Mercredi - 25 Novembre 2020

Ben Ali Belkacem / Educateur à l’Association Sportive Bayonnaise


Un jour, les Dieux du Rugby, qui avaient sans doute une idée bien précise en tête, demandèrent à cet homme, alors gamin, de sortir de l’eau pour aller courir avec ses copains sur les prés d’Ovalie…

Et ils ont bien fait ! Car dès lors, c’est une formidable aventure humaine que Ben Ali Belkacem, l’ancien nageur, va vivre avec tous ses nouveaux amis de l’Association Sportive Bayonnaise… Une aventure teintée de blanc, de vert et de mauve, qu’il entamera d’abord comme joueur, et qui très vite l’amènera à une carrière pour laquelle il était sans doute programmé (tiens tiens, revoilà donc les Dieux du Rugby !)… Celle d’éducateur. Guidé par la volonté de transmettre à son tour aux jeunes ce que les anciens lui ont confié, c’est effectivement ainsi que Ben Ali aime être perçu… Un éducateur qui « conduit » les gamins qu’il côtoie à l’ASB sur la rive droite de l’Adour, et ceux à qui, en semaine, il essaie de redonner confiance pour aborder l’avenir… Merci Ben Ali !

 

Bonjour Ben Ali… Tu m’as dit qu’un jour, le ballon ovale t’a fait sortir de l’eau… Tu nous racontes ?

piscine-Wikimedia-Jérémy Barande-CC BY SA 3.0Je suis né à Bayonne, et mes parents ont toujours souhaité que leurs enfants fassent du sport… C’est comme ça qu’à l’âge de 6 ans je me suis retrouvé dans la piscine de la section Natation de l’Aviron Bayonnais ! Au fil du temps, mes entraîneurs successifs se sont aperçus que je n’étais aviron bayonnais natation 1pas fait pour le sport individuel, et que j’étais beaucoup plus attiré par le collectif. Et même si, dans mes premières années au collège, mon plus grand plaisir dans le bassin est de participer au relais 4 x 4 nages de l’Aviron, à 13 ans, je décide de quitter la natation.

 

logo as bayonneEt puis, la plupart de mes copains de quartier jouant au rugby, ils m’emmènent un jour avec eux à l’Ecole de Rugby de l’Association Sportive Bayonnaise… Ca fait maintenant 22 ans, et depuis, je n’ai jamais arrêté !

 

Depuis ce moment premier, tu es toujours resté fidèle à l’Association Sportive Bayonnaise… Quelle route avez-vous empruntée ensemble jusqu’ici ?

Oui, beaucoup de temps a passé depuis ce jour où j’ai débarqué dans l’équipe des Benjamins de l’ASB, pilotée alors par Jean-Luc Mays, Serge Aramburu et Jean-Baptiste Endey… Mes 3 premiers éducateurs ! Je me souviens encore de ma première percussion contre le bouclier, lors de mon premier entraînement… J’ai rapidement été confronté à la dimension physique de mon nouveau sport !

Ecole de Rugby ASB 1995

1995 : l’Ecole de Rugby de l’ASB au grand complet ! Pour sa « 1ère », Ben Ali est le 5ème à droite, rang du milieu.

Enfant, un truc m’a vraiment marqué dans mes débuts en Ovalie…

C’était l’époque de la Coupe du Monde 95 en Afrique du Sud, et je ressentais vraiment le fait qu’il se passait quelque chose d’important pour les gens que je côtoyais dans ce monde nouveau pour moi : les éducateurs, les bénévoles, les « grands », tous ceux qui s’occupaient de nous (sans oublier ceux qui nous apportaient des tartines de Nutella en provenance du Centre Leclerc voisin à la fin des entraînements !)… Avec le recul, je me dis que j’ai rapidement perçu la passion qui les animait, et ils étaient tout simplement en train de me la transmettre cette passion, et de me former, moi aussi, à l’école du bénévolat !

