Lundi - 03 Août 2020

Gilles Cassagne / Dirigeant de Cassagne Events à Saint-Chef


Portrait Gilles

Tout gamin, c’est Joseph, son grand-père paternel, qui l’a initié au rugby, du côté de Lombez, ses racines. Et quand, les vacances finies, il retrouvait le Nord-Isère où ses parents avaient élu domicile, il n’avait qu’une hâte : trouver un club pour jouer ! Un jour, grâce à l’heureux concours du « Doc », son rêve fut enfin exaucé…

A cette époque, Gilles Cassagne ne se doutait pas encore de la magnifique carrière qui l’attendait, ballon en main, habillé de Ciel et de Grenat… Une carrière qui le mena jusque sur le toit du Rugby Français, au Parc des Princes. Gilles fait partie de ceux qui ont connu « sur le terrain » la mue du rugby amateur en rugby professionnel. Il a lui-même su prendre le bon virage de la reconversion professionnelle en créant sa propre société, à travers laquelle il partage aujourd’hui son expérience de Sportif de Haut Niveau avec les jeunes talents qu’il croise sur sa route… Merci Gilles !

 

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Bonjour Gilles, peux-tu nous raconter tes tous débuts au rugby… C’était quand, c’était où, et pourquoi t’y es-tu mis à l’époque ?

logo avenir XVJ’avais 10 ans, j’habitais à Heyrieux, commune située dans le Nord-Isère, sur l’axe Bourgoin / Lyon. Depuis toujours, j’avais envie de jouer au rugby, et à l’époque, il n’y avait pas énormément de clubs dans un périmètre tout proche de chez moi : Bourgoin, Saint-Jean-de-Bournay, Vienne, Mions, La Tour-du-Pin… Tout ça était un peu loin et pas très pratique d’un point de vue logistique pour mes parents.

Et puis, un beau jour de 1971, le « Doc », Gérard Peyrefitte, a eu la très bonne idée de créer un club à La Verpillière, à 9 kms d’Heyrieux… Juste ce qu’il me fallait, et me voilà enfin inscrit dans une école de rugby, celle du Rugby Club Vulpillien (rebaptisé depuis AVENIR XV – Association VErpillière Nord-Isère Rugby)!

ecole de rugby verpillière

1971 : 1ère photo de la 1ère Ecole de Rugby Vulpillienne… Gilles est le 3ème accroupi en partant de la droite

 

Et ça te venait d’où, cette envie de jouer, que tu avais depuis longtemps ?

logo lombez samatanMon père était « rugby » et il avait un peu joué, mais la naissance de cette passion, c’est essentiellement à mon grand-père, Joseph Cassagne, que je la dois. Il a beaucoup joué, au club de Lombez-Samatan, berceau de ma famille du côté paternel. Quand j’étais gamin, il était gardien du stade et du camping municipal de Lombez. Quand j’allais le voir pendant les vacances scolaires, le stade, c’était « chez lui », et il m’emmenait voir les joueurs dans les vestiaires… C’est là-bas que j’ai touché mes premiers ballons, et chaque fois que je revenais en Isère, je n’avais qu’une hâte… Jouer !

 

A partir de ce moment « fondateur » du côté de Lombez et de La Verpillière, quel a ensuite été ton parcours en Ovalie, jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai donc fait toutes les catégories jeunes à La Verpillière, depuis les Poussins jusqu’en Juniors 2ème année. A l’époque, j’avais des dimanches bien remplis : je jouais le matin en Juniors dans le Championnat du Lyonnais, et l’après-midi avec l’Equipe Première, qui évoluait en Honneur !

equipe du doc

Juin 1980… Gilles (3ème accroupi à partir de la gauche), alors Junior au RC Vulpillien, est dans la Sélection du « Doc » G.Peyrefitte (en haut à droite), avec des stars de l’époque : F.Sangalli, S.Dunet, JP.Cuny, JC Jouanno, Parent, Suchet, B.Vaur, G.Delaigue et tous les autres…

 

logo bourgoin rugbyPuis j’ai signé au CS Bourgoin-Jallieu en Juniors Reichel, et j’ai enquillé par la suite 18 années sous le maillot « Ciel & Grenat », au poste d’ouvreur et de ¾ centre…

Gilles en action contre Toulon

Gilles à l’ouverture contre Toulon, à ses débuts au CSBJ

Après ma carrière de joueur, je suis resté 2 ans comme dirigeant salarié à Bourgoin, dans une fonction de Manager… C’était à la fin des années 90, l’époque où les clubs de rugby de haut niveau venaient de quitter l’amateurisme et cherchaient les meilleures voies à emprunter pour aller vers le professionnalisme.

