Jeudi - 01 Octobre 2020

Guy Vigouroux / Sauf le respect que je vous dois…


C’est à Jean Cabrol, aidé plus tard par André Ferren, que les Dieux du Rugby confièrent un jour la mission de sceller le destin ovale de cet homme…

Réduit dans sa plus tendre enfance à pratiquer le rugby buissonnier à cause de quelques autorités vouant une sainte adoration au ballon rond, c’est à force de fréquenter d’illustres gloires biterroises du côté de Sauclières, que Guy Vigouroux s’en alla prendre licence chez ses voisins quinzistes de Pézenas. Mais Jean veillait au grain, et après quelques essais, il n’eut aucun mal à lui faire passer le Rubicon du côté de Montpellier pour le mener sur les terrains du Jeu à XIII… Des terrains sur lesquels il connaîtra une spectaculaire ascension comme joueur, entraîneur, et même arbitre. Aujourd’hui, et depuis quelques années déjà, il sillonne la France en compagnie d’Isabelle et de sa guitare pour enchanter les personnes qu’il croise sur sa route, portant sur eux les regards croisés de Brassens et de Ferrat. Et aussi pour adresser un message important à notre jeunesse, celui de lutter, à tout prix, contre les manifestations de la connerie… Merci Guy !

Guy en communiant… Plus tard, c’est à l’aide d'un sifflet et d’une guitare qu’il entrera en communion

Guy en communiant… Plus tard, c’est à l’aide d’un sifflet et d’une guitare qu’il entrera en communion

Salut Guy… Dis-moi, ta première guitare, ça remonte à quand ?

Ah… je crois qu’elle date de 1967, l’année où j’ai passé mon bac. Un beau jour, je ne sais plus trop ni pourquoi, ni comment, je me suis mis à jouer.

Je me souviens que pour être tranquille, j’allais réviser mon bac sur les cuves de la cave coopérative dont mon père, Henri, était le directeur. J’apportais ma guitare avec moi, et j’en profitais pour réviser aussi mes accords… ce qui rendait bien sûr l’exercice plus agréable, mais n’empêchait pas mes sœurs, Martine et Bernadette, de se moquer de moi, car elles avaient du mal à comprendre que je puisse jouer de la guitare tout en révisant la philo et les maths.

 

C’était où ?

Blason Péret - Travail personnel Spedona - CCBY-SA 3.0

Péret

A Péret, un petit village à côté de Clermont-l’Hérault. C’est là où la « tribu Vigouroux », dont j’étais l’aîné, s’est installée l’année de mes 13 ans, et a poussé.


Péret, Hérault (34)


 

Tu as ton bac, et tu continues à te perfectionner à la guitare… c’est ça ?

Exact ! Le bac en poche, je réussis le concours pour rentrer en 1ère année de professorat d’éducation physique au lycée Bellevue de Toulouse, et là, je me rends compte d’un truc extrêmement intéressant.

 

Qu’est-ce que tu découvres ?

Que les quelques couillons qui jouent de la guitare ont dans les mains un véritable piège à filles… ce qui m’a sans doute incité à redoubler d’effort pour apprivoiser les cordes !

 

Bon… Maintenant, y’a prescription, tu ne risques plus rien avec cette révélation… Tu as évoqué Péret, petit village de l’Hérault… Tu y retournes de temps en temps ?

Oui, bien sûr, quelquefois, car même si maintenant je vis la plus grande partie de mon temps en Franche-Comté, le pays d’Isabelle, mon épouse, Péret reste toujours pour mes sœurs, mon frère et moi, un sacré point d’ancrage familial. D’ailleurs, il y a quelques jours, nous avons été reçus tous les 4 par le Conseil municipal des Jeunes du village, qui nous a demandé de venir raconter l’histoire et quelques anecdotes de la cave coopérative. Ce fut bien sûr pour nous quatre un grand moment de partage, qui nous a replongés dans nos jeunes années.

 

Gamin, tu en as bien profité de Péret ?

panneau beziersOui, mais… pas tant que ça ! En tout cas beaucoup moins que mes sœurs et mon frère compte tenu de ma position d’aîné (j’ai 12 ans d’écart avec Bernard, mon frère cadet). Nous arrivons à Péret en juillet 60, et en Logo PICseptembre, mes parents m’envoient à Béziers au « PIC », pensionnat de l’Immaculée Conception, une prestigieuse école de Frères que je fréquenterai de la 6ème jusqu’à la terminale. Donc, Péret, pour moi, ce ne sera que pendant les vacances…

 

Relais 4 x 80

Laurent, Vigouroux, Carrière et Olivier… Un « 4 fois 80 » d’enfer pour le PIC!

Ah ! Tu arrives à Béziers, ville de rugby… J’imagine que là tu tâtes forcément du ballon ovale !

Oui, avec quelques copains on tente de faire du « rugby buissonnier » et on se fait épingler… ce qui nous vaut d’être collés.

 

Allons… On ne peut pas se faire coller parce qu’on joue au rugby… surtout à Béziers.

Eh bien si ! Au « PIC », à Béziers, on n’avait pas le droit de pratiquer le rugby, sauf, va savoir pourquoi, à deux occasions bien précises dans l’année : le 19 mars pour la Saint-Joseph, et le 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception !
Par contre tout au long de l’année on nous faisait jouer au foot (ce dont j’avais horreur), et j’ai fait aussi pas mal d’athlétisme… je faisais partie du relais 4 fois 80, ce qui m’a quand même permis de participer à une finale du championnat de France ASSU en Cadets et, quelques années plus tard, d’être champion UFOLEP du Languedoc sur 100 mètres (mon grand regret est de toujours être resté bloqué à 11’’… J’aurais tout donné pour un 10,9’’ !) et 200 mètres.

 

Le rugby, c’était une histoire de famille chez toi ?

Non, pas du tout… Chez les Vigouroux personne n’y avait jamais joué.

 

Mais alors, c’est quoi qui t’a fait t’y intéresser ?

C’est sans doute parce que j’ai croisé la route de Béziers. C’est là que j’ai rencontré un pote, compagnon de pensionnat… avec le temps j’ai oublié son nom. Il venait de Lézignan et cachait toujours un ballon de rugby dans son sac, bien que ce soit défendu par les « hautes autorités religieuses ». Mais on aimait tellement braver le danger et l’interdit, au risque de se faire « piquer » ! Je me souviens aussi de ces dimanches où mon père venait de Péret pour me rendre visite au pensionnat… Nous sommes souvent allés ensemble voir jouer les Dedieu et autre Danos qui faisaient alors les beaux jours de l’AS Biterroise. Et puis le jeudi après-midi, la fin de l’entraînement d’athlétisme, qui se déroulait aussi à Sauclières, me permettait de croiser et de voir de « près » les joueurs de l’ASB qui arrivaient pour le leur. logo fondateur as béziersMon passe-temps favori était alors de me mettre derrière les poteaux et de renvoyer le ballon à ceux qui s’entraînaient à tenter des drops et des pénalités… J’avais face à moi mes héros, et j’avais le suprême privilège de taper dans le même ballon qu’eux.
Oui, je crois bien que c’est à ce joyeux mélange d’évènements vécus à Béziers que je dois les débuts de mon amour pour le rugby…

 

logo pezenasEt un jour, tu troques le rugby « braconnier » pour le rugby « officiel » ?