J’ai toujours été sérieux et assidu aux entraînements, où je me rendais avec un plaisir renouvelé au fur et à mesure que je gravissais les échelons des catégories Jeunes du club, guidé par des éducateurs formidables… Entre autres, Daniel Marmayou (il était Directeur de l’Ecole de Rugby quand je suis arrivé, et 22 ans après, je n’arrive toujours pas à le tutoyer !!), Stéphane Sabarots, Jean-Luc Duvin, Gilles Peynoche (actuel Président de l’ASB) et tous les autres… Je ne voudrais bien sûr en oublier aucun, même si je ne peux tous les citer dans l’hommage que j’essaie de leur rendre ici.

1995 Educateurs ecole de Rugby

Les éducateurs de l’ASB en 1995… L’année où Ben Ali arrive au club. Groupés autour de Daniel Marmayou (4ème debout à gauche), alors Directeur de l’Ecole de Rugby, ce sont ces hommes là qui lui ont donné le feu sacré ovale…

La pire punition pour moi à l’époque, c’était qu’on me prive d’aller au rugby…

A ce propos, je garde encore en mémoire une terrible mésaventure de ce type, conséquence d’un ballon de rugby qui avait malencontreusement dévasté une vitrine de ma mère dans notre salon… Chaud devant, et la sanction fut immédiate !!

Benjamins, Minimes, Cadets, Juniors… C’est tantôt au poste de pilier, tantôt à celui de 2ème ligne que je franchirai toutes ces étapes, avec de premières « vraies » bonnes sensations en Cadets… Le nombre d’entraînements et de matchs se multipliait, et pour moi ça devenait vraiment intéressant. Je vivrai ensuite de belles années Juniors sous la houlette des coachs José Carneiro et Carlos Fernandes, avec à la clé un titre de Vice-Champions de Côte Basque-Landes, lors d’une finale perdue contre Arcangues-Larressore.

BenAli en Cadets en 97

1997 : C’est à partir de la catégorie des Cadets que Ben Ali (1er joueur en maillot debout à droite) va véritablement prendre toute la dimension du rugby…

 

Je me suis souvent blessé en Juniors, et c’est avec une blessure chronique à l’épaule, que je n’ai jamais voulu soigner, que j’aborde les Seniors. Après quelques joutes en Fédérale 2, elle a complètement lâché, nécessitant une opération que j’ai toujours refusée… A 20 ans, cela a sonné le glas de ma carrière de joueur, ouvrant grand la porte à celle d’une autre qui s’avèrera tout aussi exaltante… Fortement encouragé par les dirigeants de l’AS Bayonnaise, et désireux de me rendre utile au sein du club, j’allais devenir éducateur !

Ben Ali portrait 1

En s’occupant de jeunes de l’ASB, Ben Ali perpétue ce que les anciens lui ont donné…

C’est avec la catégorie des Minimes que je débuterai en 2002 cette nouvelle tranche de vie, en soutien de Philippe Dufour et de Cyrille Laiguillon. Je découvre alors dans cette équipe des jeunes auxquels je vais très vite m’attacher, des gamins pour certains pétris de qualité, comme Karim Menadjilia, Anthony Romont, Daniel da Silva, David Chartier, Christophe Royer, Anthony Dalidan… Pour n’en citer que quelques-uns ! A leurs côtés, je me suis rapidement pris au jeu en préparant du mieux possible mes entraînements, et ils me le rendaient bien. Des Minimes, je suis ensuite passé aux Cadets, en compagnie de Jérôme Hillaire… Une belle rencontre là encore, au cours d’une année assez particulière, dans la mesure où on s’occupait d’une équipe composée pour l’essentiel de gamins provenant des quartiers « populaires » de Bayonne voisins de notre stade, et qui vivaient pour certains des contextes personnels un peu difficiles et « hors-normes »… Je me souviens encore du jour où l’un d’eux m’a dit un vendredi soir, après l’entraînement : « Ben… Je ne serai pas là demain pour le match, ma femme va peut-être accoucher ! »… Il avait à peine 16 ans, et je n’en croyais pas mes oreilles !! En fait, pour beaucoup de ces jeunes, le rugby représentait tout, c’était un lien social essentiel pour eux.

