suisse, même s’il accueille ses adversaires sur un terrain français, le Stade des Serves à St-Genis… c’est un petit peu curieux comme situation, mais ça nous rappelle que nous sommes là dans un territoire transfrontalier, avec St-Genis-Pouilly côté français, et Meyrin côté suisse. C’est le club le plus ancien de Suisse, il a été fondé dans les années 60 par des expatriés travaillant au centre scientifique du CERN, situé en Suisse sur la commune de Meyrin.

 

Donc tu ne t’es pas trompé… c’est bien sur la Planète Ovale que tu débarques à ta naissance !

Exact ! Je suis le 3ème d’une fratrie de 4 garçons qui ont donc tous joué au Rugby, à plus ou moins grande dose. Avec Pascal, le cadet, qui joue toujours aujourd’hui à Saint-Priest, nous avons été les plus assidus… Frédéric et Vincent, mes aînés, jouaient au CERN, et comme j’avais hâte de faire comme eux et « comme papa », je les ai rejoints dès l’âge de 4 ans… Un âge plutôt précoce, mais j’étais assez costaud, alors mes parents ont sauté sur l’occasion pour faire un tir groupé, ce qui j’imagine facilitait grandement la logistique familiale. En même temps, j’ai aussi commencé le Judo, mais je me suis focalisé assez rapidement sur le Rugby.

 

C’est au CERN que Jonathan (ballon en main) fait ses premiers pas ovales… le début d’une passion

 

Comment le gamin que tu étais a-t-il vécu ses premières années « Rugby » au CERN ?

Je garde un souvenir assez merveilleux de mes premières années dans ce monde qui allait devenir le mien… Je découvrais avec mes copains la joie de faire partie d’une équipe, on participait à des tournois d’écoles de Rugby à la fois en France et en Suisse… je me régalais ! Et puis je passais tous mes dimanches au Rugby avec mon père, qui jouait, et Louis Delaprez, mon parrain, qui après avoir longtemps joué, était dirigeant au club. Il venait me chercher le dimanche matin pour tracer le terrain, préparer les maillots de match… J’ai eu la chance d’être ce « petit garçon » qui traînait dans les vestiaires avant les matchs, qui faisait les déplacements avec l’équipe Sénior, qui connaissait tout le monde… J’étais heureux de partager ces moments avec les « Grands » et je rêvais déjà d’être un jour comme eux.

 

Elle n’était pas trop inquiète, Cécile, de voir ses 4 gars jouer au Rugby ?

Ah ! Ce que je sais même si elle ne nous l’a jamais vraiment dit, c’est que si elle prenait bien sûr plaisir à venir nous voir jouer, elle était toujours inquiète qu’on se fasse mal, qu’il y ait une bagarre… une espèce d’inquiétude intérieure que vivent la plupart des mamans de rugbymen ! Quand j’étais sur le terrain, je l’ai toujours entendu dire : « Attention Jojo… ne te fais pas mal ! ». Il est vrai que 4 garçons plus un mari rugbyman lui aussi, ça devait faire beaucoup, même si elle-même a grandi dans une famille Rugby et qu’elle est passionnée par ce sport.

« Jojo » (en haut) à l’École de Rugby du CERN, en train de donner des conseils (ou de l’énerver ??) à Vincent (au milieu), son grand frère…

 

Ton histoire ovale va donc commencer avec le Rugby Club CERN Meyrin St-Genis…

Je joue au CERN jusqu’à mes années Poussins, et puis je pars dans le club voisin de Gex pour y rejoindre les Benjamins. En fait, j’ai très rapidement été un mordu de Rugby… Mes parents ont bien vu que c’était bien plus qu’un simple passe-temps pour moi. J’ai développé une véritable passion pour ce sport, et je voulais absolument me frotter à un niveau plus relevé et plus intense, ce que proposait l’USPG (Union Sportive Pays de Gex) Rugby.

 

Quelques souvenirs de Rugby au Pays de Gex ?