Je suis en Première ou en Terminale, et un jour mon père me dit : « Bon, Guy, si tu veux jouer au rugby, on peut t’inscrire à l’AS Biterroise… ».

 

Tu lui as répondu quoi ?

Non, l’ASB, c’est trop prestigieux pour moi… J’aurai jamais ma place… Je vais signer à… Pézenas! ».

 

Comme tu courais vite, j’imagine qu’à Pézenas on te fait jouer à l’aile ?

Bien vu ! Louis Vacassy, propriétaire du bistrot, siège du club, me fait signer et, frappé d’un maillot « blanc & violet », je me retrouve effectivement trois-quart aile au sein des Juniors du Stade Piscénois avec, assez rapidement, des incursions en équipe 1ère. Et puis la saison suivante, bien que toujours junior, je gagnerai définitivement ma place de titulaire… On jouait à l’époque en 2ème division.
Et j’ai eu la chance d’être sélectionné en équipe Juniors du Languedoc avec Henri Cabrol, Jean-Louis Martin, Jean-Pierre Hortoland, futurs internationaux de l’ASB…

Pézenas juniors 66

Guy (dernier accroupi à droite) avec les Juniors de Pézenas… C’est par le XV qu’il débute sa carrière de rugbyman !

 

Il y a bien près de 50 ans que tu ne portes plus leur maillot, mais je crois qu’il n’y a pas si longtemps que ça, ils t’ont fait un formidable cadeau les Piscénois, non ?

Ah oui alors, quelque chose qui m’a beaucoup ému, et qui m’a montré que malgré tout ce temps, ils n’ont pas oublié mon passage chez eux, même s’il fut somme toute assez fugace, puisque je n’ai joué là-bas que trois saisons.

 

Ils ont fait quoi ? Une statue à ta gloire à l’entrée du stade ?

Non… Mieux que ça ! En 2014, Raoul Saurou, un ancien joueur, a écrit un magnifique bouquin sur les 100 ans de rugby au Stade Piscénois, où il raconte toute l’histoire et les heures de gloire du club. Un ouvrage remarquablement documenté, dans lequel j’ai eu l’immense surprise et l’immense joie de me voir consacrée une page entière dans la rubrique « Les grands joueurs du Stade Piscénois », et d’avoir ma place (même si c’est en tant que remplaçant !) dans le « XV du siècle du Stade Piscénois »… Après toutes ces années passées, ca m’a énormément touché.

 

joueur a montpellier vs marseille

1970… Guy est à l’aile du Montpellier XIII, face à Marseille XIII

Tu débutes donc ta carrière au rugby à XV, et puis tu vires vers le XIII… Comment c’est possible ?

En 68 je réussis le concours national « P1 », après une année difficile de préparation au lycée Bellevue, et je suis affecté « étudiant » en 1ère année à l’UEREPS (devenu STAPS) de Toulouse – dite « P2A ». L’année suivante (« P2B »), en 1970, Jean Rosada, étudiant comme moi mais Carcassonnais et joueur de XIII à Montpellier, me dit : « Tiens Guy, viens jouer avec nous, il nous manque un joueur… ». Et je l’ai suivi, dans un match universitaire arbitré par Raymond Revert, une des grandes figures dirigeantes du XIII à Toulouse.

 

Mais le XIII… Tu connaissais ?

Non, pas du tout. Mais cette expérience a été pour moi une véritable révélation. Je n’avais jusque là jamais touché autant de ballons dans un match, et comme je courais vite, j’ai marqué 5 ou 6 essais, je ne sais plus… J’ai donc bien sûr tout de suite été emballé !

 

C’était un coup monté pour te faire passer au XIII, non ?

Ah ! Ca, je n’y avais jamais pensé, mais maintenant que tu me le dis…

 

Et puis à ce moment-là, comme par hasard, tu fais une rencontre décisive sur la route du XIII… ?

Oui… Il se trouve que Jean Cabrol, alors directeur technique national adjoint du Rugby à XIII, missionné par la Fédération pour entraîner et « sauver » Montpellier XIII, vient faire une conférence à l’UEREPS, au cours de laquelle on visionne la finale du championnat du monde 68, opposant la France à l’Australie, à Sydney.

 

Et ?

Jean Cabrol, qui deviendra très vite mon premier père spirituel dans le Rugby à XIII, me propose de venir à un entraînement à Montpellier. C’était un jeudi soir, et le dimanche, je suis aligné dans l’équipe qui va disputer un 8ème de coupe de France contre Marseille XIII au stade Vélodrome, en lever de rideau de l’OM… Ça se passait comme ça à l’époque ! Ce jour-là, dans une chaude ambiance, je marquerai l’essai de la victoire, éliminant l’équipe dont je porterai deux ans plus tard le maillot… Magnifique souvenir d’une belle intronisation sous les couleurs montpelliéraines.

Montpellier XIII en 70

1970 : Guy (2ème accroupi à droite) au sein du Montpellier XIII

 

guy contre marsolan

Guy défie Marsolan et Molinié, 2 monstres sacrés du XIII des années 70

Finalement, tout est allé assez vite pour toi dans l’univers du XIII… ?

C’est vrai… Je signe à Montpellier en février 70, et en octobre j’honore ma première cape internationale en France B, contre l’Australie, au mythique stade vélodrome de la Cipale à Paris. J’aurai ensuite une seconde sélection, contre la Nouvelle-Zélande, à Avignon… Les deux fois on sera battus… Contre l’hémisphère sud, on apprenait, et moi d’autant plus que je débutais… J’essayais de faire de mon mieux !

 

Tu es à l’UEREPS… Tu seras donc Professeur d’Education Physique ?

Blason Uckange - Travail personnel Chatsam - CCBY-SA 3.0

Uckange

Oui, mais à la rentrée de septembre 70, je quitte l’UEREPS pour habiter Montpellier et passer le CAPEPS en candidat libre… Je suis reçu et nommé en septembre 1971 au collège d’Uckange, à côté de Thionville, en Moselle. Uckange… quel drôle de nom pour un gars du sud… Mon père se demandait si ce n’était pas en Sibérie !
Quand je pars m’installer là-haut, l’intendant du collège me dit : « Toi tu viens du midi, tu dois savoir jouer au rugby ! »… Je lui réponds : « Oh… à peine », parce que venant du rugby à XIII et ayant été international, je n’avais pas le droit de jouer à XV.

 

Alors tu fais quoi ?