Conscient que les choses étaient en train d’évoluer dans le monde du rugby, j’ai profité de ces 2 années pour passer un Diplôme au Centre du Droit & d’Economie du Sport, créé par Jean-Pierre Karaquillo, à Limoges. J’ai fait partie de la première promotion du CDES qui a obtenu le Diplôme de « Manager Général de Club Professionnel ». Dans cette promo, mes compagnons de route étaient, entre autres, Jean-Marc Lhermet, Henri Mioch, Raymond Domenech, Denis Troch, Pierre Dréossi, Richard Dacoury…

logo fcg rugbyPuis après un court séjour à Bourg-en-Bresse comme entraîneur avec Michel Bernardin, je suis parti en 2001 à Grenoble où j’ai rejoint Jacques Delmas pour entraîner le FCG Rugby, qu’on a fait remonter en TOP 16 à l’époque.

Ensuite, toujours au FCG, je me suis orienté vers la fonction de Manager Général logo cassagne eventset Commercial, en restant toujours impliqué, jusqu’à l’année dernière, dans le sportif (notamment le recrutement). Je n’interviens maintenant plus que dans le secteur Commercial et Partenariat du club, en tant que prestataire de services, via la société « Cassagne Events », que j’ai créée il y a 5 ans.

 

Tu as donc porté le maillot « Ciel & Grenat » du CS Bourgoin-Jallieu avec fidélité, de 1980 à 1998… Peux-tu nous faire partager quelques moments très forts que tu as vécus au cours de cette épopée ?

Les moments les plus forts, c’est surtout les nombreuses phases finales qu’on a jouées… La finale de Groupe B perdue contre Aire-sur-Adour en 82 (j’avais 21 ans !), celle gagnée en 84 à Bourg-en-Bresse contre Le Creusot, qui a permis au club d’accéder au TOP du rugby français, et d’y figurer jusqu’encore récemment, avant la redescente en PRO D2.

Parmi mes meilleures années au CSBJ, il y a les années 1995, où on perd contre Toulouse à la dernière seconde en ½ finale du Championnat de France, et 1997, où on est finalistes du Challenge Yves du Manoir et du Championnat de France, et vainqueurs du Challenge Européen… Au terme d’une énorme saison ! De toutes ces aventures le fait le plus marquant pour moi a été cette finale au Parc des Princes en 97, jouée devant 45.000 personnes, des tribunes aux couleurs « Ciel & Grenat », un combat âpre, dont nous sommes sortis vaincus 12 à 6…

csbj finaliste 1997

31 Mai 1997 : Finale Bourgoin-Toulouse au Parc des Princes… Gilles est le 6ème accroupi à gauche, entre Stéphane Glas et Marc Cécillon

 

En tant que joueur, ma génération est celle qui a vécu en temps réel la phase de transition entre le rugby amateur et le rugby professionnel,

car beaucoup de choses se sont passées dans le rugby sur la période qui va, grosso modo, de 1985 à 2000, et qui a donné naissance au rugby moderne. Le CSBJ est entré dans l’ère du professionnalisme et a joué au plus haut niveau avec l’arrivée de Michel Couturas comme Manager, et de Pierre Martinet à la Présidence, en 1996 (j’avais jusque là connu 3 Présidents depuis mon arrivée en 1980 : René Berchemin, Gérard Peyrefitte et Daniel Garnier), qui a apporté au club les moyens de ses ambitions. Pour ma part, je n’ai signé de contrats « Pro » (en tant que « pluri-actif », car j’avais un travail à côté) que les 2 dernières saisons où j’ai joué.