Je vais jouer à Gex jusqu’en Cadets 1ère année. On était une bonne bande de copains, évoluant dans un club, l’USPG Rugby, hyper bien structuré au niveau de ses jeunes, grâce à des éducateurs comme Jérôme Brunemer, Thierry Texier, Pierre Don et Stéphane Gros. Je me souviens en particulier des derbys qu’on disputait contre Bellegarde, un autre club de l’Ain, et des voyages qu’on a eu l’occasion de faire, notamment pour aller disputer le Tournoi International de Brescia, en Italie.

C’est dans ces jeunes années que je rencontre Julien Gros, le fils de Stéphane, qui intégrera ensuite les groupes pro de Bourgoin, Carcassonne et Bourg, et que je retrouverai quelques années plus tard en Sélection Suisse.

Jonathan (Debout, 2ème joueur à gauche) avec les Benjamins de l’Union Sportive du Pays de Gex, entraînés par Thierry Texier (à gauche) et Jérôme Brunemer (à droite)

 

Et ensuite, où te mène ta destinée ovale ?

À 16 ans, à l’issue de ma 1ère année Cadets, je prends la décision de quitter l’US Pays de Gex, pour intégrer le L.O.U.… J’ai hâte de vivre de nouvelles sensations. Lyon n’est pas une terre inconnue pour moi et j’y retrouve mes grands-parents chez qui j’élis domicile, mes oncles et tantes, mes cousins… ça m’aide beaucoup à passer le cap de quitter la maison et le Pays de Gex.

 

Au fait, tu as été formé à quel poste durant tes jeunes années ?

Depuis tout gamin j’ai été formé au poste de trois-quart-centre, et ce n’est qu’en arrivant au L.O.U. qu’on m’a fait basculer en 3ème ligne… poste que je ne quitterai plus.

 

Des débuts difficiles au L.O.U. je crois…

Je découvre un nouveau cadre avec pas mal de moyens, une nouvelle structure, ce qui me permet d’évoluer dans une nouvelle dimension, contre des clubs prestigieux comme Montferrand, Grenoble, Bourgoin, le Stade Français… un rêve de gamin pour moi ! Malheureusement oui, les débuts sur le pré lyonnais avec les Cadets Alamercery sont plutôt difficiles, on ne pourra lever les bras qu’une seule fois dans la saison…

Puis après mes deux années en Juniors Crabos et deux opérations aux ménisques, c’est toujours licencié au L.O.U que j’effectue ma 1ère année Reichel en tutorat avec les Bélascain de Saint-Priest. Mon arrivée au Saint-Priest Rugby va être une étape décisive… Je crois que j’ai vécu là ma plus belle année dans ma vie de rugbyman !

Jonathan (au centre de la photo) pendant son année Cadets Alamercery au L.O.U.

 

Raconte-nous ton arrivée à Saint-Priest alors !

Entraînés par Olivier Fuzier, Julien Silva et Sébastien Chevalier, on a été plusieurs à suivre ce même chemin en provenance du L.O.U., et on avait une très belle équipe, avec un beau parcours en Championnat de France Bélascain, où on sera arrêté par Limoges à Cournon pendant les phases finales. Un bus de supporters s’était déplacé, tout le club était derrière nous, c’était vraiment super. C’est à cette époque qu’un vrai noyau dur de copains s’est formé… un groupe qui a fait passer un cap au club et qui quelques années plus tard le fera monter en Fédérale 2.

Dès cette première année à Saint-Priest, en 2010, je vais faire quelques matchs avec la 1ère, qui évolue alors en Fédérale 3. Je me souviens notamment du 16ème de Finale du Championnat de France, un match pour la montée en Fédérale 2, joué et perdu contre Mugron, un club des Landes. Pour moi, être titulaire, c’était incroyable, parce que j’étais tout jeune ! Cette première saison passée sous le maillot de Saint-Priest a été très importante pour moi, c’est elle qui a fait que je me suis accroché tout de suite à ce club et qu’il restera toujours mon club de cœur. Pendant mes deux années Bélascain je continuerai à faire régulièrement des matchs en 1ère, avant de devenir à mon tour Senior.

