Mardi - 29 Septembre 2020

Benoît Hirigoyen / Ailier à l’US Tyrosse Rugby Côte Sud


Nelly, sa mère, aura rêvé un court instant, mais ce n’est finalement ni dans le dessin, ni dans le théatre, que ce garçon-là s’est illustré ! Il faut dire que « chromosomiquement » parlant, c’était carrément mission impossible : quand on s’appelle Hirigoyen et qu’on est fils et petit-fils de Saint-Vincent-de-Tyrosse, où que l’on soit, ce n’est en effet ni avec Shakespeare, ni encore moins avec des pinceaux, qu’on occupe ses mercredis et ses week-ends, non, sûrement pas, ça se saurait sinon… Non, c’est avec des potes et un ballon de Rugby !

Et c’est à La Réunion que Benoît a connu tout petit ses premiers émois avec la balle ovale, en compagnie de Michel, son père, et de ses 2 frangins, Pierre et Matthieu. Mais même si l’Ile de La Réunion est un paradis sur terre quand on a la chance d’y pousser, Benoît a eu une révélation à l’adolescence : il a su que c’est dans le Sud des Landes, sur la terre de ses ancêtres paternels, qu’il irait poursuivre sa vie. C’est alors en Crabos que le « Tyrossais de l’Hémisphère Sud » débarque dans la grande famille de l’US Tyrossaise, une famille avec qui il vit, depuis maintenant un bon bout de temps, des moments d’exception, qu’il nous fait partager… Merci Benoît !

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ICO-ville-2 Côté Rugby


Bonjour Benoît, ton premier entraînement de rugby… Tu avais quel âge, c’était où, et comment s’appelait ton éducateur ?

Logo XV DionysienJ’avais 5 ou 6 ans, et avec mon frère ainé, Pierre, nous allions goûter pour la première fois à la pratique d’un sport collectif. C’était à Saint-Denis-de-la-Réunion, au XV DIONYSIEN, sur un vieux terrain de foot très sec, pour ne pas dire poussiéreux, qui portait bien son nom : Champ-Fleuri ! Et mon premier entraineur s’appelait… Michel Hirigoyen !

Nous avons donc tous les 3 commencé une nouvelle aventure, Pierre et moi en tant que joueurs, et papa en tant qu’entraîneur, ou à vrai dire d’éducateur transmettant la passion de SON rugby à de jeunes réunionnais qui découvraient ce sport. Parmi mes éducateurs de l’époque, il y a eu aussi, entre autres, Thierry Baldacchino, dit « Balda », que j’ai eu le plaisir de revoir lors du dernier match à Tyrosse, contre Massy, la saison dernière. Il est venu me saluer à la fin du match… avec le drapeau de Massy dans les mains ! Mais je lui pardonne, car il est ami avec Nicolas Gestas, le Directeur du RC Massy Essonne, qu’il accompagnait…

Benoît, tu as raison de ne pas lui en vouloir à Balda, car nous avons tous (Michel, Balda, Nicolas, et moi) porté les couleurs du XV Dionysien. Ce jour là, il avait un drapeau de Massy dans les mains, notre ami Balda, mais as-tu seulement remarqué qu’il était habillé en rouge & bleu et qu’il tenait une fougère dans l’autre main ?

Bon, après cette mise au point, revenons à ton histoire… Dis-nous pour quelles raisons tu y es allé, à ce premier entraînement, sur ce terrain de Champ Fleuri, à Saint-Denis-de-La-Réunion ?

A cet âge là, je ne pense pas qu’on choisisse forcément son sport, on veut faire comme papa ! Je ne vais pas dire qu’il nous ait forcé à y aller, mais j’ai le souvenir de discussions dans la voiture où il nous « préparait » le terrain ! Qu’on puisse pratiquer un sport réservé aux grands, dont on entendait beaucoup parler à la maison, mais qu’on ne voyait qu’à la télé… C’était très excitant pour nous !

Puis il y a eu la Coupe du Monde 95 en Afrique du Sud, les premiers matchs à la télévision, et la demi-finale contre les Anglais que mon père nous a « fortement encouragés » à regarder. Parce que c’était la France, et surtout parce que c’était contre les Anglais ! C’est comme ça qu’on voit le rugby dans la famille Hirigoyen, on aime entretenir un certain chauvinisme, ça fait partie du jeu, c’est ça aussi l’esprit rugby !

Ah ! Tout ce que tu me dis sur ton père ne m’étonne pas du tout, mais alors pas du tout ! Et alors, ensuite, ça a été quoi ton parcours sur les terrains de rugby?