Au total, j’entraînerai les Jeunes de l’AS Bayonnaise durant 12 saisons, jusqu’en 2014, avec plusieurs allers/retours entre Minimes, Cadets et Juniors (en entente avec Anglet pour cette dernière catégorie, en compagnie des Angloys Patrick Argagnon, dont je salue ici la mémoire, et Christophe Molle). Je garde de merveilleux moments de cette épopée d’entraîneur, comme par exemple la belle histoire vécue avec les Cadets de l’entente ASB/AORC, génération 90/91 (celle de Thomas Charabas)… Des garçons que j’entraînais avec l’Angloy Alain Laplace, qui pour la plupart n’avaient jamais joué au rugby, et avec qui on a pourtant réalisé des prouesses…

Juniors de l'entente ASB - AORC

2005 : Ben Ali (1er debout à gauche) est Coach des Juniors de l’entente ASB / AORC, en compagnie du regretté Patrick Argagnon et de Christophe Molle

Une autre génération de Cadets m’a également beaucoup marqué… la 94 !

L’entente avec Anglet venait de s’arrêter, et il nous fallait reconstruire une équipe dans l’urgence à l’AS Bayonnaise… Pas simple, car nous n’avions que 12 jeunes à l’intersaison ! Alors on a tous pris notre courage à 2 mains, et aidé par Karim Menadjilia, que j’avais entraîné quelques années auparavant, on a bossé tous ensemble pour faire grossir et vivre le groupe, ne serait-ce que pour pouvoir aligner une équipe en début de saison… Au final, cette équipe, emmenée par son capitaine Antton Tardio, réalisera un magnifique parcours cette année là (2011), et se qualifiera pour le Championnat de France Teulière… A cœur vaillant, rien d’impossible !

Et puis, depuis 2 ans maintenant, j’ai quitté ma fonction d’entraîneur, pour endosser celle de dirigeant au sein de l’équipe des Cadets de l’AS Bayonnaise.

 

Dans tout ce parcours, peux-tu nous confier quelques « grands moments » particuliers, des choses que tu gardes bien ancrées en toi…

logo aviron bayonnaisEn tant que joueur, je mentionnerai d’abord un match en Cadets, contre notre « grand frère »… L’Aviron Bayonnais ! De telles joutes entre les 2 clubs de la ville étaient très rares à l’époque, mais je ne sais plus pourquoi, cette saison-là, c’était le cas. Nous, l’ASB, on avait une très belle équipe, avec entre autres David Penalva, Manu Héguy, etc… Et bien que menés à la mi-temps, on avait gagné ce match 35 à 17, devant beaucoup de monde… Un grand souvenir sportif !

Je te parlerai aussi de notre épopée en Juniors dans les phases finales du Comité Côte Basque-Landes…

On avait gagné en ½ finale contre Ustaritz après un incroyable « renversement de vapeur » alors qu’on était largement menés au score, grâce notamment à un « grand » David Saint-Martin, un n°10 d’exception qui est toujours resté fidèle à l’ASB… Un match héroïque qui nous avait donc permis de jouer la finale contre Arcangues-Laressorre. Et c’est satanée finale, on la perd… Je suis capitaine de l’équipe, le score est à 22-22 et il ne reste rien à jouer… Sauf que l’arbitre n’en finit pas de ne pas siffler la fin du temps réglementaire. Sur les toutes dernières mêlées, mon 2ème ligne me dit : « Ben… On la relève ?! »… S’appuyant sur la théorie suivante : on la relève, bagarre, l’arbitre siffle la fin du temps réglementaire, prolongations… Et on les explose en prolongations !! Mais cette mêlée, j’ai toujours refusé de la relever, parce que je voulais qu’on finisse le travail proprement devant un public nombreux venu au Stade d’Ibusty à Mouguerre… Mauvaise pioche… l’arbitre a laissé joué jusqu’à ce que nos adversaires marquent… Je m’en suis toujours un peu (beaucoup !) voulu !!!

