Samedi - 04 Décembre 2021

Jean-Louis Martegoute / Globe-trotter du rugby à Salles


Comme moi, vous vous demandez sans doute à quoi cet homme peut bien penser, depuis sa retraite Salloise, quand son esprit vagabonde ainsi ? Les Dieux du Rugby nous ont confié la réponse…

Jean-Louis Martegoute se dit tout simplement que son militaire de papa a bien eu raison de tenir bon pour le mettre en selle en Terre d’Ovalie… Une terre pour laquelle il fut pris d’une immense affection, comme joueur d’abord, mais aussi comme entraîneur, dirigeant, et même arbitre. Et parce que depuis sa plus tendre enfance il fut habitué à parcourir le monde, c’est en des contrées et sous des cieux multiples qu’il alla, après une belle carrière effectuée à l’ouverture de l’US Salles, exercer ses talents de rugbyman globe-trotter… Merci Jean-Louis !

 

Envoyez un message à Jean-Louis Martegoute

 

Bonjour Jean-Louis, un jour tu t’es mis à jouer au rugby… Tu peux nous raconter ça?

Opera de Saigon - Wikipedia - Diego Delso

L’Opéra de Saïgon

Je suis né à Saïgon un 31 août de 1949, et un journaliste local avait écrit à mon sujet que j’étais né avec un ballon de rugby dans mon berceau… Mais pourtant, là-bas, je n’en n’ai pas vu, et pour cause, puisque j’avais 2 ans quand je suis parti du Vietnam.

 


Hô-Chi-Minh-Ville (ex Saïgon), Vietnam


BagsJe ne suis donc pas né dans un pays d’Ovalie, et le rugby, j’y ai goûté pour la première fois à l’âge 10 ans, durant une année scolaire, au lycée Marracq de Bayonne… Puis plus rien durant des années ! Mon père, militaire, changeait de garnison tous les 2 ans en moyenne. Ainsi je l’ai suivi au Sénégal, à Châlons sur Marne, à Vernon, dans l’Eure, puis de nouveau au Sénégal, puis re-Châlons sur Marne en 1967-68, où il m’inscrit d’office à 2 sports que je ne voulais absolument pas faire : l’équitation et le rugby… Ce seront par la suite mes plus belles passions !

logo coc rugbyDonc, le rugby, je n’y joue “officiellement” qu’en Sénior, dès l’âge de 17 ans, en signant une licence au COC (Club Olympique Châlonnais Rugby), alors en 4éme série. Je me fais les crampons sur des terrains gelés, contre des clubs d’Ile de France (Lagny, Viry-Chatillon, Massy Palaiseau, etc…).

 

 

Et ensuite alors, entre le rugby et toi, il se passe quoi ?

logo stade porte normandeLa famille Martegoute change de garnison, et me voilà à Vernon, dans l’Eure, où le club, le « Stade Porte Normande », joue en 2ème Série. Il est entrainé par un certain M. Balias, qui un peu plus tard fera monter Kronenbourg en 2ème division. Nous atteignons la ½ finale du Championnat de France en 1970, ½ finale dramatique marquée par le décès brutal de notre ½ de mêlée, Michel Géseaux, victime d’une rupture d’anévrisme dans les vestiaires… Je ne trouve pas les mots pour dire quoi que ce soit de plus.

logo boucauLe bac en poche, je fais mon Service Militaire au 1er RPIMA à Bayonne, et j’en profite pour signer au Boucau Stade (ndlr : devenu en 1989 le Boucau Tarnos Stade), où je ne jouerai aucun match compte tenu du fait qu’après une journée passée à la Citadelle de Bayonne, je n‘avais plus la force d’aller m’entraîner à Picquessary, stade mythique de ce beau club !

logo sallesEn 1971, j’entre à la Faculté des Sciences à Bordeaux, et signe en 1973, tout à fait par hasard, à l’Union Sportive de Salles, alors en 2ème division. Nous montons en 1ère division pour y rester 10 ans, naviguant alors entre les Groupes A et B qui sévissaient à l’époque. Au fil du temps, j’affectionne le poste d’arrière, mais au final j’aurai fait toute ma carrière à l’ouverture.

 

1977 : Jean-Louis lance la cavalerie Salloise face au jeune n°15 du BO, Serge Blanco.