Je vais quand même à l’entraînement à Hayange, le club de rugby local situé à quelques encablures d’Uckange (là-haut, tout un tas de noms de villes et de villages se terminent en « ange », mais je n’en ai jamais vu passer…). Le président m’invite à dîner et me présente une licence sur laquelle il est mentionné : « Je déclare sur l’honneur n’avoir jamais joué au Jeu à XIII »… Ce qui, quand tu y penses, est quand même incroyable, et en dit long sur le « climat » qui existait entre les deux rugbys et qui avait nécessité, cette année-là, l’élaboration d’un « Protocole d’accord XV-XIII » exigé par le ministère de la Jeunesse & des Sports pour empêcher le recrutement des Treizistes – jusque-là interdit par les Anglais – par les clubs quinzistes qui se sont rués sur les internationaux.

 

A l'entrainement en France A

Guy (à droite) à l’entraînement avec l’Equipe de France à XIII

Oui mais, finalement, tu signes ou tu signes pas ?

Je dis au président : « Président… Je suis international à XIII… Normalement j’ai pas le droit… Je fais quoi ? », et il me répond : « T’inquiète, ne t’occupe de rien, on dira rien à personne… Signe ! ».
Alors j’ai signé, et j’ai fait une saison en Moselle dans un total anonymat mais en marquant 3, 4, 5, et jusqu’à 6 essais par match, je me suis régalé !

 

Et puis, alors que tu arbitres un match de basket, tu es encore rattrapé par le XIII…

J’étais complètement intégré dans la vie de la cité d’Uckange : j’étais « prof de gym » au collège, j’entraînais l’équipe Cadets de basket, je donnais des cours de gymnastique volontaire, je faisais de l’athlétisme, je jouais au rugby (à XV !) à Hayange… Bref, j’étais heureux dans ce Nord chaleureux !
Et en effet, un jour, alors que j’arbitre un match de basket, je reçois un appel qui va conditionner mon avenir pour un bon bout de temps…

 

Qui est au bout du fil ?

Paul Tancrède, président de la commission des Jeunes à la Fédération française de… jeu à XIII. Il me propose le poste de conseiller technique régional pour la Ligue PACA XIII… On est en 1972, et à l’époque, j’ignore que je vais signer pour une aventure de 26 ans au sein de le direction régionale de la Jeunesse et des Sports de Marseille. J’aurai là-bas un double statut : CTR XIII, avec une mission auprès de la ligue régionale de XIII sur trois orientations essentielles : la formation des cadres, la détection et l’entraînement des sélections de jeunes, et le développement du Rugby à XIII ; et, en tant que « cadre A » de la fonction publique, une forte implication dans les formations débutantes des brevets d’Etat. Très vite, des missions nationales me seront confiées par la FFJ XIII, notamment, la responsabilité, partagée avec mon « frère » André Bigou, en 75, de la première équipe de France Cadets pour une tournée en Angleterre.
L’année suivante, ce sera l’équipe de France Juniors au sein de laquelle je vais œuvrer jusqu’en 1982, avec Jacques Balleroy, accompagnés par la bienveillante présence, en tant que « soigneur », de Gérard Batisse, alors curé en maison d’arrêt à Toulouse, Muret, exactement.

 

Et pendant ce temps, tu continues à jouer ?

Après mon « escapade nordiste incognito à XV », je signe à Marseille XIII dès mon retour dans le sud. Là je prends donc l’habitude (souviens-toi que j’avais déjà expérimenté la chose sous le maillot de Montpellier XIII) de jouer en lever de rideau de l’OM des Josip Skoblar, Roger Magnusson, Salif Keïta…

Marseille XIII -72

1972 : Guy, accroupi à droite, sous le maillot de Marseille XIII

 

Ca devait être quelque chose, non ?

Ah oui ! Quand on commençait le match à 13h30 il y avait 10 personnes dans les tribunes du Vélodrome, et on terminait à 15h00 devant plusieurs dizaines de milliers de supporters… Tu imagines le truc !
Pour nos matchs, les poteaux de rugby étaient montés à l’avant des cages de foot (dont on laissait les filets), et vite démontés dès le coup de sifflet final. Je me souviens qu’à l’occasion d’un certain Olympique de Marseille – Saint-Etienne, un gars de chez nous tente une pénalité en toute fin de match, d’un peu loin sans doute… Le ballon passe sous la barre des poteaux et va se loger dans les filets de la cage de foot !

 

Et ?

Et là, tu as 45.000 personnes qui se mettent à gueuler « Il-y-essssssst !! ».

 

Et toi, sur le terrain, à ce moment là, tu te dis quoi ?

« Bannnnde-de-connnns ! »

 

Sûr que ce devait être incroyable de vivre ça, aussi bien pour vous que pour vos adversaires. De manière générale, il était comment avec vous ce public Marseillais ?

Pour faire court et efficace, je dirai simplement qu’il était… poli et bienveillant !

 

Tu feras combien de saisons à Marseille ?

Une seule, mais j’en garde un énorme souvenir, celui notamment d’avoir été entraîné par André Ferren, qui avec Jean Cabrol sera lui aussi un « père spirituel » dans le Rugby à XIII. Cette année-là, on jouera la finale du championnat de France à Toulouse (je m’étais claqué la semaine avant et je n’y ai donc pas participé), et la ½ finale de la coupe de France à Lézignan.

 

guy à cavaillon

Guy file à l’essai avec Cavaillon XIII

Après cette belle saison marseillaise, tu fais quoi ?

Je signe à Cavaillon, où je pars comme trois-quart aile (n°5 au Rugby à XIII), mon poste de prédilection. Mais dès le premier match de la saison suivante, dans les vestiaires, Guy Calabrèse, notre entraîneur, à ma grande surprise, me tend le maillot n°1 (correspondant au poste d’arrière)…

 

Toi qui n’avais jamais joué autre chose que trois-quart aile, tu te débrouilles comment avec ce n°1 dans le dos ?

Plutôt bien, et même très bien, car j’étais un arrière très offensif, qui se mettait dans toutes les attaques… Et quelques mois plus tard c’est à ce poste que j’aurai ma première sélection en France A, contre l’Angleterre, au stade Gilbert-Brutus à Perpignan. Cette cape, je me souviens que je la dois à notre victoire à Toulouse, où j’avais été remarqué par Antoine Jimenez, le DTN et Sélectionneur de l’Equipe de France de l’époque.

 

France A - Angleterre 75 Perpignan

1975 : Guy à la relance avec le XIII de France contre les Anglais à Perpignan !

Tu as des souvenirs particuliers de ce match à Gilbert-Brutus ?

Ce jour-là, une tramontane à tout casser souffle sur Perpignan, et on joue le premier acte de la partie avec le vent dans le dos. A la mi-temps, quelqu’un s’approche de moi… Puig-Aubert !… ancien arrière international à XIII, figure emblématique de ce jeu, un des sportifs français les plus populaires dans les années 50, et considéré comme l’un des meilleurs buteurs de tous les temps. Il me dit : « Ecoute… est-ce que tu me permets de te donner un conseil ?»… « Bien sûr Monsieur Puig-Aubert ! ».