Juniors en 2000

En 2000, Ben Ali (3ème joueur debout à gauche) est Capitaine des Juniors Bayonnais… Vice-Champions de Côte Basque-Landes !

2011 Romain Sarraude

2011 : Tout le bonheur de Ben Ali (en arrière plan) quand Romain Sarraude (génération 94) est récompensé par JC Durand pour ses talents de finisseur.

En tant qu’entraîneur, je voudrais aussi évoquer ce match à Mauléon des Cadets Teulière de la génération 94, en 2011… Au match aller, chez nous, on avait contenu la fougue de cette belle école Mauléonnaise, une rencontre qui s’était terminée sur le score nul de 18 à 18. Le retour chez eux s’annonçait très difficile, d’autant plus qu’on allait là-bas pour se qualifier pour le Championnat de France. A l’issue d’un match héroïque de nos joueurs, nous avons gagné 22 à 21… Avec un essai inscrit à la dernière minute par Romain Sarraude et ses cannes de feu (il avait marqué une trentaine d’essais dans la saison !)… J’ai rarement chialé dans ma vie, mais là je n’ai pas pu retenir mes larmes, tellement les petits Bayonnais avaient été courageux… Et puis, rappelle toi ce que je t’ai dit plus haut, pour un effectif de 12 à l’intersaison précédente, cette performance en bout de saison était tout simplement un exploit !

Enfin, en tant que dirigeant, je garde en moi un grand moment de fierté récent… En mai dernier, notre club a reçu le 2ème Prix du Fair-Play décerné par la FFR dans le secteur Grand Sud-ouest pour les catégories Cadets & Juniors… C’est une belle reconnaissance de l’état d’esprit qu’on essaie d’insuffler à nos Jeunes, d’autant plus que l’ASB se trouve au cœur d’une aire Bayonnaise classée « Quartier Prioritaire » (ndlr : ex Zone Urbaine Sensible).

 

Tu es aujourd’hui dirigeant des Cadets de l’AS Bayonnaise, peux-tu nous présenter cette équipe ? Quel est ton rôle particulier en son sein ?

Nos Cadets sont inscrits en catégorie Teulière B. La saison passée (2015/2016) a vu à l’œuvre la génération 2000/2001, une génération très intéressante avec beaucoup de potentiel sur certains postes. On vient en fait de vivre 2 saisons exceptionnelles, puisqu’on a été Champions d’Aquitaine en 2015 (en battant en finale Vézère), et Vice-Champions en 2016 (finale d’Aquitaine perdue contre l’entente Billière-ASPTT Pau-Lescar). La saison qui vient, avec la génération 2001/2002, devrait être, je pense, dans la continuité des 2 précédentes… A nos garçons de relever le défi de leurs aînés !

2015 Last équipe Cadets

Les Cadets Teulière de l’AS Bayonnaise, crû 2015/2016… Ben Ali (1er debout à gauche rang du milieu) toujours fidèle au poste en tant que dirigeant… en compagnie d’Illies (3 ans), son fils, assis sur les genoux de Philippe Larrieu !

Pour ma part, je m’occupe des tâches administratives et logistiques au sein de l’équipe, et plus largement, mon job est de faire en sorte que les 2 entraîneurs, Philippe Larrieu et Patrick Arneau, n’aient qu’à se concentrer sur le sportif… A moi, aidé aussi par d’autres bénévoles, de veiller à tout ce qui concerne les licences, les feuilles de match, les relations avec les arbitres, avec les clubs adverses, l’organisation des déplacements, des réceptions d’après-matchs, etc etc…

 

Voilà 22 ans que tu baignes dans l’A.S. Bayonne… Tu nous présentes ton club dans ses grandes lignes ? Comment cohabite-t-il avec le grand voisin qu’est l’Aviron Bayonnais ?