A vrai dire mes premiers entrainements n’ont pas eu l’effet escompté : j’étais un gamin rêveur, tête en l’air, je me plaignais que les autres ne me fassent pas la passe ! J’ai donc laissé mes camarades et me suis dirigé vers le dessin et le théâtre… Et oui ! Mais peu emballé à l’idée d’apprendre un texte par cœur, j’ai abandonné cette activité aux grands regrets de ma mère, pour rejoindre Pierre la saison suivante, qui lui avait accumulé pendant ce temps là les victoires aux différents tournois de l’île. Depuis, je n’ai jamais raccroché le crampons.

J’ai toujours joué avec mes qualités physiques, et on m’a toujours dit que je finirai « devant »… Mais il n’en est rien ! : en minimes et cadets je jouais demi d’ouverture, et j’étais buteur de l’équipe ! Et j’ai connu l’expérience d’un tournoi à 7 à Grenoble avec la Sélection de la Réunion, dans laquelle j’étais demi de mêlée…

Benoît Hirigoyen - Pouce OKEt puis il y a eu cette mutation professionnelle de mes parents, et un retour au Pays, chez mon père, dans les Landes… à Tyrosse ! Quel bonheur ! Tu te rends compte, pendant tant d’années on entendait parler de ce club mythique (en tout cas à nos yeux) par mon père, et mon grand père, Aïtatxi, qui a été Président du club et un supporter inconditionnel. Quand nous vivions à La Réunion, je me souviens de ses appels TOUS les dimanches soirs en rentrant de la plage, où la première question qu’on lui posait, c’était : « Alors ? Qu’a fait Tyrosse ? ».

Je suis donc arrivé à l’US Tyrosse en première année Crabos, et ça a été une vraie révélation pour moi. Bien qu’on m’ait repositionné à l’aile, j’ai senti dans cette équipe, dans ce club, et plus largement dans cette région, un état d’esprit que je n’avais jamais connu, et qui me correspondait tellement !

On parle souvent d’un esprit « Famille » à Tyrosse, et c’est exactement ce que j’ai ressenti en arrivant dans ce club. Il ne m’a pas fallu longtemps pour me fondre dans la masse et avoir ma place parmi les fortes personnalités, une caractéristique des gens de cette région !

J’ai eu la chance de faire partie d’une belle génération (85-86)

avec qui j’ai connu de belles aventures, avec en prime un ¼ de finale Crabos. Et puis mes premiers derbys contre Dax, j’étais remonté comme une pendule dès les premières confrontations, à croire que j’avais le virus tyrossais en moi ! Les autres clubs ne nous aimaient pas parce qu’on était moins gaillards, moins techniques… mais on était des affreux ! On ne lâchait rien ! « On ne s’échappait pas » comme on dit ici ! Et ça, on le cultive à Tyrosse, les entraineurs et dirigeants que j’ai connus me l’ont tous inculqué : Fritos, Pépette, Domi Vis, Thierry Coma, Clos Cot, etc… Ah oui j’oubliais, ici tout le monde à un surnom !

Ca, ça s’appelle un magnifique retour aux sources ancestrales ! Et quels sont les 3 meilleurs souvenirs sur le pré que tu gardes de ton épopée sous le maillot tyrossais ?

Tyrosse-rugby-logoMa première grosse émotion est arrivée en Crabos, en 8ème de finale. Auch avait fini premier de Poule, était allé gagner à Toulouse, et se voyait déjà champion de France… Sauf qu’ils sont tombés sur une équipe de bras cassés, soudée ! On l’a fait à la tyrossaise, avec le coeur : nous étions une bande de copains (et nous le sommes toujours aujourd’hui !) et on a renversé les montagnes… C’est un vrai plaisir de se remémorer ces moments là.

Ensuite, à titre plus personnel, j’ai ressenti beaucoup de fierté lors de mon premier match en Première, à la Fougère, qui plus est contre Montauban, futur champion de France de ProD2. Je sortais d’une saison correcte avec les Reichel, et j’avais fait pas mal de progrès grâce au Centre de Formation. Lorsque je suis rentré, à l’arrière, j’ai pu bénéficier d’un bon ballon sur une combinaison, courir une vingtaine de mètres, et délivrer une passe après contact décisif à Cédric Laborde… Le rêve !

Et le dernier souvenir, le plus récent et le plus beau, ce sont les matchs des phases finales de la saison dernière. Le scénario de chaque match à la Fougère était si particulier, l’ambiance si incroyable… Je me sens privilégié d’avoir connu ça. Dans un registre plus personnel, la cerise sur le gâteau a été pour moi de retrouver à Massy mes frères et mon père qui sont venus nous voir jouer pour la ½ finale retour.