 

Qu’est-ce qu’il te dit Puig-Aubert ?

« Tu sais que j’ai joué des dizaines de fois sur ce terrain… alors aujourd’hui, avec le vent qu’il fait, les Anglais vont taper à cet endroit du terrain… voilà où il te faut être pour récupérer la balle… ».
Bien sûr, je me suis fait arroser toute la seconde mi-temps par les Anglais qui n’ont pas arrêté de taper, mais grâce à Puig-Aubert, je savais toujours exactement où le ballon allait tomber… Et j’étais présent à la réception, prêt à la contre-attaque.

 

galles france 75Un autre souvenir de cette première Sélection en France A ?

Oui, un souvenir bien plus fort que tous les autres, et qui me submerge encore aujourd’hui, 45 ans après… Quand mon père est arrivé au stade et s’est approché de moi, juste avant qu’on parte à l’échauffement. J’ai vu dans ses yeux et entendu dans ses mots le bonheur et la fierté qui l’habitaient.

 

Et pour en finir avec ce match… vous le gagnez ?

Non… On perd d’un point ! On mène, et à la dernière minute les Anglais marquent un essai en coin… plus en coin ça n’existe pas, et Gray, leur talonneur, passe la transformation impossible dans de telles conditions, leur donnant ainsi la victoire.

 

Bon, t’es d’accord Guy, on ne peut quand même pas suspecter Puig-Aubert d’avoir discuté avec Gray à la mi-temps, puisqu’il était avec toi. Et puis de toute façon, les Anglais, que ce soit à XIII ou à XV, ils nous ont toujours rendu la vie impossible, alors…
Tu auras d’autres sélections par la suite en France A ?

Oui, un mois plus tard, le 16 février 75 très exactement, à Swansea, on joue contre le Pays de Galles, qui compte dans ses rangs John Bevan, ancien quinziste, un des meilleurs ailiers du rugby de l’époque… Ce jour-là il a dû marquer 3 essais, et à chacun d’entre eux, les jeunes supporters gallois envahissaient le terrain pour lui faire signer un autographe !
J’aurai enfin une 3ème sélection en France A, contre l’Angleterre, un match joué à Bordeaux… On subit ce jour-là la plus lourde défaite historique du XIII de France, avant que l’essai ne passe de 3 à 4 points… On perd 48 à 2 !

compo galles france 75

La compo du XIII de France opposé au XIII Gallois le 16 février 75 à Swansea… Regardez qui est n°1 Français!

 

Après cette période internationale, quel sera ton parcours de joueur ?

Je reste 7 saisons à Cavaillon, jusqu’en 1980, où je suis joueur-entraîneur à partir de 76. On comptait dans nos rangs Gérard Furiani, un véritable sprinter qui faisait 10,4’’ au 100 mètres, il était notre meilleur marqueur d’essais. A l’époque, le duo d’ailiers Furiani – Vigouroux représentait une arme fatale du S.U. Cavaillonnais XIII !
Je retourne ensuite à Marseille XIII, en 2ème division, et je termine ma carrière de joueur-entraîneur à 36 ans.

 

Un clin d'oeil amical à Richard Montaignac, qui nous a mis sur la route de Guy.

Un clin d’oeil amical à Richard Montaignac, qui nous a mis sur la route de Guy.

De ton passé de joueur, tu gardes quoi d’essentiel encore aujourd’hui ?

De la fierté d’avoir porté le maillot de l’équipe de France, c’est sûr, car c’est une marque de confiance qui m’a été donnée et que j’ai reçue avec un réel bonheur. D’avoir aussi connu de grands moments collectifs avec mes coéquipiers, et d’avoir eu la chance de marquer beaucoup d’essais, parce que le poste que j’occupais m’en a souvent offert l’opportunité.

 

Bon, et maintenant, voici la question qui tue… Guy, après avoir quand même touché au XV, tu regrettes d’avoir fait carrière dans le XIII ?

Ah Ah… Est-ce que Saint Paul regrette d’avoir été terrassé par la grâce divine sur le chemin de Damas ?… Non, trois fois non ! Je n’aurais jamais pu vivre ailleurs ce que j’ai vécu grâce au XIII, que ce soit dans ma carrière sportive ou dans ma carrière professionnelle au sein de la direction de la Jeunesse et des Sports… J’ai été joueur, éducateur, entraîneur, arbitre, cadre technique dans ce sport magnifique, et toutes ces dimensions ont rempli ma vie. Quand je regarde dans le rétroviseur (en général je n’aime pas trop le faire, mais là je le fais à cause de toi !) je me dis que même si je n’ai pas tout réussi, j’ai essayé à chaque fois de donner le maximum, et au bout du compte, je suis heureux de tout.

 

Qu’est-ce qu’il a donc eu de tellement particulier pour toi ce Jeu à XIII, lui qui a pris une part si importante de ta vie ?

entraineur innovantEn premier lieu, il m’a obligé à combattre tous les jours, sur quoi que ce soit. Je m’en suis vraiment rendu compte a posteriori quand j’ai demandé ma mutation, en 98, à la direction régionale de la Jeunesse et des Sports de Franche-Comté, à Besançon, pour mener d’autres missions que le XIII… Là, j’ai trouvé que tout était apaisé, tout était calme.
J’ai été un acteur du XIII qui a toujours eu la volonté de faire bouger les choses, d’innover, et j’ai été confronté à beaucoup de résistance de la part d’un conservatisme ambiant que j’essayais de faire bouger. Tiens, par exemple, en 83, lors de la tournée des 20 Juniors français que j’ai encadrés tout seul, j’avais rapporté d’Australie des boucliers d’entraînement ainsi que des méthodes et contenus qui venaient bousculer les habitudes des clubs… Je me suis fait vilipender, moquer mais je tentais, dans les stages de formation, dans l’encadrement des équipes de France qui m’étaient confiées, de démontrer le bien-fondé de ces « nouveautés »… Par la suite, et même dernièrement, beaucoup sont venus me dire que… « j’avais été simplement en avance sur mon temps… ».

 

Des résistances à l’intérieur… Et avec l’extérieur, ça c’est passé comment, avec le XV notamment ?

Le XV, à vrai dire, on ne s’en occupait pas, ou plutôt si, on était obligé de s’en occuper en s’y confrontant, compte tenu des règles et du « droit » qui régissait les rapports entre les deux disciplines… Par exemple quand j’entraînais l’équipe de Provence universitaire, dans laquelle il y avait des joueurs licenciés à XV, ceux-ci venaient me dire : « Tu sais, mon président ne veut pas que je joue à XIII et il menace de me radier si je continue… ».

 

Tas Baitieri et Guy Vigouroux, entraîneurs du XIII de France de 85 à 87

Tas Baitieri et Guy Vigouroux, entraîneurs du XIII de France de 85 à 87

 

C’était la « guerre » entre le XV et le XIII ?