Jonathan (1er rang, ballon devant) avec les Bélascain de Saint-Priest… Le début d’une belle histoire avec les « Sang & Or »

 

Mais il y a cette satanée Fédérale 2, que Saint-Priest n’arrive pas à accrocher à son palmarès…

En 2013, on joue en 16ème la montée contre Givors, et on s’incline de peu par deux fois. Après avoir buté contre Mugron, Berre l’Étang et Pontarlier, ça faisait trois ans de suite que le club échouait aux portes de la Fédérale 2. Comme je voulais absolument me frotter à la Fédérale 2, je quitte Saint-Priest, en bons termes avec le Président, pour rejoindre le S.O. Givors, alors entraîné par Olivier Nauroy et Cédric Desbrosse. Je pars là-bas en compagnie de quatre copains : Jean-Benoît Chavanon (avec qui on avait jusque-là suivi exactement le même chemin depuis nos années Cadets au L.O.U.), Rémy Bouvier, Perceval Fouade et Hugo Notturno… On fera deux saisons à Givors, avec une première année très compliquée en Fédérale 2 dans la poule du sud, à l’issue de laquelle on descendra en Fédérale 3…

 

Et finalement, c’est le retour à Saint-Priest alors ?

Oui ! On revient ensuite tous les cinq à Saint-Priest, qui n’était toujours pas arrivé à passer le cap des matchs de la montée après cinq tentatives… Et enfin ! la saison 2015/2016 sera la bonne ! Éric Ballay et Bernard Bouisset sont aux commandes de l’équipe, et on va faire une super parcours, qui ne s’arrêtera qu’en ¼ de finale du Championnat de France, contre Voiron.

 

Ça s’est passé comment cette montée en Fédérale 2 ?

Dans les vestiaires de la montée !

En fait, on a vécu un truc assez incroyable : Pour les matchs de la montée, qui se jouent en aller-retour, on tombe contre Besançon, premier au classement national à l’issue des matchs de poule. Certes on avait un bon groupe, mais on n’était pas favori compte tenu du parcours sans faute que Besançon avait réalisé jusque-là, et puis on avait sur les épaules cette satanée malédiction qui avait empêché le club de monter pendant les cinq années précédentes… Mais en défiant tous les pronostics, on gagne le match aller 66 à 0 à Saint-Priest, dans une ambiance indescriptible ! Le dimanche suivant, on confirme en allant gagner 24 à 12 à Besançon… Pour la première fois de son histoire, conjurant le sort de belle manière, Saint-Priest montait en Fédérale 2 !

 

2016… Saint-Priest monte enfin pour la première fois de son existence en Fédérale 2… et Jonathan partage sa joie avec tous ses potes

 

Et ensuite ?

Jonathan sous le maillot de l’US Annecy Rugby (Crédit photo : Dauphiné Libéré)

Je vais faire trois autres saisons en Fédérale 2 sous le maillot « Sang & Or »de Saint-Priest, avant de partir à Annecy pour attaquer la saison 2019/2020 en « Bleu et Blanc ». Je vis donc actuellement ma deuxième saison à l’US Annecy Rugby, qui évolue elle aussi en Fédérale 2 et est entraînée par Julien Forge et Christophe Marth pour la Une, et Antoine Perroto et Olivier Desfours pour les Espoirs.

Compte tenu de la crise liée au Covid et l’arrêt des compétitions depuis octobre dernier, on n’aura joué que 5 matchs de championnat cette année. J’aurais dû jouer contre Saint-Priest puisqu’on est dans la même poule, mais le Covid nous a stoppés juste avant le déplacement là-bas.

