Vendredi - 29 Mai 2020

Pierre Lacaze / Quand le bois s’en mêle…


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C’est par l’intermédiaire d’un Serrurier que les Dieux du Rugby ont un jour contacté ce Menuisier pour lui confier une mission de la plus haute importance…

En effet, comme ici-bas ils voient tout et ils savent tout, ils savaient bien entendu que Pierre Lacaze venait de terminer son Tour de France Compagnonnique et qu’il avait ainsi de l’or dans les mains… De l’or, et un art, qui lui permettent d’immortaliser des billes de bois en magnifiques ballons chargés d’affection ovale… Des ballons avec lesquels il est en passe de transformer un superbe essai, celui de la création d’entreprise. Grâce à de bienveillants amis, un ballon « made by Pierre Lacaze » orne depuis quelque temps déjà mon bureau, je souhaite à chacun d’entre vous de connaître le plus vite possible le même bonheur… Merci Pierre !

 

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Bonjour Pierre, entre le rugby et toi… C’est quoi l’histoire ?


Cadillac, Gironde (33)


panneau cadillacJe suis né à Cadillac, en Gironde, aux confins de Langon, Bordeaux, Saint-Emilion… Et j’ai poussé là-bas jusqu’à mes 16 ans. Gamin, je ne faisais pas de rugby… Et pas beaucoup de sport d’ailleurs, hormis un peu de tennis. Le père d’un de mes meilleurs copains, Quentin, était Président de l’Union panneau langonAthlétique Cadillac Rugby à l’époque, et j’allais quelquefois voir des matchs avec eux à Cadillac ou à Langon.

panneau grenobleAlors que jusque là je suivais plutôt les opérations depuis le bord de touche, c’est un peu plus tard, quand je suis arrivé chez les Compagnons, que je suis allé un peu me frotter au terrain, notamment lors de l’étape grenobloise de mon Tour de France. C’était en 2007, année de Coupe du Monde, et je me suis retrouvé dans la capitale iséroise entouré de pas mal de rugbymen, alors le dimanche matin, dans le peu de temps de libre qu’on avait, on allait se défouler avec un ballon.

Une fois mon Tour de France terminé, je suis resté plusieurs mois dans la région toulousaine, où travaillait ma femme, et je suis allé faire quelques entraînements à Rabastens avec Xavier Darets, un ami originaire de Tyrosse avec qui panneau rabastensj’étais au Lycée à Saint-Paul-Les-Dax et que j’ai retrouvé ensuite sur le Tour.

 

logo purple touchAujourd’hui, installé à Mauves-sur-Loire, près de Nantes, je pratique le Touch Rugby, une discipline originaire d’Australie qui se joue à 6 par équipe, et qui est en train de pas mal se développer en France. Ca me plaît bien… Ca manque un peu de placages parfois, mais, bon, quand on est artisan installé à son compte, ce n’est pas plus mal de jouer de façon « soft » ! Je suis licencié au « Purple Touch », ici à Mauves. On est engagé dans un logo belettes touch rugby v2championnat régional, dans lequel on retrouve des clubs de La Rochelle, Nantes, etc… Mais en ce qui nous concerne, on est beaucoup plus dans un esprit « loisirs » que « championnat ». Le mardi soir, je vais également m’entraîner dans un autre club, les « Belettes », à Saint-Herblain, qui ont été Champions de France en 2014.

 

Purple Touch Rugby

Pierre (Debout, 1er à gauche) avec les Purple Touch de Mauves-sur-Loire…

Belettes Nantes

… Et clin d’œil aux Belettes de Nantes !

 

Quel a été ton parcours professionnel… Qu’est-ce qui a fait que tu es aujourd’hui artisan menuisier ?

attitude menuisier 1Je me souviens qu’à 7 ans, un artisan, Patrick, ami de mes parents, est venu faire du carrelage à la maison, et cette intervention m’a carrément… Subjugué… Dès lors, je voulais travailler dans le Bâtiment ! A l’école, je ne faisais pas partie des meilleurs, et quand je suis en 4ème, on me parle d’un lycée spécialisé dans les métiers du Bâtiment, à Morcenx, dans les Landes, où on me propose une 3ème PVP (Préparation à la Voie Professionnelle)… Une année où je vais toucher un peu à tous les corps de métiers du secteur, et à l’issue de laquelle j’opterai finalement pour la Menuiserie.