Oui, on peut dire ça… une guerre larvée, qui n’était plus vraiment officielle (elle le fut longtemps par le passé, suite à des décisions prises sous le Régime de Vichy pour évincer le XIII), mais qui concrètement nous mettait des bâtons dans les roues au quotidien. Des évènements et des anecdotes illustrant ce conflit XV/XIII, il y en a tellement qu’on pourrait écrire plusieurs bouquins sur le sujet… Mon ami Robert Fassolette, ex-CTR en Rhône-Alpes, a produit un mémoire de 3ème cycle intitulé « La guerre des deux rugbys » où il a rassemblé tous les documents historiques qui ont amené à l’interdiction du XIII par Vichy… Mais allons, il est inutile ici d’entretenir la polémique.

 

Tu as été joueur, puis rapidement joueur-entraîneur… puis sans doute par la suite juste « entraîneur » quand tu as quitté tes crampons de joueur, non ?

Bien sûr… c’était une suite logique pour moi. Après avoir entraîné Cavaillon et Marseille en portant moi-même le maillot, j’ai eu l’honneur d’entraîner plusieurs équipes de France.

 

Lesquelles ?

D’abord l’équipe de France Cadets, avec mon ami André Bigou, puis l’équipe de France Juniors avec le regretté Jacques Balleroy, natif de Villeneuve-sur-Lot. Et puis ensuite les équipes de France universitaires, France « Espoirs », France « B » et… France « A », en tandem avec l’Australien Tas Baitieri.

 

1986 : Guy (3ème à gauche au 1er plan) aux manettes de France A avec Tas Baitieri

1986 : Guy (3ème à gauche au 1er plan) aux manettes de France A avec Tas Baitieri

 

Guy arbitre

1995 : Guy (en bas à droite) avec les arbitres français et Marcel Caillol (à gauche), est récompensé au Congrès du Pontet

Après avoir connu le sommet, tu mets un terme à ton expérience d’entraîneur ?

Non, c’est plus fort que moi… je pars entraîner Apt, alors en 2ème division.

 

Et puis un jour, tu te mets à l’arbitrage… Pourquoi ?

Disons que de par mes fonctions de joueur, de CTR, d’entraîneur, j’ai toujours été au cœur du XIII (et vice versa !)… et dans ce monde ovale là, il y a un truc que je n’avais encore jamais fait, c’est… arbitre ! Alors j’ai voulu essayer, et un beau jour de février, je téléphone à Marcel Caillol, président de la Commission nationale d’arbitrage…

 

Il te dit quoi ?

« Tu as envie d’arbitrer… très bien… bienvenue ! Mais je te préviens, tu as 46 ans, et il faut 5 à 6 ans pour former un arbitre de haut niveau… tu n’arbitreras jamais en Nationale ! ».

 

Et toi, tu lui dis quoi ?

« Eh ben écoute… tant pis… allons-y ! ».

 

Tu te souviens du premier match que tu as arbitré ?

Oui, un match de Juniors, à Vedène, près d’Avignon… Vedène contre Entraigues-sur-la Sorgue… Le match aller avait été très « chaud », mais ce jour-là, au retour, tout s’est très bien passé. Il faut dire que la plupart de ces gamins je les connaissais, je les avais eus en stage au niveau de la Ligue… ça aide !

 

Et après ?

Après, ça va très vite pour moi et je brûle les étapes. Dès le début de la saison suivante, je suis désigné pour arbitrer Roanne/Salon, en Nationale B… Wahouu !… et 2 mois après, je me revois encore en train de recevoir ma convocation pour diriger Perpignan/Albi, en Nationale A, au Stade Brutus !

 

siffletAu bout du compte, ce sera quoi tes heures de gloire le sifflet à la bouche ?

En mai 95, j’arbitre à Narbonne la finale du championnat de France qui oppose Pia (futur vainqueur) à Saint-Estève. J’aurai aussi l’opportunité d’arbitrer un France B / Australie au Pontet et un Maroc / Angleterre à Casablanca… Ce qui me conférera une petite expérience internationale.

 

De tous tes souvenirs « d’acteur » sur les prés du XIII, tu me dis que, finalement, ceux auxquels tu apportes le plus de valeur sont ceux que tu dois à ta vie d’arbitre… Pourquoi ?

Parce qu’être arbitre, c’est ce qui me paraît avoir été le plus audacieux, le plus aventureux… La tâche est tellement immense, beaucoup plus que quand tu es joueur ou entraîneur. C’est une mission remplie de beaucoup de responsabilités, et aussi de tellement d’ingratitude. Tu es face à toi-même, et tu ne peux et dois compter que sur toi-même… Alors oui, ce furent ces moments-là qui restent pour moi les plus valorisants.

avec gerard batisse

Début années 80 : Paul Tancrède, Gérard Batisse, Guy Vigouroux et Jacques Balleroy encadrent l’Equipe de France Juniors à XIII

 

association la violenceTu en fais quoi, aujourd’hui, de ces chers moments que tu dois à l’arbitrage ? Tu les partages ?

Oui, j’ai terminé ma carrière en étant référent « Sport, Education, Insertion » à la DRJS et la lutte contre les violences était au programme, incluant les comportements déviants liés aux décisions des arbitres. J’ai même collaboré avec le football pour la formation de leurs arbitres… Mais je ne me suis pas arrêté : sous l’égide de mon association « Sauf le respect que je vous dois… », présidée par Isabelle, mon épouse, je fais des interventions dans les établissements scolaires à la demande du Comité régional olympique et sportif de Bourgogne-Franche-Comté, une manière de continuer à contribuer à l’éducation…

 

Ils te répondent quoi en général, les jeunes auxquels tu t’adresses ?

Qu’un arbitre, ça sert à faire appliquer les règles du jeu.

 

Ils se trompent ?

En grande partie oui, parce qu’ils passent à côté de 85% du vrai boulot d’un arbitre, qui consiste en réalité à maintenir la communication entre tous les « acteurs » du match : les joueurs sur le terrain, les entraîneurs et les remplaçants sur le bord de touche, le public dans les tribunes… Pour moi, un match est comparable à une pièce de théâtre… on est sur une scène ! Et est-ce qu’il viendrait l’idée à un acteur ou une actrice, en pleine représentation, de prendre le rôle d’un autre ? Non, bien sûr !
Donc sur le pré comme sur la scène, chacun doit savoir rester à sa place. Que dirait un joueur si, en cours de match, l’arbitre venait vers lui en lui disant : « Hé, mais t’es nul toi, fallait pas garder le ballon là, fallait faire la passe, espèce de con ! » ? Et de la même façon que l’arbitre a suffisamment de boulot à faire (notamment prendre en compte des informations que bien souvent les autres acteurs ne captent pas) plutôt que de commenter les options de jeu des joueurs et des entraîneurs, ceux-là ont eux aussi suffisamment de boulot à faire plutôt que de commenter les décisions de l’arbitre… Quand tu comprends comment fonctionne un arbitre, et ben… tu lui fous la paix !