A Bourgoin, j’étais, comme beaucoup de ceux qui jouaient à cette époque en 1ère, un « enfant du pays ». Les supporters connaissaient bien les joueurs car ils les avaient toujours vus ici, à Rajon, et ça donnait une ambiance particulière dans le rapport avec le public, une très grande « proximité ». Aujourd’hui, sur 23 joueurs d’une feuille de match, tu n’en as plus que 2 ou 3 qui sont du « crû », et donc, forcément, la relation « joueur / spectateur » a changé… ce n’est pas ni mieux, ni moins bien, c’est simplement différent.

public berjallien

Légendaire public berjallien, 16ème homme du CSBJ… avec le salut du regretté Henri Cassagne, papa de Gilles, en bas à gauche de la photo

 

Entre autres activités, tu es aujourd’hui chargé du recrutement de sportifs à l’Institut Sport et Management de l’Ecole de Commerce de Grenoble (Grenoble Ecole de Management)… Qu’est-ce que l’ISM, et à qui s’adresse cette formation ?

logo ismL’Institut Sport et Management (ISM) de Grenoble existe depuis 8 ans et propose des formations supérieures (BTS, Bachelor, Diplômes de Grande Ecole), à partir du bac, aux sportifs inscrits sur les listes du Haut Niveau et aux joueurs professionnels. L’objectif est de les aider à préparer au mieux leur reconversion professionnelle quand ils mettront un terme à leur activité sportive.

Laptop

La grosse particularité de l’ISM, c’est que les formations s’effectuent en e-learning, ce qui permet aux « sportifs étudiants » de rester toute l’année dans leurs clubs, si ce n’est 5 jours de présentiel, durant lesquels ils valident tous les acquis de l’année. Le recours au e-learning nous permet bien entendu de proposer nos formations à n’importe quel sportif, où qu’il se trouve sur la planète (ça va être le cas par exemple pour de jeunes tennismen et de jeunes footballers français qui ont leur camp de base aux Etats-Unis)… C’est donc tout à fait adapté à la vie « nomade » de beaucoup de sportifs.

Aujourd’hui, on a une trentaine de disciplines sportives représentées au travers de notre soixantaine d’étudiants (nous en aurons le double l’année prochaine). Parmi les disciplines les plus présentes, il y a par exemple celles liées au ski (beaucoup de jeunes skieurs nous viennent de l’IUT d’Annecy), l’aviron (présence du Pôle Espoirs à Miribel). Nous avons également un partenariat avec l’INSEP pour des sportifs qui préparent les J.O. Et dans les sports pro, on a pas mal de rugbymen et de handballeurs.

photo sportifs ISM

A la fois Sportifs de Haut Niveau (rugby, gym, escalade, hockey) et… Etudiants à l’ISM

L’ISM est vraiment un bel outil au service des sportifs, et a d’ailleurs été cité comme tel pas plus tard que la semaine dernière par Thierry Braillard, Secrétaire d’État aux Sports. Une proposition de loi sur le statut des Sportifs de Haut Niveau est en discussion au Parlement, et le Ministre a rappelé qu’un double projet, sportif et professionnel, est plus que jamais essentiel.

En ce qui me concerne, je suis donc en charge du recrutement des étudiants. Pour cela, je suis en contact avec les Fédérations, les Pôles Espoirs, les Centres Nationaux (comme Marcoussis par exemple), les Centres de Formation des clubs pro, les Directions Régionales de la Jeunesse & Sports (ce sont elles qui gèrent les listes de Sportifs de Haut Niveau), avec les Syndicats de joueurs (comme Provale pour le rugby), …

Ayant été moi-même sportif de haut niveau, je suis heureux de voir la valeur ajoutée qu’on est capable d’apporter à tous ces jeunes talents, en complément de la pratique de leur sport. Tiens, par exemple, quel plaisir de voir lundi dernier matin, à la première heure, le cycliste Romain Bardet, de AG2R, répondre « présent » dans nos locaux lors de la semaine de présentiel… La veille encore il bataillait contre Froome et tous les autres ténors sur les routes du Critérium du Dauphiné !

 

Tu es également prestataire auprès de clubs de rugby dans le domaine du Partenariat et de la Communication… Compte tenu du contexte « rugby » actuel, quels sont les Facteurs Clé de Succès pour réussir dans ce domaine ?

Oui, j’interviens dans ce secteur pour le FCG Rugby, en Top 14, et pour le Saint-Savin Sportif, club de Fédérale 2 situé en Nord-Isère, à 5 kms de Bourgoin-Jallieu. Ce sont donc 2 clubs Isérois, mais qui me permettent de développer cette activité dans 2 contextes bien différentsLe rugby pro d’un côté, et le rugby amateur de l’autre, le rugby amateur ayant lui aussi besoin de professionnalisme pour se développer.