J’ai fait ma 1ère année de B.E.P. à Morcenx, où j’étais interne, et puis, mes parents ayant déménagé à Pomarez, je suis allé terminer mon cursus à Saint-Paul-Les-Dax (j’ai été diplômé le jour de mes 18 ans !), avant de rejoindre le compagnonnage.

attitude menuisier 2Je me suis installé comme auto-entrepreneur il y a maintenant bientôt 3 ans, avec une activité de salarié que j’ai couplée pendant un certain temps. Et depuis 6 mois, j’essaie de voler complètement de mes propres ailes, en particulier depuis que les commandes s‘enchaînent… La vie d’entrepreneur n’est pas un long fleuve tranquille, mais c’est la passion du métier qui me guide, et ça fait longtemps que j’avais le projet de devenir un jour mon propre patron.

 

Le Tour de France que tu as réalisé avec la Fédération Compagnonnique… Tu peux nous en dire quoi ?

logo fédération compagnoniqueUne fois mon B.E.P. Menuiserie en poche, ma grand-mère m’emmène un jour à Bordeaux visiter la « Maison des Compagnons » (située 110 rue Malbec), en me disant : « Ca, tu vas voir, ça devrait te plaire ! »… Et ça m’a plu ! J’ai passé un test d’aptitude et un entretien de motivation avec des Compagnons, et j’ai été accepté avec le statut de « Jeune » pour commencer mon Tour de France.

A partir de là, la Maison Bordelaise me trouve une embauche dans l’une des entreprises avec lesquelles elle travaille régulièrement, la S.A. Richard. Après la journée de travail, tous les « itinérants » se retrouvent pour le dîner préparé par une « Mère » (il n’y en a que dans panneau bordeauxcertaines villes étapes du Tour de France), avant d’aller suivre des cours du soir (2 heures environ), spécifiques bien sûr à chaque métier.

Restaurant le St Jacques intérieur

Le « Saint-Jacques » à Echirolles, temple du Rugby !

Et ainsi, tu changes de ville et donc d’entreprise tous les ans au mois de septembre, en parcourant la France… Ca peut-être de toutes petites entreprises, chez un artisan par exemple, comme de très grosses entreprises industrielles. Mon Tour de France a duré 7 ans et, suite à Bordeaux, il m’a ensuite mené à Grenoble (où on mangeait le soir au « Saint-Jacques », restaurant tenu par Florence Noguès, à Echirolles, un endroit où viennent souvent les joueurs du FC Grenoble panneau nantesRugby et où tu as des maillots accrochés sur tous les murs), Annecy, Brive, Agen, Vannes et Nantes.

Je retiens quantité de belles choses de cette expérience vraiment unique… D’abord, bien sûr, la formation, excellente, dont j’ai pu bénéficier… Et puis, une aventure humaine, personnelle et collective, qui m’a permis de créer des liens fraternels avec plein de personnes rencontrées sur la route, des personnes de tous âges (avec, parfois, des cours donnés par des Compagnons de plus de 80 ans, passionnés !) et de toutes conditions… Le monde du Compagnonnage est une grande famille !

Banquet de la Ste Anne 2011 à Nantes au Château du Duc de Bretagne

Nantes, 2011… Pierre est dans la mêlée pour le Banquet de la Sainte-Anne, où sont fêtés les nouveaux reçus Menuisiers, Ebénistes et Serruriers de l’année, venus de toute la France.

La fin du Tour de France est couronnée par un « chef d’œuvre »… Une maquette que tu dois réaliser pour définitivement devenir Compagnon. J’ai entrepris la réalisation d’une colonne torse… Un poteau qui tourne sur lui-même… Quelque chose qui peut paraître simple dit comme ça, mais très complexe en fait, et qui me demandait énormément de temps… Trop, par rapport à celui que je pouvais lui consacrer… Au total, j’ai passé environ 700 heures, prises sur mon temps libre, pour réaliser cette maquette. Et à force de passer des nuits blanches en plus du boulot de la journée, les Compagnons m’ont dit : « Stop… Tu finiras plus tard ! ». Et puis, finalement, je l’ai terminée et présentée aux Compagnons cette maquette… Mais ma vie a pris un cours qui m’a fait choisir une autre voie.