 

Merci Guy pour cet éclairage… Je viens enfin de comprendre ce que veut dire « respecter l’arbitre », et comment chacun peut (doit !) arriver à ça…
Mais laisse-moi revenir un instant sur les moments que tu partages avec les collégiens et les lycéens… C’est quoi le message essentiel que tu essaies de leur passer, à ces gamins ?

association conteste conC’est de leur faire comprendre que la violence n’apporte rien et qu’il faut l’éviter, dans le sport, mais aussi dans bien d’autres domaines de la vie en société, notamment dans la relation homme-femme… Leur faire comprendre par exemple que le désir de l’un ne peut prendre sa source que dans le désir de l’autre, et que ne pas comprendre ça revient à passer pour un con vis-à-vis des autres, ce qu’il faut éviter à tout prix… Tiens d’ailleurs, ce mot, « con », dans « Le temps ne fait rien à l’affaire… Quand on est con, on est con », Brassens l’utilise 31 fois… Moi je pense que je dépasse les 40 fois dans mes interventions !


ICONE-VIDEOGeorges Brassens – « Le temps ne fait rien à l’affaire… Quand on est con, on est con »


 

Les filles en particulier, elles le prennent comment ce message ?

Elles sont contentes bien sûr, car ça permet de dire haut et fort que l’égalité entre les garçons et les filles doit être une préoccupation constante de notre société. Je suis un féministe convaincu, il ne fait nul doute pour moi que « la femme est l’avenir de l’homme », alors je suis heureux de participer à cette prise de conscience auprès des jeunes… Il m’arrive très souvent de chanter cette chanson de Jean Ferrat, je le fais avec la plus grande des sincérités. C’est mon credo, en quelque sorte et je l’affirme haut et fort, moi qui suis un athée… religiophobe.

 


ICONE-VIDEOJean Ferrat – « la femme est l’avenir de l’homme »


 

guy chanteur 2Tu viens de dire que tu chantes… C’est donc là que la guitare du début de l’histoire revient dans la course ?

Oui… En fait, la guitare ne m’a jamais quitté durant toute ma vie, j’ai toujours aimé chanter… Brassens en particulier, mais seul dans mon coin et pour mon cercle intime. Et puis, il y a une douzaine d’années, au cours de l’été 2007, une amie me fait passer une coupure de l’Est Républicain, faisant état de la création d’une association des amis de Georges Brassens… Ah bon ?… J’envoie un mail…

 

Et ?

C’est pour moi une nouvelle formidable révélation… Comme le XIII l’avait été en d’autres temps et en d’autres lieux. Mon jeu de guitare se trouve être en parfaite harmonie avec la voix de Philippe Borie, qui interprète les chansons de Brassens et attend depuis longtemps, me dit-il, un accompagnement de guitare comme le mien.

 

C’est donc la naissance d’un duo…

On fera une centaine de concerts ensemble, et je m’investirai à fond dans la création des « Brassensiades », au sein de « L’Amandier », l’association créée par Philippe… C’était la première fois que je me mettais sur scène, j’ai bossé comme un fou pour intégrer dans mes doigts et mes cordes de plus en plus de chansons de Brassens, jusqu’aux 180 titres, que je suis à présent capable d’interpréter.

 

Un soir de mars 2008, à l’issue de tes premières Brassensiades, tu rencontres quelqu’un qui a très bien connu Georges Brassens… Il te dit quoi ?

J’ignorais qui il était et il est venu vers moi pour me féliciter de la façon dont je jouais Brassens… C’était Oswald d’Andrea, le seul compositeur de musique à avoir orchestré dans les années 60 des chansons de Georges Brassens.
En 2010, le « quatuor l’Amandier » verra le jour ; une formation clarinette-violoncelle-guitare-voix… j’étais à la guitare, et le seul du quatuor à ne pas connaître le solfège (son enseignement, en classe de 6ème au pensionnat de l’Immaculée Conception m’en avait dégoûté) ! Mais je n’ai fait que quelques concerts car, un an après, je quittais L’Amandier.

 

guy chanteurTu officies à la guitare, mais tu ne chantes pas dans ces Brassensiades ou dans les concerts que vous donnez ici ou là ?

Si, petit à petit, au fil du temps, je me mets aussi à chanter, je prends un plaisir énorme à le faire, et je sens aussi le plaisir monter chez les gens qui m’écoutent… alors, au bout d’un moment, je pars voler de mes propres ailes. C’est à ce moment-là, en février 2012, qu’avec Isabelle nous créons l’association « Sauf le respect que je vous dois », et nous voilà partis dans une aventure magnifique grâce à laquelle nous organisons des concerts dédiés à Brassens, Ferrat, Tachan, Brel, Aznavour… une cinquantaine par an… on ne s’ennuie pas !

 

association guy et isabelle

Isabelle et Guy… un engagement sans faille dans la vie associative !

C’est quoi l’objet de « Sauf le respect que je vous dois » ?

C’est de lutter contre les manifestations de la connerie ! Soit par des interventions (dans les établissements scolaires par exemple comme je l’ai évoqué plus haut), soit par des chansons. Plus sérieusement dit, c’est de positionner l’éducation au centre des priorités de notre société car elle contribue fondamentalement à la construction des gens… En tout cas c’est ce en quoi je crois !
logo sauf le respectEt concernant les chansons, comme Jean Ferrat, « je ne chante pas pour passer le temps » : toutes celles que je choisis sont porteuses d’idées ou sont au service de quelque chose.

 

Quelles idées, quelles choses ?

association le respectJe pense être quelqu’un d’assez humain, alors j’ai la faiblesse de croire qu’à travers nos actions, ces interventions, ces concerts, nous arrivons à aider des gens à réfléchir, à s’interroger, à progresser… En tout cas c’est comme ça que je le vis. Dans ma vie, j’ai rencontré plein de gens qui m’ont fait avancer, m’ont construit, alors aujourd’hui, je suis content quand j’ai la sensation de rendre la pareille à des personnes que je croise. Pour tout te dire, je suis obsédé par ça… être utile, « citoyennement » et socialement utile… sans pour autant tomber dans la morale, bien sûr.

 

Guy... tête d'affiche!

Guy… tête d’affiche!

 

Quand tu es sur scène, c’est à Brassens que tu rends le plus grand hommage… Pourquoi Brassens ?

Parce que Brassens… Je suis dedans ! Ici en Hérault il fait complètement partie de notre culture collective, et bien sûr bien au-delà. Dans plein de coins de France tu as des Espaces Brassens, des collèges, de rues Brassens, mais finalement peu de gens connaissent vraiment le personnage. Alors, partager l’ensemble de son répertoire, et faire aussi connaître des anecdotes sur sa vie à travers des vidéos que l’on diffuse pendant nos concerts, ça les intéresse.