Les origines de l’Association Sportive Bayonnaise remontent à la fin du 19ème siècle, et elle est en fait une émanation de l’Amicale Jean Macé, alors basée dans le Quartier Saint-Esprit, un quartier très populaire de la rive droite de l’Adour (en 1857, le village Landais de Saint-Esprit-lès-Bayonne fut rattaché administrativement à la ville de Bayonne et aux Pyrénées-Atlantiques, et prit le nom de « Quartier Saint-Esprit »). Rapidement, le club de rugby est né autour d’instituteurs de l’école Jules Ferry et de… Dockers, puisqu’il y a un port à Bayonne. Alors qu’au fil du temps l’Amicale Jean Macé avait cédé la place à « La Bayonnaise », c’est finalement en 1918, au sortir de la 1ère guerre mondiale, que le club prendra officiellement le nom d’ASB, Association Sportive Bayonnaise.

Equipe I ASB - Photo Passion Images

2015/2016 : L’Equipe Une de l’AS Bayonnaise, qui évolue en Fédérale. Photo Michel Etchelet

Frappé de blanc (la pureté), de vert (l’espérance) et de mauve (les couleurs de l’Evêché, pour la foi), et présidé par Gilles Peynoche, le club évolue actuellement en Fédérale 3 et a connu dans son passé plusieurs titres de Champions de France : en 1920 après avoir battu le Stade Français dans la 2ème division de l’époque, et plus récemment en 3ème division en 91, et en Fédérale 3 en 2001. En 2014, pour le 20ème anniversaire de notre section Féminines, nos filles, coachées alors par Jean-Michel Gonzalez et Jean-Baptiste Lartigot, ont été Championnes de France Armelle Auclair, la 2ème division Féminines, en battant Toulouse. Aujourd’hui cette équipe est toujours managée par Jean-Michel Gonzalez, qui coache également l’Equipe de France Féminines.

Equipe Armelle Auclair Féminies ASB

Les filles de l’AS Bayonne évoluent en division Armelle Auclair, l’Elite 2 du rugby féminin français… Elles y jouent le haut du tableau!

logo as bayonneLa particularité de l’ASB est d’être un club qui a toujours vécu dans une zone urbaine à l’ombre d’un gros club, l’Aviron Bayonnais, un monument du rugby hexagonal. On ne s’est jamais fait absorber, et on a toujours essayé de cohabiter au mieux avec le « grand frère »… Et finalement, depuis que le professionnalisme s’est installé dans le milieu des années 90, les choses sont beaucoup plus claires entre nous… C’est la complémentarité et le partenariat qui priment désormais… L’Aviron, c’est le monde du rugby professionnel, et l’ASB, celui du rugby amateur… Alors il est compréhensible que nos meilleurs gamins aillent jouer chez eux, et qu’en retour nous accueillions certains de leurs joueurs à qui nous offrons du temps de jeu… Ce n’est ni plus ni moins que de l’intelligence territoriale… Voire de l’intelligence tout court… Et tout le monde y trouve son compte !

J’ai intégré le Conseil d’Administration de l’Association Sportive Bayonnaise en Juillet 2011. Présidé par Gilles Peynoche depuis 2002, y siègent entre autres Jean-Michel Gonzalez, Pierre Cacareigt, Jean-Michel Bidart, Philippe Mandin, Philippe Charabas… Je ne peux citer tous ces bénévoles formidables, dévoués au club, au contact desquels j’apprends beaucoup. D’illustres personnages bayonnais qui y siégeaient, tels que Manu Castiella ou Le Père Bruneau, nous ont récemment quittés, et je voudrais aussi saluer leur mémoire.

2011 Conseil d'Administration last

2015 : Ben Ali (1er assis à gauche) au sein du Conseil d’Administration de l’ASB, groupé autour du Président Gilles Peynoche (4ème assis à gauche).

Dans ce contexte, une grande fierté pour moi a été de constater que sur la feuille de match de la dernière rencontre de cette saison 2015/2016, nous opposant à Haspparen et qui était décisive pour notre maintien en Fédérale 3 (et on s’est maintenu !), 17 de nos 22 joueurs étaient passés par les Cadets du club… Avec ça j’ai tout dit.

 

Quand Thomas Charabas t’a passé le ballon « Puissance 15 », il t’a présenté à moi comme un « éducateur » plutôt que comme un « entraîneur »… Tu en penses quoi ?

