Lundi - 28 Septembre 2020

Chris Wyatt / Joueur et entraîneur à l’Aix Université Club Rugby


C’est à Pontypool, à quelques encablures de son berceau de Newport, dans le sud du Pays de Galles, que cet homme fut un jour « obligé » par son prof de gym d’aller tâter du ballon ovale, lui qui jusque là n’en connaissait qu’un, et pour lequel il avait grand talent… Le rond.

Comme quoi, les profs de gym ont une sacrée intuition, et on devrait sans doute les écouter un peu plus, car à peine « mis » au rugby, Chris Wyatt y a développé là-aussi un talent exceptionnel… Un talent qui lui fera porter 38 fois le maillot des « Diables rouges » du XV de Galles, avec lesquels il connaîtra tous les honneurs. Et lorsqu’il décida de venir goûter au rugby français dans le village ga(u)llois de Bourgoin-Jallieu, il tomba amoureux de la France… Un amour décuplé depuis qu’il a choisi, il y a quelques années, de poser ses valises du côté d’Aix-en-Provence… Thank You Chris !

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Bonjour Chris, peux-tu nous raconter ta première rencontre avec le rugby ?

Political Map of United KingdomJe suis né à Newport, au Pays de Galles, et mon premier grand souvenir de rugby remonte à l’âge de 6 ou 7 ans… C’était en Angleterre où nous avions déménagé un temps à cause du travail de mon père. Ce jour là, c’était la première fois que j’allais le voir jouer, il faisait partie de l’équipe nationale britannique de rugby du personnel pénitentiaire… Et il a joué jusqu’à 44 ans ! Je garde un très bon souvenir de ce moment, car j’avais pu assister à la réception d’après-match avec les joueurs, et pour moi, c’était une ambiance incroyable.

Quand j’étais gamin, mon sport, c’était le football, car tous mes amis y jouaient et j’ai grandi dans ce monde là. J’y ai joué jusqu’à 17 ans, et à l’époque je faisais partie des Espoirs de Newport.

Mais le rugby a croisé ma route quand je suis arrivé au collège de Pontypool, une petite ville au nord de Newport. Mon prof de sport était aussi l’entraîneur de l’équipe de rugby du collège, et quand je lui ai demandé où avait lieu l’entraînement de foot, il m’a dit : « Là-bas, avec les gros !». Et comme ce prof était très ami avec le directeur du collège, j’ai donc très vite compris qu’à Pontypool, mon salut viendrait par le ballon ovale !

drapeau pays de gallesEt voilà comment je me retrouve à mon premier entraînement de rugby, alors que je ne connais ni les règles, ni la technique du jeu… Heureusement, le foot m’avait apporté une bonne vision de l’espace et une grande vélocité, et comme j’avais aussi fait un peu de basket, je savais comment tenir un ballon dans mes mains… Donc j’ai fait des progrès assez rapidement, et je marque même un essai lors de mon premier match !

 

Et ensuite, quels chemins as-tu suivis avec le rugby… Destination « Aix-en-Provence » ?

logo Newport rugby wikipediaEn fait, bien qu’ayant commencé à jouer assez tard, mes progrès ont été très rapides au rugby. Très vite, j’arrête le foot et je signe au club de rugby de Newport, et je suis incorporé dans les tablettes des sélections « Jeunes » galloises.

A 19 ans, en accord avec la Fédération Galloise de Rugby et mon club, j’ai l’opportunité de partir une année en Nouvelle-Zélande, où je joue dans le club de Western United (devenu Kumeu Rugby Club en 1998). Ca a été une expérience extraordinaire pour moi, dans ce pays magnifique, qui m’a permis d’énormément progresser dans mon rugby, tant physiquement que mentalement, et qui m’a vraiment donné envie d’aller le plus loin possible dans ce sport.

A mon retour à Newport, je joue avec les -21, et on m’appelle en Equipe I, car cinq 2èmes lignes sont blessés. Et là tout se passe super bien, car je marque 7 essais en 3 matchs, et j’en marquerai 16 dans toute la saison… Ca a été le meilleur démarrage possible pour moi !

logo neath rugbyC’est alors que je suis contacté par le club gallois de Neath, qui me propose également un travail, car en ce temps là le rugby est encore amateur. A l’issue de ma première saison à Neath, j’ai la chance de faire une tournée en Afrique du Sud avec la Sélection du Pays de Galles… Même si je n’ai pas joué les test-matchs, c’est un souvenir fabuleux pour le jeune joueur que j’étais.