Du coup, je n’ai pas encore énormément de matches à mon actif sous le maillot annécien, mais en arrivant ici j’ai découvert un super club, plus que centenaire, qui a une vraie histoire de Rugby et dans lequel il y a une belle ambiance, avec un bon réseau de bénévoles. J’ai la chance d’évoluer avec une génération de jeunes joueurs, un groupe en devenir qui va mûrir dans les années qui viennent, avec l’objectif de jouer les tous premiers rôles en Fédérale 2 dans les prochaines années… De ce fait je fais un peu figure « d’ancien » au milieu d’eux, et j’ai eu l’honneur de me voir confier le capitanat… Vraiment, je suis très heureux d’être ici, et il me tarde que le Rugby puisse fonctionner à nouveau à plein régime.

 

Cette crise du Covid, vous la traversez comment à l’U.S. Annecy ?

Le couvre-feu à 18h00 a vraiment posé un gros problème. Avant lui, même s’il y avait pas mal de restrictions, on pouvait quand même se retrouver après le boulot pour s’entraîner un peu, faire du physique. Depuis, on se voit bien sûr beaucoup moins car chacun est retenu dans sa bulle personnelle. On essaie de créer quelques points de rencontre le week-end pour partager des activités de plein air, des sorties raquettes, des trucs comme ça… mais c’est compliqué. Les réseaux sociaux nous permettent de garder un peu le fil entre la plupart d’entre nous, mais c’est vrai qu’on se voit quasiment plus… on est tous à ronger notre frein dans l’impatience que ça reprenne.

 

Si on revient à ton parcours avec le XV de l’Edelweiss… il a commencé comment ?

Mon histoire internationale avec la Suisse a commencé alors que j’arrivais tout juste à Saint-Priest… J’ai d’abord été appelé pour participer à un Tournoi de Championnat d’Europe en Hongrie avec les -20. L’année d’après, j’intègre la Nati, l’Équipe Nationale, et je joue mon premier match officiel à Monthey, contre la Serbie… On est le 12 novembre 2011, j’ai 21 ans, et on gagne 27 à 19… un super souvenir !

 

2011 :Jonathan sonne la charge du XV de l’Edelweiss contre la Serbie, pour sa 1ère sélection avec la Nati – Crédit photo : Raphaël Moser

 

Et depuis ce match, il s’est passé quoi pour toi sous le maillot rouge de la Nati ?

Depuis, on a réussi à monter de 2 niveaux dans le Championnat Européen, ce qui nous donne droit de participer maintenant au « Rugby Europe Trophy », qui correspond à la 3ème division européenne, soit le TOP 18. Nous y côtoyons l’Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Lituanie et l’Ukraine. Depuis 2 ans on occupe la deuxième place du Groupe. Les Pays-Bas sont un peu notre bête noire, on n’est encore jamais arrivé à gagner contre eux… le mieux qu’on ait fait étant match nul. On devait les jouer cette année mais le match a été annulé quelques jours avant la date prévue, à cause du Covid.

Au niveau mondial, on est actuellement classé 28ème sur les 105 nations affiliées à l’IRB, juste entre la Belgique et le Chili… on a donc encore une belle marge de progression.

 

Tu nous le présentes un peu ce XV de l’Edelweiss ? Un moment fort en particulier avec lui ?

La grosse majorité des joueurs de la Nati évoluent en France, et les autres jouent dans la LNA, la 1ère division suisse. Olivier Nier, qui entre autres a déjà entraîné Oyonnax, Aix-en-Provence, Massy et l’Équipe Nationale de Roumanie, est le Sélectionneur de l’équipe. Il est assisté de Mathieu Guyou (ancien capitaine de la Sélection) pour les entraînements. Mathieu a pris la suite d’Éric Melville, dont la disparition tragique en 2017 nous a tous plongés dans un profond chagrin, joueurs et staff. Cette équipe a un super état d’esprit. Certes, comme on ne se voit pas très souvent, on n’a peut-être pas le plus flamboyant des jeux, mais on ne lâche jamais rien pour le maillot, et je me souviens de pas mal de matchs où on perdait à dix minutes de la fin et où on est allé arracher la victoire.

Un souvenir très fort, entre autres, c’est le match mémorable en Croatie pour la montée dans le Groupe « Rugby Europe Trophy »… une victoire 40 à 15 à Zagreb… et un jour historique pour le Rugby suisse !