Thomas à Bayonne

Thomas Charabas (à droite), quand il était « conduit » par Ben Ali avec les Cadets de l’ASB.

Ce que t’a dit Thomas à mon sujet me fait extrêmement plaisir… Et je crois (j’espère!) qu’il a raison ! J’essaie en effet d’être avant tout un « éducateur » plutôt qu’un « entraîneur »… Dans « entraîneur » il y a « traîner », alors qu’ « éducateur » vient du latin « educare », qui veut dire « conduire »… Alors tu vois, le recours à la sémantique m’a bien fait comprendre que je préfère, et de loin !, conduire mes gamins plutôt que de les traîner… Je pense que c’est plus utile pour les accompagner, sur le terrain et dans leur vie… Et pour moi l’individu primera toujours sur le joueur.

 

 

Dans la vie il y a le rugby, mais il n’y a pas que ça… Quelle est ton activité professionnelle ?

Ben Ali portrait 2

Ben Ali… Educateur au rugby… Educateur dans la vie !

Educateur spécialisé de formation, je suis travailleur social, et j’interviens dans un foyer d’accueil d’urgence pour mineurs en danger, qui dépend du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques. Cette structure a pour mission de protéger des mineurs dits en danger, et de les accompagner, ainsi que leurs familles, dans la vie quotidienne. Mon métier est donc d’aider ceux qui ne vont pas très bien dans un moment de leur vie, pour leur permettre de dépasser ce cap et les mettre dans une nouvelle perspective.

Dans mon environnement professionnel, j’a bien évidemment l’étiquette « rugby » qui me colle à la peau, et il m’arrive de temps en temps d’amener certains des gamins que je côtoie à tutoyer ce sport… J’aime les conduire certains dimanches au bord d’un terrain de rugby plutôt que d’aller les enfermer dans un cinéma… Certains d’entre eux, rares il est vrai, sont même allés jusqu’à prendre une licence… Mais oui, c’est sûr, je suis convaincu que la pratique du rugby et l’esprit de ce sport m’aident beaucoup dans mes relations aux autres au travail.

 

Tu es né là-bas, alors bien sûr tu connais Bayonne et la Côte-Basque comme ta poche. Parmi tous les joyaux que recèle la région, quels sont ceux que tu aimes faire découvrir à ceux qui t’y rendent visite ?

C’est compliqué de répondre à cette question, car des joyaux, ici, tu en as quantité ! Alors puisqu’il faut faire des choix, je te parlerai de Bayonne bien sûr, à laquelle je suis très attaché, mais aussi de Biarritz, d’où est originaire Alexandra, ma femme (j’en profite pour la remercier de me permettre de vivre pleinement ma passion du rugby!) et où nous avons fondé notre famille… Les Halles de Bayonne sont exceptionnelles, un café là-bas un samedi ou un dimanche matin, ça n’a pas d’égal… Tu viens y rejoindre les copains, les chambrer et blaguer avec eux, refaire les matchs passés ou « faire » ceux qui n’ont pas encore eu lieu…

Halles Bayonne - Wikimedia-Daniel Villaruela-CC BY SA 4.0

Les Halles de Bayonne…Elles sont aussi un haut lieu de convivialité!

En ballade le dimanche, j’aime beaucoup aller à Bidarray, sur la route de Saint-Jean-Pied-de-Port… La Nive coule là-bas, tu peux aller te promener sur ses abords… Tu peux aussi visiter son église, qui date du 12ème siècle, sur la place du village où tu bois un petit rafraîchissement juste à côté du fronton, situé en hauteur et dominant la vallée…

Port pêcheurs Biarritz - Wikimedia-Daniel Villaruela-CC BY SA 4.0

… Et le Port des Pêcheurs à Biarritz.

Je ne peux pas non plus ne pas te parler aussi du Port des Pêcheurs, à Biarritz… Là aussi, quand tu prends un café dans une « crampotte » (anciennes petites maisons de pêcheurs restaurées en lieux de convivialité), tu te dis que la vie vaut la peine d’être vécue ! Ici, tu pourras te restaurer de belle manière… Un verre de vin blanc, des fruits de mer… Et participer aux fêtes populaires le moment venu… Là on est bien !