logo Llanelli rugbyJe suis resté 18 mois à Neath, avant de partir en 1995 pour Llanelli, un autre grand club gallois, qui sera mon véritable « club de cœur » avec lequel je vais faire 11 saisons et obtiendrai beaucoup de titres nationaux (Championnat et Coupe). J’ai joué là-bas avec des joueurs magnifiques comme Phil Davies, Ieuan Evans, Rupert Moon, Scott Quinnell, Stephen Jones, et beaucoup, beaucoup d’autres… . A cette époque, le Llanelli Scarlets était l’un des plus grands clubs européens, et personnellement j’y ai vécu de très grands moments de rugby, car c’est là que j’ai commencé ma carrière internationale, avec ma première sélection en 1998, contre l’équipe du Zimbabwe.

logo munster rugbyJe quitte Llanelli en 2006, pour aller jouer 1 saison en Irlande, au Munster, qui à l’époque est Champion d’Europe, et je pouvais difficilement refuser d’aller jouer avec des gars comme Paul O’Connell ou Donncha O’Callaghan… . J’ai découvert là-bas un contexte tout à fait différent de ce que j’avais vécu jusque là, c’était pour moi un grand changement.

logo bourgoin rugbyEn 2007, j’avais terminé ma carrière internationale, et je suis parti en France, à Bourgoin-Jallieu, un club que je connaissais déjà un peu car je l’avais rencontré quelquefois en H-Cup. J’ai trouvé dans ce club d’Isère une ambiance magnifique et j’ai eu un très bon accueil, dans une atmosphère qui ressemblait à celle du Pays de Galles, car tout fonctionne autour du rugby dans cette ville. Les relations avec les supporters étaient vraiment excellentes, et ainsi, grâce au rugby et à ce contexte particulier qu’il génère à Bourgoin-Jallieu, je me suis vraiment senti chez moi en France.

logo du parcL’année suivante j’ai été contacté par le PARC (Pays d’Aix Rugby Club) qui jouait en Fédérale 1 et avait pour projet de monter en PRO D2. Le challenge sportif était intéressant, j’ai trouvé la ville d’Aix-en-Provence très sympa, et je suis venu. J’ai joué 3 saisons avec le PARC, nous sommes montés en PRO D2, et c’est à cette époque que j’ai rencontré Fanny, qui est devenue ma femme, et que s’est scellé mon destin avec la France et la Provence…

logo le pontetAyant terminé ma carrière de rugbyman professionnel avec le PARC, j’avais toujours envie de jouer, et j’ai signé pendant 2 saisons à Avignon – Le Pontet (USAP Rugby 84), où j’ai aussi passé de très bons moments.

SUPERMAN AUCEt puis en 2013 je rencontre les dirigeants de l’Aix Université Club Rugby, où jouent mon beau-frère, un cousin de ma femme, et quelques d’amis, et voilà comment je signe au club !

 

Entre 1998 et 2003, tu as eu l’honneur de porter 38 fois le maillot du Pays de Galles… Dont 6 fois pendant les Coupes du Monde de 1999 (Royaume Uni) et de 2003 (Australie). Quels sont les meilleurs souvenirs de ton épopée avec les « diables rouges » ?

logo equipe de galles rugbyJ’ai bien sûr énormément de souvenirs, mais je vais faire un focus sur l’année 1999, qui a été une année magique pour moi :

En effet, cette année là, la Coupe du Monde se déroule au Royaume Uni, et les matchs du Pays de Galles ont lieu au Millenium Stadium de Cardiff. Je jouais ma première Coupe du Monde sous le maillot Gallois, à la maison, et pour moi ça a été énorme.

Cette même année, nous avons gagné l’Equipe de France au Stade de France, 34 à 33, lors du dernier Tournoi des V Nations de l’histoire (devenu Tournoi des VI Nations à partir de 2000). Cela faisait 26 ans que le Pays de Galles n’avait pas gagné en France… Je te laisse imaginer notre joie au coup de sifflet final, et encore longtemps après !

Et au match suivant, à l’occasion du dernier match de toute l’histoire du Tournoi des V Nations, nous rencontrons l’Angleterre à Londres, au Stade de Wembley, lieu magique pour l’ancien footballer que j’étais !  Ce jour là, l’Angleterre joue pour le Grand Chelem, et donc pour la première place du Tournoi, et nous remportons le match… 32 à 31… Et les Ecossais finissent premiers du Tournoi, devant les Anglais, grâce au goal average… No comment !

logo springbokCette année là aussi, en juin, juste avant la Coupe du Monde, nous battons, pour la première fois de notre histoire, l’Afrique du Sud en test match (29 à 19). C’était encore à Wembley (!), le Millenium Stadium n’étant pas encore tout à fait prêt. Il y avait une ambiance électrique dans le stade, car l’année d’avant, nous avions pris une raclée chez eux en juin (96 à 13) et perdu chez nous en novembre (20 à 28). Ce jour là, à Wembley, nous étions transcendés par les chants de nos supporters, et nous n’avons jamais douté… Nous étions invincibles ! Oui, quelque chose de très spécial s’est passé pour moi ce jour là.