Après avoir gagné l’aller à Tyrosse, on jouait la montée en PRO D2 sur ce match, et ma mère avait fait la surprise à mon père, de lui offrir le billet Réunion / Paris, car il rongeait son frein à écouter les matchs à la radio, à 10.000 kms de là ! Il ne voulait pas, il ne pouvait pas louper ça. Il aurait voulu connaître et partager l’ivresse d’une montée! Malheureusement nous avons perdu (de peu !), mais la joie était grande de se retrouver entre Hirigoyen, avec les Tyrossais.


Benoît Hirigoyen - Terrain 2


Parmi tous les essais que tu as marqués, quel est celui dont tu es le plus fier ? C’était quand, où, et contre qui ?

Je vais choisir celui marqué contre Nevers la saison dernière en ¼ de finale aller du Jean Prat. Il est particulier pour moi car la veille, avant de prendre le bus direction Nevers, je venais d’apprendre que j’allais être papa… Ca m’a donné des ailes !
Cet essai inscrit en seconde période, nous a permis de revenir à 10 points de notre adversaire, score qui s’est avéré finalement capital puisqu’au match retour nous l’avons emporté sur le même écart, mais avec un plus grand nombre d’essais.

Alors dis-nous, toi qui as vécu tout ça, l’US Tyrosse Rugby Côte Sud… Ca représente quoi pour toi exactement ?

C’est MON club, ma famille, mes amis… Tout ce que j’ai connu et connais avec ce club, mes frères, mon père, mon grand père l’ont connu également… Une sorte d’héritage ! On associe souvent le rugby avec des valeurs telles que le respect, la générosité, l’humilité… mais ce qui est important, et ce qui caractérise ce club, c’est L’ETAT D’ESPRIT !

Tu as beau être le meilleur techniquement ou physiquement, si tu n’as pas la fibre et ce qui caractérise Tyrosse, tu n’auras pas ta place, sur et en dehors du terrain. Le reportage réalisé par TVLANDES sur les phases finales et l’an dernier illustre parfaitement ce qu’est le rugby à Tyrosse.


Benoît Hirigoyen - Terrain 3 - VD 2


Dans la Planète Rugby, quels sont les joueurs que tu as admirés le plus, ou que tu admires le plus?

Jonah Lomu, sans hésiter ! Il a marqué mon enfance, et restera à tout jamais LE joueur mythique. En plus des qualités de vitesse et de puissance qui lui sont indéniables, il a un mental d’acier et une grande générosité. Le film « Le souffle de la colère » m’a beaucoup ému. Quel champion !


ICONE-VIDEOJonah Lomu


ICONE-VIDEOLe souffle de la colère


Et pour terminer ce côté-là … Le rugby, c’est quoi la chose la plus importante qu’il t’a apportée ?

Le rugby m’a donné une identité, une personnalité. C’est évidemment grâce au rugby que je suis devenu l’homme que je suis aujourd’hui. Il m’a également offert beaucoup d’amis, beaucoup d’émotion, de fierté, et que d’histoires à raconter plus tard ! Le rugby à Tyrosse est un chapitre important de ma vie.


ICO-ville-2 Côté Ville


Tu es né où et tu as grandi où ?

Je suis né à Argentan, dans l’Orne, chez ma mère, où vit encore toute sa famille. Mes parents se sont rencontrés à Paris, ils se sont connus alors qu’ils travaillaient tous les 2 dans le même hôtel, et ils ne se sont jamais quittés, dans la vie comme au travail. Nous sommes partis nous installer à l’île de la Réunion en 1988, je n’avais alors que 3 ans. Nous devions rester 3 ou 4 ans, mais nous y sommes restés 13 ans ! Toutes ces années sous les tropiques, sous lesquels j’ai rencontré beaucoup de personnes et côtoyé différentes mentalités, ont été extrêmement enrichissantes.

Nous venions en vacances chaque année en métropole, mais à l’adolescence, lors d’un séjour de plusieurs semaines chez ma grand-mère à Capbreton, j’ai compris ce qu’était la vie ici, la mentalité des gens, cela me correspondait tellement… Ca a été comme un coup de foudre, et cette fois-là j’ai eu beaucoup de mal à reprendre l’avion. Un an après, mes parents décidaient de rentrer à Tyrosse…

Si tu étais ambassadeur de Saint-Vincent-de-Tyrosse et des Landes, quels atouts du pays mettrais-tu en avant pour nous convaincre de venir le découvrir ? Quels sont les 2 ou 3 sites de la région que tu préfères à titre personnel ?

Si j’étais ambassadeur de Saint-Vincent- de-Tyrosse, je mettrais bien évidemment le rugby en avant ! Tu sais des fois je me pose la question : qu’est ce qui fait que l’US Tyrosse en est encore là aujourd’hui (et pour longtemps je l’espère !) ?… Car finalement nous avons peu de moyens financiers. Pour moi l’état d’esprit et les valeurs que prônent ce sport sont en totale adéquation avec la mentalité tyrossaise et sa région.