 

Tu l’as connu toi, Brassens ?

Non, je ne l’ai vu que deux fois en concert, une fois à Aix-en-Provence, et l’autre fois à Montpellier.

 

Tu te considères comme un « fan » de cet homme ?

Je suis « Brassensophile », mais pas « Brassensolâtre », car c’est de son œuvre dont je suis fan, pour trois raisons essentielles. D’abord, parce qu’elle est atemporelle… Ses chansons ne sont jamais datées, ce qu’il y raconte peut se passer à n’importe quelle époque. Ensuite, parce qu’elle est universelle… Le genre humain dans son entier, où qu’il se trouve, est concerné par ses textes. Et enfin, elle est toujours source de surprise… Plus je chante ses chansons, plus je découvre de nouveaux messages qu’il a voulu délivrer. Il faut regarder derrière les mots pour les découvrir…

 

guy au microQuel message par exemple ?

Tiens, par exemple, « Le gorille » ! C’est un texte plutôt coquin… « Le gorille est un luron supérieur à l’homme dans l’étreinte, bien des femmes vous le diront ». Si tu restes au premier degré tu te dis : « Putain, il est en train de nous parler de zoophilie ou quoi ? »… Mais bien sûr que non, il nous promène, veut choquer pour attirer l’attention… Et puis, tu te rends compte qu’à la fin de la chanson, il évoque et dénonce la peine de mort : « Car le juge, au moment suprême, Criait : Maman !, pleurait beaucoup, Comme l’homme auquel, le jour même, Il avait fait trancher le cou ». Dans chaque chanson de Brassens, y’a des trucs derrière, et moi, je fais mon possible pour les découvrir et les communiquer !

 

Tiens c’est drôle ça… Tout à l’heure tu m’as dit que quand tu étais arbitre, ta mission première était d’être le garant de la communication. Et là je vois que quand tu es sur scène, c’est pareil, ce qui te préoccupes, c’est encore la communication… Arbitre sur le terrain, chanteur sur la scène… Une même et unique mission ?

Peut-être oui… une mission qui consiste à faire passer un sens à travers une interprétation, et faire en sorte que celle-ci soit comprise et admise en communion par le plus grand nombre. Dans ces deux mondes-là, je n’ai ou n’ai eu que la prétention d’être ou avoir été un passeur, un serviteur, un complice… au service du jeu pour l’arbitrage, au service de l’œuvre pour la chanson. Et je sais infiniment gré aux personnes dont j’ai pu suivre les enseignements, tout au long de ma carrière, dans le cadre des « formations professionnelles continues » organisées par le ministère Jeunesse & Sport. Elles m’ont beaucoup appris et donc, transformé…

 

Est-ce que tu as le trac avant de monter sur scène ?

Le trac… je sais pas, je connais pas. Je monte sur scène avec une grande énergie en moi, je joue et je chante, et rien ne me perturbe. Quand j’étais arbitre, c’était pareil, j’étais tellement « rempli » de la responsabilité qui m’incombait qu’il ne restait aucune place en moi pour quoi que ce soit de négatif qui puisse me perturber. Être à la hauteur des attentes supposées est certainement un objectif qui prend le pas sur tout le reste… Il se fonde, je crois, sur le respect des gens qui sont là pour te voir, t’entendre…

 

Blason occitanie Glob0 - CC BY SA 4.0 International

Entre Occitanie…

On se voit aujourd’hui à Mèze, dans ton berceau Héraultais, mais tu vis la plus grande partie de ton temps là-haut, en Franche-Comté…

Isabelle est originaire de Pontarlier, dans le Doubs, et en 98 j’ai demandé ma mutation là-bas, à la direction régionale de Jeunesse & des Sports, basée à Besançon.

 

 

Tu es est donc devenu Franc-comtois… Pas trop dur pour l’Occitan que tu es ?

Non ! Je connaissais déjà parce que la famille d’Isabelle y est installée depuis toujours et nous allions souvent la visiter. J’aime l’authenticité des gens de cette région, et j’y ai fait de belles découvertes sur le plan humain, en Pays de Montbéliard en particulier.

 

Blason Franche Comté - Bruno Vallette - CC BY SA 3.0

… et Franche-Comté!

Ton travail à la direction régionale de la Jeunesse & des Sports t’a aidé à découvrir le terroir local ?

Oui, car dès mon arrivée, le directeur adjoint, Jacques Batut qui est devenu un ami, m’a confié la mission de mettre en place les CEL (contrat éducatif local) dans le département du Doubs. C’était un projet interministériel impliquant l’Education nationale, la Politique de la Ville, la Culture et Jeunesse & Sports. Je suis donc allé à la rencontre des communes dans le but de mobiliser, coordonner, mutualiser les énergies éducatives et associatives locales. J’ai ainsi rencontré les élus et acteurs locaux, et malgré nos accents respectifs si différents, j’ai rapidement été intégré !
Un détail important : le premier CEL de France a été officiellement signé le 8 mars 1999 à Quingey, un chef-lieu de canton du Doubs. Monique Dornier (Education nationale) et moi-même avons ainsi vu nos efforts couronnés de succès…

 

port de meze

Le port de Mèze…

Bon Guy, on est bien là, mais le temps passe, nos femmes viennent de rentrer d’un tour de Mèze, il va falloir qu’on arrête bientôt cette discussion pour déguster la tielle et le vin des « Yeuses »… Et pourtant une question me taraude encore, alors je me lance… Le XIII… le XV… Ce putain de différend (d’indifférence ?) qu’il y a entre ces 2 mondes ovales… Le Rugby à XIII, objectivement, il est quand même confidentiel non ? Et le Rugby à XV, on peut dire qu’il est en crise…

Oui, le XIII est confidentiel (en France, parce qu’en Australie, il est le sport majeur… on parle peu du XV là-bas), il l’a toujours été. Et oui, le XV en France est en crise… mais il est ancré !

 

Mais alors, crois-tu qu’il y a quelque chose à faire entre ces 2 là ?

Personnellement, je les pense incompatibles. Sur le plan institutionnel, penser qu’un jour il ne puisse y avoir qu’une seule Fédération, commune aux 2 disciplines est quelque chose d’inconcevable… La différence est profondément marquée dans l’histoire et les mentalités populaires… à Lézignan-Corbières, tu ne leur feras jamais aller voir un match de Rugby à XV !

 

Bon, les mentalités nous disent « non ! »… mais au niveau purement sportif, au niveau du jeu… L’un n’a-t-il pas à apporter à l’autre ?

Ah si ! Le XV est resté pendant 100 ans figé dans ses règles, et puis un beau jour, pour essayer de le rendre plus attrayant, ses dirigeants se sont dit « Tiens, on va essayer de changer »… Et à chaque fois, ils sont allés chercher dans le XIII.

 

Tu as des exemples ?