2016 : Le XV de l’Edelweiss gagne La Croatie… et le droit de jouer le « Rugby Europe Trophy »

 

Avec le temps, quel recul as-tu sur cette expérience internationale ?

Avec 35 sélections à ce jour, j’ai conscience que cette expérience internationale a été un sacré fil conducteur pour moi dans toutes mes années de Rugby depuis que je suis Senior. Je vis bien sûr avec le XV de l’Edelweiss une ambiance et une relation particulières, quelque chose de spécial qu’on ne vit pas en club… On se retrouve 5 ou 6 fois dans l’année pour des séquences de quelques jours… des moments rares et courts, mais d’une extraordinaire intensité. Outre l’aspect sportif, ça m’a permis de visiter des pays que je n’aurais sans doute jamais connus autrement, des pays comme la Moldavie, la Lituanie… Et puis il y a tout ce qui accompagne ce genre de matchs, on est reçu dans des endroits et dans des conditions plutôt sympas et privilégiées, c’est toujours extrêmement agréable à vivre.

 

Avec de belles rencontres, j’imagine ?

Oui, bien sûr, porter ce maillot rouge m’a donné l’opportunité de rencontrer des copains avec qui je vis une magnifique aventure internationale, depuis mes tous débuts avec la Nati pour certains… des copains qui au fil des regroupements sont devenus de véritables amis. En te disant ça, pour n’en citer que quelques-uns, je pense à Simon Perrod, mon compère de chambrée depuis toujours, Cyril Lin, notre valeureux Capitaine, Mathias Bernath-Yendt, Lucas Heinrich et Thibault Gery… et je profite bien sûr de l’instant pour leur adresser un amical salut ainsi qu’à tous mes coéquipiers et à tout l’encadrement du XV de l’Edelweiss.

2017 : Jonathan sous la menace ukrainienne… – Crédit photo : Bastien Edou

 

Et il y a aussi un joueur très particulier avec qui tu as eu l’honneur de porter le maillot de la Nati…

Ah ça oui ! Pascal, mon petit frère… On a une sélection en commun, c’était contre la Pologne à Varsovie, le 22 avril 2017, avec une victoire 22 à 12 de la Suisse. Ça a été une grande fierté pour moi de partager ce moment avec lui !

 

Finalement, en quelques mots, elles représentent quoi, pour toi, ces 35 capes internationales ?

S’il faut faire court, je te dirai simplement que mon aventure avec le XV de l’Edelweiss, c’est le gros coup de cœur de mon parcours en Terre Ovale… une émotion et une fierté énormes.

 

Et plus globalement, le Rugby, en Suisse, il représente quoi ?

Il est clair que le Rugby est un sport mineur en Suisse, il ne faut pas avoir peur de le dire. Il y a une cinquantaine de clubs au total, pour un peu plus de 3500 licenciés. C’est un sport jeune à l’échelle du temps, et il a tout l’avenir devant lui pour trouver toute sa place dans le sport suisse. La plupart des clubs de la LNA sont situés autour de Genève, qui constitue le berceau historique du développement, puisque le Rugby a d’abord été amené par des expatriés frontaliers. Parmi les principaux clubs de cette région on trouve le RC Genève Plan les Ouates, le RC Nyon, le RC Avusy, le Hermance Région RC, le CERN… Il faut aller un peu plus loin pour trouver d’autres clubs majeurs comme le Stade Lausanne, Yverdon, le GC Zurich.

2017 : Pologne vs Suisse à Varsovie. De g à d : Maxime Luçon, Pascal et Jonathan Wullschleger, Lucas Heinrich… à l’époque tous 4 pensionnaires de Saint-Priest Rugby et réunis sous le maillot de la Nati

 

Que retiens-tu d’essentiel de ta pratique du Rugby ?