Pour parler d’autre chose que du rugby, il y a la tauromachie et la course landaise qui sont incontournables dans la région. Ma belle famille, et plus particulièrement mon beau père, Jean, est un aficionado, il m’a fait découvrir cet univers. Je comprends la passion qu’il peut y avoir autour de cette culture.

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La pratique du surf est également un atout indiscutable pour la promotion de notre région. Il n’y a qu’à voir le monde qui se déplace pour venir voir les compétitions, et l’enthousiasme qui règne autour des braderies. Au passage, je trouve dommageable que l’économie du surf, très présente dans la région, ne s’associe pas aux valeurs du rugby et de l’UST, qui détient pourtant dans ses rangs quelques pratiquants et/ou anciens compétiteurs de haut niveau !

Il y a aussi nos célèbres Ferias, qui font quand même notre réputation dans la France entière ! Les landais, tout comme les basques, savent faire la fête, même si je reconnais que cela ne plait pas à tout le monde. Mais ceux qui n’aiment pas les fêtes sont en fait mal accompagnés !

Mais l’atout principal de notre Pays est pour moi la côte sauvage… La forêt de pins, puis les dunes de sables, la plage et l’Océan, on ne s’en lasse pas ! A titre personnel, le lac d’Hossegor est pour moi le lieu le plus authentique

Y-a-t-il d’autres régions que tu apprécies ?

J’aime beaucoup la Côte basque, et Bayonne en particulier. Ma femme, Mayalen, est bayonnaise, nous nous baladons très souvent en bord de Nive, dans le Vieux Bayonne. Biarritz, Bidart, Saint Jean de Luz, sont également des lieux que j’affectionne.

FaetonEt puis comment pourrais-je ne pas parler de mon île, l’Ile de la Réunion ! J’y suis reparti 2 fois depuis que je l’ai quittée, dont une fois pour la faire découvrir à Mayalen. Certains disent que c’est la plus belle du monde (je parle de la Réunion), il n’y a qu’à voir tous les atouts et les merveilles dont elle regorge. Le volcan, les cirques… Son surnom d’ « île intense » lui va si bien.

 

Quelle activité professionnelle exerces-tu ? La pratique du rugby t’est-elle d’un quelconque secours dans ton job ?

Je travaille au Crédit Agricole de Peyrehorade, célèbre place du rugby landais. Je m’occupe de la clientèle professionnelle, des artisans et des commerçants avec qui j’essaie d’entretenir un climat de confiance et de convivialité. Car là aussi, tout comme au rugby, celui que je connais en tout cas, c’est avant tout l’état d’esprit qui compte.

Notre entreprise compte un grand nombre de passionnés de rugby, pratiquants ou anciens pratiquants, je ne pense pas que ce soit un hasard, mais plutôt un désir du Groupe à s’associer avec les valeurs du rugby. Et c’est d’ailleurs pourquoi le Crédit Agricole d’Aquitaine est partenaire de l’US Tyrosse Rugby Côte Sud.

A côté du rugby et du travail, quels sont tes principaux centres d’intérêt et de loisirs ?

Il faut bien l’avouer, la pratique du rugby prend beaucoup de temps et de place dans ma vie ! Les temps libres, j’aime les passer avec ma femme, et j’attends avec impatience la naissance de notre petite fille au mois de janvier pour en passer d’avantage ! J’aime passer du bon temps avec mes amis, qu’ils soient du rugby ou d’ailleurs. La région est attractive, on ne s’ennuie pas beaucoup. J’aime skier, dès que j’ai l’occasion de faire l’aller-retour dans la journée, je fonce.

J’adore l’ambiance et le charme qui règnent dans les stations, comme à Saint Lary, c’est un village animé et très authentique. L’été je pratique le body surf dès que les conditions le permettent. Avec le rugby c’est une pratique que j’ai commencée à la Réunion et que je n’ai jamais arrêtée.

Merci beaucoup Benoît, pour ta bonne humeur et l’histoire de TON rugby que tu viens de nous faire partager. Et tu sais ce qu’on aimerait, là ?… Connaître une de tes chansons préférées !

Alors ce sera « Somebody to love », de Queen ! Ce n’est pas la plus célèbre, mais c’est celle qui me fait le plus vibrer !


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Site Internet de l’US Tyrosse Rugby Côte Sud


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ICONE-CREDITSInterview : Frédéric Poulet
Photos Rugby : Clin d’Œil Tyrosse et Sportyves.fr
Photos Loisirs : Wikimedia


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