Après cette épopée Salloise, j’entraîne en 1978 pendant une saison le club de Facture, qui évolue alors en 3ème division… Et nous montons en 2ème division ! Puis je retourne à Salles, que j’entraine 2 saisons avec Jean Plantey, mon maitre à penser, et Yves Appriou. J’y rencontre une charmante personne, Sylvie, fille d’Edgar Fourton, ancien joueur de l’US Salles, et sœur d’Hervé Fourton, dynamique ailier de ce même club haut en couleurs… Sylvie devient mon épouse en 1978.

Quelques années plus tard, en 1986, j’ai une mutation professionnelle, direction… L’Ile de La Réunion ! Ayant assisté à la descente de Salles dans une ambiance plus que morose, j’étais lassé du rugby, et je promets alors à mon épouse de ne plus m’investir dans ce sport, juré, craché !… Mais je n’arriverai pas à tenir ma promesse, à cause d’un sacré concours de circonstances !

logo rc portJ’arrive donc à La Réunion le 26 décembre 1986, et suis invité par un cousin par alliance, pharmacien de Saint-André, à réveillonner le 31 avec des rugbymen du Rugby Club Portois… Au cours de la soirée, tout ce beau monde, inconnu pour moi, me salue et à la fatidique question : « Est-ce que tu joues au rugby ? », je réponds : « Non ! ». Ma femme est aux anges, jusqu’à l’arrivée d’un certain Patrick Bloquert… Je ne le connaissais pas, mais lui m’avait vu jouer avec l’US Salles à Limoges ! J’étais démasqué, et ma femme, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, assista à mon « embarquement immédiat » pour Le Port…

Aujourd’hui, je peux te dire que je ne regrette vraiment rien, bien au contraire, car le Rugby Club Portois aura été mon 2ème Club, en termes de durée et de cœur. J’y ai rencontré une pléiade de joueurs, dont Daniel Martin, qui a eu la gentillesse de me passer le clavier « Puissance 15 » d’une passe non vrillée… !

jean louis arbitre

Jean-Louis, côté arbitre

Le rugby m’a passionné à tel point que j’ai même eu le privilège… D’aimer arbitrer, et si je n’ai pas officié au plus haut niveau (3ème division maximum), j’ai joué du sifflet sur pratiquement tous les continents du monde, sauf celui des Amériques… France, Ile Maurice, La Réunion, Madagascar, Sénégal, Nouvelle Zélande !

Et de retour en métropole, j’ai eu le suprême honneur d’avoir été élu président de l’organisation du Centenaire du club de Salles, qui a eu lieu en 2004… Magnifique moment.

 

 

 

Si je te demande de nous faire partager quelques « magnifiques moments » de ton long et riche parcours en Ovalie, tu choisis lesquels, là, maintenant ?

Jean-Louis avec Salles en 77, pour une victoire à Pau !

Mes meilleurs souvenirs rugbystiques « sur le terrain » sont sans aucun doute mes années passées à Salles, avec des rencontres contre les meilleurs clubs de l’époque : Béziers, L’USA Perpignan, l’Aviron Bayonnais… Je me souviens par exemple d’une rencontre contre l’AS Biterroise, avec ses monstres sacrés de l’époque, et un 1/16ème de finale du Championnat de France contre l’Aviron Bayonnais en 1977, gagné au match aller et perdu au match retour. Plus tard, l’Aviron se fera sortir en ¼ contre Béziers, qui sera sacré Champion face à l’USAP que nous avions dans la poule…

logo ile mauriceje garde également de magnifiques souvenirs de mes années passées à La Réunion, à l’Ile Maurice et au Sénégal, où j’ai finalement toujours eu des activités rugbystiques, que ce soit comme joueur, éducateur ou dirigeant.

logo senegalJ’ai aidé, autant que j’ai pu, au développement du rugby à l’Ile Maurice avec Denis Ulcoq alors Président de la Fédération Mauricienne de Rugby, ainsi qu’au Sénégal, à Saint-Louis, avec Guedel Ndiaye, le Président de la Fédération Sénégalaise.

 

Tous ces moments passés sur et en dehors des terrains sont pour moi des moments de rencontres inoubliables, qui je l’espère dureront encore longtemps…

 

Tu as passé un moment de ta vie à La Réunion… Qu’as-tu appris dans cette terre de France située au-delà des mers ?