logo top 14Pour les clubs pro, les Facteurs Clé de Succès dans cette activité, je dirai que c’est d’abord la qualité du « produit » : on a aujourd’hui dans le rugby un « TOP 14 » qui est hyper médiatisé et qui se vend bien. Grenoble reste maintenant le seul club de la région Rhône-Alpes à ce niveau, et c’est un très gros « + » pour le club. Ensuite, ce qui est déterminant, c’est la qualité du réseau que tu es capable de créer et d’animer, en proposant aux partenaires d’autres produits (séminaires d’entreprises, matchs du Tournoi des VI Nations, etc…).

logo saint savinDans le rugby amateur, on rencontre des cas de figure variés, comme par exemple des partenaires de clubs pro qui vont aussi soutenir des clubs amateurs par amour des valeurs du rugby, pour défendre le clocher, le village. L’idée est plus d’entretenir un petit réseau local (on a quand même 80 partenaires à Saint-Savin !), qui va permettre de faire vivre un club, de lui permettre d’avoir des ambitions sportives, de trouver du boulot aux joueurs, de partager la convivialité du rugby… On profite aussi de la proximité avec le CSBJ pour délocaliser chaque année un match à Bourgoin, ça nous permet de toucher un autre public et de monter en gamme auprès de nos partenaires car on bénéficie de toutes les infrastructures du Stade Pierre Rajon.

 

Tu vis en Isère depuis toujours, un département que tu connais très bien… Qu’est-ce que tu y apprécies particulièrement ?

 

abbatiale saint chef - site Geneawiki

Abbatiale de Saint-Chef

J’habite à Saint-Chef, un magnifique village de 3.500 habitants situé dans la campagne Nord-Iséroise, connue pour son abbatiale Saint-Theudère. Ici, tout le monde se connaît, j’y habite depuis plus de 20 ans, et on y vit dans une ambiance très sympa. Saint-Chef, c’est le calme absolu, qui me permet de me ressourcer car je voyage beaucoup, et c’est pour moi le pendant indispensable du contexte urbain de Grenoble, dans lequel je me retrouve souvent.


Saint-Chef, Isère (38)


D’un point de vue purement rugby, l’Isère est une vraie « Terre de Rugby ». Le Comité du Lyonnais, à qui elle est rattachée, est un des plus gros comités de France, et la culture rugby est vraiment bien ancrée dans la culture régionale, et en particulier dans la culture Iséroise, avec les porte-drapeaux que sont Grenoble et Bourgoin-Jallieu, mais sans oublier les très nombreux clubs de Fédérale et de Séries qui drainent le territoire. De plus, le rugby bénéficie ici du contexte économique et industriel très favorable de la Région Rhône-Alpes, sur lequel il peut s’appuyer pour se développer.

Et puis il fait bon vivre en Isère, département dans lequel la nature est très présente. Que tu sois à Grenoble ou à Lyon (qui jouxte le Nord-Isère), en très peu de temps tu te retrouves à la campagne, ou dans les stations de ski alpines, ou encore à la mer en moins de 3 heures.

Depuis quelques années, je me suis mis à la chasse et aux ballades en montagne… J’allie quelquefois ces 2 activités du côté de la Station du Corbier, dans la Savoie voisine.

 

Si je viens te voir là-haut, on va déjeuner où, et pour y manger quoi ?

pot au feu wikipedia

Pot au feu !

Si tu viens à Saint-Chef, je t’emmène dans un petit endroit qui fait boucherie / charcuterie, et restaurant juste à coté: le  « Café Bellon »… On y mange à la commande tête de veau, pot-au-feu, côtes de bœuf rancies à souhait… Quand j’amène les Grenoblois de la « ville » ici, ils n’en reviennent pas !

A Grenoble, il y a quelques lieux où on aime se retrouver entre rugbymen, comme le « Saint-Jacques » à Echirolles, un restaurant familial qui est aussi le siège des Compagnons du Tour de France.

 

Et pour finir Gilles, pour qui tapes tu à suivre pour nous rejoindre dans la « Mêlée Puissance 15 » ?

Ah… Comme au bon vieux temps, je vais taper une énorme chandelle en direction de 2 de mes anciens co-équipiers du CSBJ… Dominique Mazille et Julien Frier, et de Serge Marquet, qui avec son frère Pierre, co-préside le Saint-Savin Sportif… A eux de jouer maintenant!


ICONE-CREDITSInterview : Frédéric Poulet
Photos : Archives GC / Ecran ordinateur : Fotolia / Abbatiale de Saint-Chef : site Geneawiki / Pot au feu : wikipedia


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