 

Et donc, tu fabriques des ballons en bois… Dis-moi, c’est quoi l’histoire de ce bois que tu transformes en ballons ?

logo pierre lacazeA l’étape nantaise de mon Tour de France, un de mes confrères, Benoît Lapouge « Jeune » serrurier, voulait pour sa « maquette » réaliser un ballon de rugby en fer forgé, et il lui fallait une matrice, un ballon en bois, pour pouvoir tracer et souder dessus. Voilà comment j’ai fabriqué mon premier ballon, simple, puis un 2ème pour moi, avec des damiers, puis un 3ème avec une autre finition, etc, etc…

ballon daxUn week-end, mes parents sont venus me rendre visite à Nantes, ma mère a trouvé ces ballons très sympas et en redescendant dans les Landes, elle en a montré un à la boutique de l’US Dax qui, du coup, m’a demandé un ballon personnalisé à la « dacquoise »… Et je me suis dit : « Si Dax en veut un… Pourquoi pas les autres ? »… Et c’est comme ça que, de fil en aiguille, je suis devenu fabricant de ballons en bois complètement personnalisables!

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Un p’tit clin d’œil à qui de droit !

Mes clients sont soit des particuliers, soit des clubs, et je travaille également avec quelques boutiques partenaires. Le monde du rugby étant ce qu’il est et, en particulier, un formidable réseau, je bénéficie beaucoup du bouche à oreille, et petit à petit je commence à être connu dans le milieu… J’espère que ça va aller crescendo !

lampe chevetJ’utilise différentes essences de bois, et notamment j’aime bien le rendu du moabi, même si ce bois exotique d’aspect « rouge » n’est pas facile à travailler car il est très dur et réputé imputrescible… Il a une très belle finition, particulièrement lorsqu’on grave dessus. Je travaille également le frêne, le chêne, le hêtre, le bambou, etc…

ballon et bouteilleA côté des ballons, je réalise également tous travaux de menuiserie sur mesure : fenêtres, portes, volets, portails, bibliothèques, meubles, agencements divers etc… Cette variété est aussi le fruit de toutes les expériences que j’ai vécues sur le Tour de France.

 

Forcément, tu es un amoureux du bois… Pour toi, ce matériau, il évoque quoi ?

fabrication ballon 1Le bois… C’est chaleureux, j’aime le toucher, le sentir, le travailler… J’aime sa noblesse. Quand tu rentres dans les ateliers de vieux artisans, avec des copeaux de partout et que tu sens toutes ces essences, tout ce vécu… J’adore. Après, c’est sûr, comme beaucoup de choses… « Trop de bois tue le bois », et c’est un matériau qu’il ne faut pas hésiter à marier avec d’autres, comme le métal, le verre.

Mon Tour de France m’a permis de comprendre tout ce qu’il était possible de faire avec le bois… Parfois des trucs dont je n’avais même pas idée.

 

Tu es originaire de Cadillac, qu’aimes-tu dans cette Gironde ?… Et l’Aquitain que tu es vis maintenant à Mauves-sur-Loire, en région Nantaise… Si on vient te voir là-bas, tu nous fais visiter quoi ? Et on va manger où ?

Halle Cadillac Wikimedia - PA - CC BY SA 4.0

Les Halles de Cadillac

Pour moi, le pays de mon enfance, le Sud-Ouest, c’est avant tout un terroir qui fait honneur à la gastronomie, et qui offre un paysage de vignes à perte de vue… Le bon vin… Château Fayau, Loupiac, Sauternes, etc… Cadillac est un très joli village chargé d’histoire, et le marché du samedi matin autour des Halles est un rendez-vous incontournable quand tu vis là-bas où que tu y viens en vacances.

Et bien sûr, il y a quelques adresses à ne surtout pas manquer quand tu passes dans le village de mon enfance : « Le Château Fayau », avec ses magnifiques chais et caves, ou encore le restaurant « l’Entrée Jardin », avec son cadre authentique.

 

Quant à Mauves-sur-Loire, où je suis désormais installé, c’est une commune qui se situe à 20 kms au Nord-Est de Nantes, en Loire-Atlantique.