Le coup de pied en touche… Avant, à XV, où que tu sois sur le terrain, tu pouvais taper directement en touche. Et puis un jour, dans les années 70 ou 80, je ne me rappelle plus, une nouvelle règle arrive : fini les coups de pied en touche directs, sauf dans les 22 mètres. Cette règle de la touche indirecte a toujours été de mise à XIII, car elle est le fruit d’un des principes fondateurs de ce jeu.

 

Quel principe fondateur ?

Le rugby à XIII a ses règles basées sur l’égalité des chances : tous les joueurs, quel que soit leur poste, doivent avoir la possibilité de récupérer le ballon… Donc quand tu tapes, si tu obliges le ballon à toucher le terrain avant qu’il ne sorte en touche, tu donnes la chance à l’adversaire de s’en saisir, et donc de faire vivre le jeu.

 

Tu as d’autres exemples de trucs que le XV a empruntés au XIII au fil du temps ?

Oui, tiens, regarde les rituels et les spectacles d’avant-match qui existent maintenant dans le Rugby à XV depuis qu’il est devenu professionnel… Ca fait des décennies que ça existe dans le XIII, en provenance d’Australie. Le fait de marquer des essais en plongeant de façon spectaculaire, l’arbitrage video… pareil !

 

Et dans les mêlées, y’a pas un truc qui est en train de se passer aussi ?

Ah, tu as remarqué ! A XIII, contrairement au XV, la mêlée n’est pas « jouée », et le demi-de-mêlée introduit le ballon de son côté pour vite le libérer et proposer une relance du jeu. A XV, ils sont en train d’y venir… quand ils introduisent, les demis de mêlée ne se gênent déjà plus pour faire rouler le ballon franchement du côté de leur camp… Et tu verras que bientôt ils arrêteront de pousser comme des bœufs, ce qui permettra de ne plus assister à ces interminables et fatigants (pour les joueurs et pour les spectateurs !) temps d’arrêt de jeu où l’on s’échine à produire une mêlée propre après moultes tentatives, pour faire vivre le ballon… enfin ! Regarde… Fais les stats : à peine une mêlée sur trois donne lieu à du jeu… Les deux autres fois, c’est « à refaire » ou… pénalité !

 

Bon ça va, j’ai compris que la liste des apports du XIII au XV pourrait être longue encore… Tu es en train de me dire que le jeu du XIII est en avance, mais que le jeu du XV s’en rapproche. Mais j’ai compris aussi que si les 2 tendent à se rejoindre sur le pré, ils ne pourront jamais se rejoindre sur le feutre du tapis vert… Un vrai casse-tête pour les Dieux du Rugby !

mains sur guitareC’est exactement ça, pour une question de mentalités différentes, et je dirai, même, de philosophie différente. C’est très humain tout ça… à l’image des éternels combats, sur bien des sujets qui déchainent les passions, entre conservateurs d’un côté et progressistes de l’autre… mais sans jamais oublier de se respecter, car on est dans le monde du Rugby.

Quand il y a peu je me suis retrouvé au milieu de mes amis de Pézenas, anciens co-équipiers juniors d’il y a 50 ans et que je n’avais pas revus depuis si longtemps, j’étais entouré de quinzistes certes… mais de rugbymen avant tout et ça c’est précieux… alors j’étais aussi chez moi ! J’ai aussi pu retrouver à cette occasion une personne formidable, Claude Alranq, artiste de grand talent et défenseur acharné de l’Occitanie et de ses racines culturelles et sociales… Son épouse, Sylvie, est à l’origine des écoles occitanes, les Calendrettes…

 

Guy avec Bernard Guash, en compagnie d'une coupe ramenée d'Angleterre… ça vaut de l'or!

Guy avec Bernard Guash, en compagnie d’une coupe ramenée d’Angleterre… ça vaut de l’or!

Tu viens de faire un clin d’oeil à un de tes anciens co-équipiers quinzistes… Je crois que tu veux aussi en adresser un à un ancien treiziste…

Oui ! Il se trouve qu’il y a quelques mois, j’ai retrouvé à Perpignan Bernard Guash, que j’ai entraîné il y a bien longtemps en équipe de France juniors, et qui aujourd’hui est président des « Dragons catalans », la franchise treiziste de Perpignan.

Les Dragons sont engagés dans la prestigieuse Rugby League britannique depuis 2006, et en août dernier, ils ont écrit l’histoire en devenant la première équipe française à remporter la Coupe d’Angleterre de rugby à XIII. Ca s’est passé à Wembley, contre Warrington, et ça vaut bien ici un grand coup de chapeau !

 

Allez, après ces magnifiques paroles Guy, sors-nous ta guitare et chante nous quelques chansons, comme quand t’étais là-haut, juché sur une des cuves de la coopérative de ton père…

Avec un très grand plaisir !


ICONE-VIDEOGuy en chansons


 

ICONE-WEB Association « Sauf le respect que je vous dois »

 

ICONE-CREDITS

Interview : Frédéric Poulet

Photos : Photos de « Une » de Guy, Guy et Isabelle, Port de Meze : IP / Photos rugby et association « Sauf le Respect… » : Archives personnelles de Guy / Blason Péret : Travail personnel Spedona – CCBY-SA 3.0 / Blason Uckange : Travail personnel Chatsam – CCBY-SA 3.0 / Blason Occitanie : Glob0 – CC BY SA 4.0 International / Blason Franche-Comté : Blason Franche Comté – Bruno Vallette – CC BY SA 3.0

Eu égard aux droits qui leur seraient associés, nous nous engageons à enlever les illustrations présentes dans cet article, sur simple demande de leurs auteurs.


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Un commentaire
  1. Richard Montaignac

    02/06/2019 à 0 12 04 0604

    Le plus spirituel des fils de Brassens

    Plonger dans « Puissance 15 » et n’y pas trouver Guy Vigouroux serait comme goûter à des travers de porc sans miel rajouté, commander un risotto sans la présence d’oignons ou aller voir un film avec Stan Laurel sans Oliver Hardy ! Autrement exprimé, il s’agirait d’un crime d’aile-majesté.
    Imaginer un site sur le rugby sans le plus grand ailier de Pézenas… sans l’une des principales vedettes de « Sports Languedoc »… sans la présence d’un superbe trois-quarts aile montpelliérain sélectionné en équipe de France… sans un arbitre international au sifflet notoire… sans l’un des fils les plus spirituels de l’illustre Sétois, Georges Brassens… équivaudrait à se pencher sur un site très ébréché.
    Heureusement, le maître de ces lieux bien ovales l’a compris. Grâce lui soit donc rendue et bienvenue à l’ami Vigouroux qui a tout bonnement remplacé ses fameux débordements de TGV de la belle époque laissant pantois adversaires et spectateurs par, aujourd’hui, les mêmes initiales joliment revisitées (Treize Guitare Volupté).
    Désormais, les troisièmes mi-temps d’antan sont devenues des récitals de chansons d’anthologie et personne ne songe à s’en plaindre._ R.M.

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