J’avoue avoir passé 9 années de mon existence dans un environnement magnifique sur cette belle île, immergé dans une population créole qui mérite amplement le détour. Je garde toujours de nombreux et beaux contacts avec La Réunion, que ce soit avec des gens qui y vivent, ou avec d’autres, métropolitains, qui en sont revenus mais que j’ai connus là-bas.

 

Tu es aujourd’hui à la retraite, mais quelle a été ton activité professionnelle ? Qu’en retiens-tu de plus intéressant ?

Saint-Louis senegal wikipedia - rémi jouan

Saint-Louis du Sénégal

Ingénieur du génie sanitaire de métier, j’ai travaillé dans le domaine de l’environnement et de la santé publique… Un travail qui m’allait bien car, comme au rugby, je me sentais au service des autres.

De ce parcours je garde en particulier un immense souvenir de mon dernier poste, à Saint-Louis du Sénégal, où je travaillais dans une ONG sénégalaise qui mettait au point un vaccin contre les bilharzioses, maladies tropicales qui tuent 300 à 500 000 personnes par an. Ce fut une expérience humaine extraordinaire.

 

Et tu coules maintenant des jours heureux à Salles… Quels sont les endroits que tu nous fais visiter en priorité si on vient te voir là-bas, qui plus est avec un « passeport rugby » ?

Sur le pré de Lanquette

Alors je ne sais pas si j’ai mérité ma retraite… Mais ma résidence de retraité, Salles, se situe aux portes des Landes, à 2 pas du Bassin d’Arcachon et des plages magnifiques des Landes et de ses lacs d’eau douce, à 2h30 des montagnes pyrénéennes, et à 5 minutes du Stade de Lanquette, haut lieu du rugby local, régional et national, où j’aime me retrouver le dimanche. L’odeur de la résine de pin s’ajoute à celle des commentaires fleuris des bords de touche… J’aime, et c’est avec plaisir que je vous ferai découvrir tous ces trésors.

J’aime aussi le foie gras, les magrets de canard, le cochon, la palombe, l’alouette, la truite, etc, etc… Autant de spécialités régionales traditionnelles, à apprécier soit chez l’habitant, qui saura vous recevoir, soit dans d’excellents restaurants, nombreux dans notre région arrosée de vins répondant aux doux noms de Médoc, Saint-Emilion, Graves, Pomerol, Sauternais, etc… Nous vous attendons !

Maisons de pêcheurs du Bassin d’Arcachon

 

En t’envoyant le ballon « Puissance 15 » depuis Rennes, Daniel Martin t’a fait une passe (non vrillée!) longue de 494 kms en empruntant la « Nationale Rugby »… Ce qui n’est pas si mal pour un ancien pilier ! Maintenant que c’est à toi de relancer, vers qui vas-tu jouer l’ouverture ?

Alors je vais lancer l’attaque avec Yves Appriou, qui te parlera sans doute d’une association qui lui tient à cœur, avec Guedel Ndiaye, Président de la Fédération Sénégalaise de Rugby, et enfin avec Patrick Bradshaw, Vice-Président de la Fédération de l’Ile Maurice. Nul doute qu’avec leur aide nous marquerons l’essai !

 


ICONE-WEB

Site Internet de l’US Salles


ICONE-CREDITSInterview : Frédéric Poulet
Photos : Photos de Une de Jean-Louis : JLM / Photo “rugby” de Jean-Louis : Archives JLM / Vue Opéra Saïgon : Wikipedia – Diego Delso / Valises et vue bassin Arcachon : Fotolia / Vue St Louis du Sénégal : Wikipedia – Rémi Jouan / Photo stade Lanquette : Site de l’US Salles

 


ICONE-ESPACE

2 commentaires
  1. vincent douet

    27/07/2016 à 13:53

    Magnifique interview, qui en plus nous ramène à la nostalgie du rugby des villages qu’on aime tant
    Bravo Jean-Louis, et j’ai eu l’honneur de jouer puis d’entrainer sous tes ordres

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  2. PETIT Michel

    10/08/2015 à 20:12

    Bonjour Jean-Louis

    Je t’envoie un coucou de La Réunion.
    Je te souhaite une bonne retraite dans ce beau pays landais.

    Bise

    Michel Petit

    Répondre

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