 

Aujourd’hui, à la quarantaine, tu es plus que jamais « acteur » dans le monde du rugby, puisque tu fais partie du staff technique de l’Aix Université Club Rugby, en compagnie d’Hervé Graulier et de Guillaume Marque, et que tu n’hésites pas à encore porter le maillot. Quelle est ta mission particulière au sein du staff AUCiste ?

Chris Wyatt rugby 7Je suis en effet toujours joueur, même si mon temps de jeu diminue de plus en plus avec l’âge ! Au niveau de l’entraînement des Seniors, je m’occupe tout particulièrement du secteur de la touche, et de notre structure offensive et défensive autour de cette phase de jeu très importante, et très « technique ». Et on a aussi pour mission de diffuser nos tactiques de jeu auprès de nos équipes Belascain et Juniors, pour assurer une homogénéité et une continuité entre les différentes catégories, et pour préparer l’arrivée des jeunes en seniors.

Chris Wyatt rugby 3Guillaume est aussi joueur, et entraîneur des lignes arrières, et Hervé est le garant du jeu global de l’équipe et de son mouvement général… C’est lui qui occupe la meilleure place depuis le bord de touche pour accomplir cette tâche quand Guillaume et moi sommes sur le terrain, et c’est très important d’avoir cette vision là.

J’ai aussi la chance d’être cette saison entraîneur, avec Stan Durand et Bernard Agullo, de la sélection Provence qui participe à la Coupe de la Fédération. Cette sélection est composée de joueurs évoluant dans les clubs fédéraux du Comité e Provence (F1, F2, F3). Nous venons de battre la sélection de Côte Basque Landes (28 à 25) en ½ finale, ce qui nous ouvre les portes du Stade de France pour affronter en finale le Béarn, en lever de rideau de la finale du Top 14.

 

Toi qui connais bien le rugby gallois et le rugby français… Quelles sont selon toi leurs principales différences » ?

Les joueurs français sont probablement, naturellement, les plus talentueux au monde,

quel que soit le niveau auquel ils jouent (je ne parle pas seulement du TOP 14, mais aussi de tous les niveaux en-dessous). Par exemple, moi qui joue encore en Fédérale 3 avec l’AUC, je suis vraiment admiratif devant le talent naturel de certains joueurs.

Au-delà du rugby gallois, je crois que c’est avec l’ensemble du rugby « anglo–saxon » que le rugby français est différent. Le rugby d’influence « britannique » (incluant aussi par exemple l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande) est moins « naturel » que le rugby français. Il laisse peut-être une plus grande part à la tactique, à la rigueur, à l’analyse, à la répétition des gestes pour créer des automatimes, … Ce qui lui permet parfois de faire la différence face au « french flair » des Français !

 

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans ton pays natal, le Pays de Galles ?

Le Pays de Galles, c’est chez moi… Là-bas la vie est simple, la vie est beaucoup moins chère qu’en France. Les Gallois aiment les choses simples, faire la fête, faire des blagues (surtout contre les Anglais !), faire du sport. C’est un pays petit en surface et en population (un peu plus de 3 millions d’habitants), mais très performant en sport, et nous sommes très fiers de nos couleurs… On n’est pas très nombreux, mais on fait beaucoup de bruit car on aime chanter, surtout pour soutenir notre équipe de rugby !

 

Tu vis maintenant en pays d’Aix en Provence depuis 7 ans… Est-ce que ce territoire a été pour toi une belle découverte, et qu’y apprécies-tu en particulier ?

Lavender field in the South of FranceM’installer ici est la meilleure décision que j’ai prise dans ma vie ! J’y ai rencontré Fanny et nous avons 2 beaux enfants, et je suis entré grâce à ma femme dans une famille et un cercle d’amis formidables et très chaleureux.

Je suis vraiment très heureux de vivre ici, je m’y sens bien, entouré de paysages magnifiques, et j’apprécie les 300 jours de soleil par an que j’ai échangés contre les 300 jours de grisaille au Pays de Galles !

 

On va se quitter sur une musique ou une chanson… Tu voudrais nous faire écouter quoi ?

Alors je vais bien sûr choisir l’hymne de mon pays, le « Hen Wlad fy Nhadau » (La terre de mes ancêtres), chanté par l’Equipe de Galles…


ICONE-VIDEOHen Wlad fy Nhadau


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Site Internet de l’AUC Rugby


ICONE-CREDITSInterview : Frédéric Poulet
Photos : Portrait « Une » de Chris : FP / Photos Chris joueur : Xavier Faugère


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