En fait, comment te dire ?… Quand je suis sur le terrain, je me sens vraiment « vivant ». Dans ce parcours de vie, j’ai eu la chance de jouer dans plusieurs clubs, et je n’ai aucun regret.
Mes meilleurs amis sont issus du Rugby, c’est le plus beau cadeau énorme qu’il pouvait me faire. Même si depuis le temps béni où j’ai fait mes premiers pas au RC CERN j’ai parfois vécu des moments difficiles ou cruels, globalement, je n’en retire que du bon, parce que le Rugby m’a apporté tellement de choses… Le Rugby, j’oserai dire que c’est moi, c’est mes valeurs… l’entraide par exemple, comme celle qui m’aide aujourd’hui beaucoup pour développer mon entreprise.

Jonathan et le Rugby… un belle et riche expérience de vie ! – Crédit photo P Cadot

 

Justement, laissons un peu de côté le Rugby et parlons boulot… quel a été ton parcours jusque-là ?

Je suis titulaire d’un BTS en maintenance industrielle et j’ai occupé mon premier poste chez Jet Metal Technologies, une société installée à Champagne-au-Mont-d’Or, près de Lyon, et spécialisée dans la métallisation par pulvérisation. Je suis ensuite parti pendant cinq ans chez Cafés Folliet en tant que Technico-Commercial à l’agence de Lyon… c’est comme ça que je suis entré dans le monde du café.

Il y a deux ans, nous avons fait le choix avec Jessica, ma femme, qui est aide-soignante en Suisse, de venir nous installer en Haute-Savoie, en zone frontalière… comme un retour aux sources pour moi ! J’ai cherché du travail en Suisse en rapport avec le café et je n’ai pas trouvé… C’est là que m’est venue l’idée de créer ma propre société. En me rapprochant de Kamel Barouche, un de mes anciens collègues de chez Café Folliet qui a lui-même créé une activité de distribution de la marque « Golden Brasil Coffee », nous avons peu à peu fait mûrir l’idée de travailler tous les deux en synergie et en partenariat.

 

Et donc ?

J’ai créé « CaféW ». Kamel a sa propre société, « Kawamel Café », moi j’ai la mienne, et nous faisons venir d’Italie les mêmes produits (café, machines, et tout ce qui tourne autour du café). Il est installé à Bourg-en-Bresse dans l’Ain, moi à Annecy en Haute-Savoie, et cela nous permet de mutualiser nos actions. On travaille de la même façon, sur les mêmes produits, et on développe nos territoires respectifs, chacun en bénéficiant de l’expérience de l’autre. Pour ma part, je m’occupe de la Haute-Savoie et du Pays de Gex dans l’Ain, un pays où je connais beaucoup de monde. C’est déjà une première étape, et si on parvient tous les deux à bien développer nos activités respectives, pourquoi ne pas les réunir un jour dans une même société… c’est le but qu’on s’est fixé.

 

Il est comment ce café « Golden Brasil Coffee » ?

Il est top ! Comme son nom l’indique, il est sourcé au Brésil, mais aussi au Guatemala, en Colombie, au Kenya, à la Jamaïque. Il est torréfié en Italie, « le » pays qui connaît sans doute la plus belle histoire d’amour avec le café et qui est reconnu pour ses techniques inégalables de torréfaction. C’est un café médaillé, qui a reçu beaucoup de récompenses lors de concours internationaux, avec un segment bio très développé, et que bien sûr personnellement j’adore ! On ne le trouve pas en France, sauf chez nous… c’est ce qui fait notre singularité. On le vend sous toutes ses formes : en grains (un segment en plein boom), moulu, en dosettes, en capsules Nespresso, et on fournit également les machines qui vont avec, soit à la vente, soit à la location…

 

Qui sont tes clients ?

Ce sont les cafés-bars, les professionnels de la restauration, les hôtels, les entreprises de tous secteurs d’activité qui équipent leurs bureaux ou lieux de réunion de machines à café, les particuliers, toi, moi, tout le monde… en fait, tous ceux qui proposent ou consomment du café, où que ce soit. On a donc une cible très large… 90% de la population consomme du café, alors bien sûr, c’est un marché très concurrentiel, mais il y a de la place !

 

Quel bilan peux-tu faire du lancement de ton activité ?