Mauves-sur-Loire, Loire-Atlantique (44)


Wikipedia - Jibi44 - CC BY SA 3.0

Les « Machines de l’Ile » à Nantes

J’ai découvert Nantes avec plaisir, c’est une grande agglomération bien sûr, mais qui a su garder une dimension à taille humaine… C’est pas trop grand, c’est pas trop petit… Il y a pas mal d’activités et d’évènements culturels proposés. Il y a quelque chose qu’il faut absolument voir, ce sont « les Machines de l’Île », un espace d’animation situé à l’emplacement d’anciens chantiers navals désaffectés. L’ensemble, fait d’acier et de bois, est complètement mécanisé et comprend le Grand éléphant (12 mètres de haut et 8 de large, mobile, il peut accueillir jusqu’à 52 personnes à la fois), l’Arbre aux Hérons (50 mètres de diamètre), le Carrousel des mondes marins et le Manège d’Andréa… Un truc qui n’existe nulle part ailleurs et qu’il faut voir absolument !

Et si tu viens me voir à Nantes, on ira manger à « La Passerelle de Marcel », tout près du Stade Marcel Saupin (je te conseillerai les délicieux escargots farcis !), ou au « Coup Fourré » (situé rue Fourré), tenu par Luigi, licencié aux « Belettes », le club de Touch Rugby nantais avec lequel je m’entraîne régulièrement.

 

Quel est le ballon (ou l’objet…) de bois que tu rêves de fabriquer un jour ?

bouclier

Exemple de trophée réalisé par Pierre

J’adorerais faire un immense ballon qui serait positionné à l’entrée d’un stade… Une belle sculpture en bois, un truc bien travaillé… J’ai commencé à faire des plans, pour un ballon de 3,50 mètres de haut… Qui sait, un jour peut-être… Si un club est intéressé, qu’il n’hésite pas… Va savoir !

Ah, et puis… Si ! Il y a un autre truc aussi que j’aimerais bien fabriquer… Quand le bouclier de Brennus sera devenu trop vieux, et qu’il faudra le changer !!!… Plus sérieusement, j’ai déjà eu l’occasion de fabriquer des trophées… Et j’espère en fabriquer de très nombreux encore.

 

 

Pierre, je te souhaite de fabriquer encore des milliers de ballons et de trophées… Et maintenant que tu pousses dans la « Mêlée Puissance 15 »… Vers qui vas-tu taper à suivre à ton tour ?

Je vais passer le ballon à Jérôme Mazars, avec qui de temps en temps j’allais taper un peu dans la balle dans la halte grenobloise de mon Tour de France. Jérôme a joué en Fédérale 2, et puis il a commencé à jouer au « Touch Rugby » à Grenoble. Aujourd’hui, il fait partie de l’Equipe de France et est allé avec elle disputer en Avril 2015 la Coupe du Monde en Australie. Il a décidé d’y rester un peu et s’est licencié dans un club… C’est en Australie qu’est né le « Touch Rugby », c’est un sport très populaire là-bas.


ICONE-VIDEOTouch Rugby : Résumé Finale Coupe du Monde 2015 Australie / NZ


 

On va se dire « au revoir » en chanson… Tu nous fais écouter quoi ?

Alors je vais adresser un petit clin d’œil à un ami proche, « Le Basque », qui vit maintenant en Australie. Nous aimons chanter cette magnifique chanson, Hegoak, lors des 3èmes mi-temps ou de repas… Elle doit bien lui manquer là bas au pays des kangourous !

 


ICONE-VIDEOHegoak


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ICONE-WEB Page Facebook des « Belettes » de Saint-Herblain


ICONE-CREDITS

Interview : Frédéric Poulet

Photos : Photo « Une », atelier et ballons en bois : PL / Photos équipes « Touch Rugby »: Taz / Vue Halles de Cadillac : Wikimedia – PA – CC BY SA 4.0 / Vue Machines de l’Ile à Nantes : Wikipedia – Jibi44 – CC BY SA 3.0

Eu égard aux droits qui leur seraient associés, nous nous engageons à enlever les illustrations présentes dans cet article, sur simple demande de leurs auteurs.


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