J’ai créé « CaféW » en septembre 2020… donc en pleine crise du Covid et alors que 80% de mon chiffre d’affaires est censé être fait avec les bars et restaurants qui, comme tu le sais, sont fermés ! J’ai donc pris un risque, mais je l’assume, même si comme tout le monde je ne m’attendais pas à ce que les restrictions perdurent de la sorte. J’ai donc dû réagir et m’adapter, en me concentrant aujourd’hui essentiellement sur les entreprises que j’équipe en machines, et les particuliers.

 

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ce boulot ?

J’aime le côté relationnel qu’il m’apporte. Le café est un produit de plaisir et il me permet, un peu comme au Rugby, de rencontrer et de discuter avec des personnes de toutes conditions et vivant dans des contextes très différents… des grandes entreprises, des plus petites, œuvrant dans des secteurs d’activité les plus variés… le BTP, l’industrie, les services… et aussi directement des particuliers. Humainement parlant, c’est très sympa et la convivialité n’est jamais loin, ce qui m’encourage d’autant plus à apporter le meilleur service et les meilleurs produits à mes clients.

 

Bravo Jonathan en tout cas pour cette création… entreprendre n’est jamais chose facile et il faut une sacrée dose de courage pour se lancer, surtout par les temps qui courent. Alors, ce match du café, je te souhaite lui aussi de le gagner.

Léon, Jessica, Louis… un trio de fans inconditionnels de Jonathan!

Et dis-moi, à part le Rugby et le boulot, tu as d’autres passions dans ta vie ?

J’ai l’immense bonheur d’être le papa de deux petits gars, Louis qui a 4 ans, et Léon qui en a 2… et avec Jessica, ces deux-là nous occupent tellement que je peux dire que mon « activité passion » quand le Rugby et le travail me laissent tranquille, c’est de passer un maximum de temps avec eux et leur maman.

 

Jessica… le Rugby… elle connaissait avant de te connaître ?

Non ! Le Rugby lui était complètement étranger avant de me connaître… Son monde à elle, c’était plutôt le cheval. Mais quand elle a pris le « package Jonathan », elle avait pleine conscience que le Rugby y occupait une place importante ! Dès qu’elle le peut, elle vient avec nos deux petits me voir jouer (quand on n’est pas en période de Covid et que le temps est relativement clément !)… Je crois qu’ils aiment bien tous les trois me voir sur le terrain et venir me retrouver dès le coup de sifflet final donné.

 

Pour finir ton Portrait Puissance 15 en chanson, tu nous fais écouter quoi ?

« Ain’t Nobody »… Une chanson en hommage à ma bande de copains de Saint-Priest ! C’était notre chanson favorite quand on sortait, on la mettait à fond dans la bagnole… elle me rappelle l’insouciance de notre jeunesse !

ICONE-VIDEO« Ain’t Nobody » – Felix Jaehn

 

 

Et ta passe « Puissance 15 », tu la fais à qui ?

Je vais faire une passe à Clément Bartschi, ancien joueur de Villeurbanne et de Romans, il a aussi joué pour la Sélection Suisse. Passionné de vin et œnologue, il possède son propre domaine viticole… Et je vais également en faire une autre à un duo de jeunes joueurs d’Annecy, Antoine Court et Rémi Le Dû. Ces deux-là ont créé la société « Tête de lard »… Ils vendent en ligne de la charcuterie artisanale de différents terroirs français… Vin et charcuterie… plutôt une bonne association non ?!

 

ICONE-WEB Site de l’US Annecy Rugby

 

ICONE-WEB Site de la Fédération Suisse de Rugby

 

ICONE-WEB Site de Café W

 

ICONE-CREDITS

Interview : Frédéric Poulet

Crédits Photos : Photos Rugby : archives personnelles de Jonathan (crédits identifiés indiqués dans légendes des photos) / Drapeau suisse : Pixabay.

Eu égard aux droits qui leur seraient associés, nous nous engageons à enlever les illustrations présentes dans cet article, sur simple demande de leurs auteurs.


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