Et enfin, il y a un lieu plus profondément ancré dans les terres, aux confins du Pays Basque Français, à 2 heures de route de Bayonne, que j’aime faire découvrir à mes amis, du coté d’Arette, Aramits et de Saint-Engrace… La Salle de La Verna (ndlr : et on adresse un clin d’œil à Etienne Serna !)… Une cavité sous-terraine « hors-norme » et époustouflante qui prend naissance à la Pierre-Saint-Martin… Je dois y aller environ 1 fois par an, et à chaque fois je suis émerveillé !

 

On l’a cité plus haut, c’est Thomas Charabas qui t’a transmis le ballon « Puissance 15 »… A qui vas-tu faire la passe à ton tour ?

J’adresse un grand « merci » à Thomas pour cette passe symbolique qui me rappelle le temps, pas si lointain, où, faisant ses premiers pas au rugby, il rejoignait l’équipe Cadets de l’AS Bayonnaise… Pour le plus grand bonheur, je me souviens, de son père, Philippe, un fidèle serviteur de notre club (dont il a été Président et où il coache aujourd’hui les Juniors).

2006 Cadets Charabas

2006 : Le coach Ben Ali et le cadet Thomas (tous 2 debout à droite) posent côte à côte avec la génération 90/91 des Cadets de l’ASB

Et maintenant que j’ai ce ballon Puissance 15 en main, j’aimerais l’envoyer à tellement de monde !! Je vais le faire partir en Gironde, à Sainte-Foy-la-Grande, à l’attention de David Chartier, formé à l’ASB et évoluant actuellement en Fédérale 3 au Stade Foyen après un brillant parcours dont il te parlera… Mais aussi à Antton Tardio, qui lui aussi a poussé à l’ASB et qui fait actuellement ses études à Lyon où il pratique le Rugby en Universitaire… J’espère que tous les 2, que j’ai eu le plaisir de « conduire » quand ils étaient gamins, prendront la balle au bond… Et à travers eux, c’est à tous ceux que je côtoie sur les prés que je l’envoie ce ballon !

 

Et avant de se quitter Ben Ali… Si tu souhaites qu’une chanson accompagne ton Portrait Puissance 15… C’est maintenant qu’il faut me le dire…

Choisir une chanson en particulier n’est pas si simple… J’aurais aimé illustrer ce portrait de la douceur arabo-andalouse du groupe algérois « El Gusto », de l’énergie du Raï Oranais de Cheb Khaled, de la profondeur du « Chœur des esclaves » de l’Opéra Nabucco de Verdi, ou encore de Ben Harper chantant « My own two hands »… Mais mon choix s’est finalement arrêté sur cette chanson d’Atahualpa Yupanqui… Los Hermanos… Une chanson que j’aime écouter lorsque je me détends chez moi.


ICONE-VIDEOAtahualpa Yupanqui – Los Hermanaos


Atahualpa Yupanqui-en.wikimedia-Public domain

Atahualpa Yupanqui, en 1979

Atahualpa Yupanqui est un auteur-compositeur-interprète dont j’admire l’œuvre et le parcours personnel : d’ascendance basque du côté maternel, cet artiste a embrassé la culture sud-américaine en poussant la curiosité jusqu’à la rencontrer et l’étudier. A l’issue d’une incarcération pour des raisons politiques, il s’exile de l’Argentine du dictateur Perón pour la France au milieu du siècle dernier, où il côtoie Edith Piaf, Eluard, Picasso, Aragon… Cela prouve un certain niveau d’engagement, une valeur qui m’est chère… L’engagement est le sel de la Vie, il donne du sens à une existence… Et il n’y a pas de hasard si c’est une dimension essentielle du rugby !

Cette chanson parle de 2 valeurs importantes pour moi, que sont la Fraternité et la Liberté. « Yo tengo tantos hermanos que no los puede contar » se traduit par : « J’ai tellement de frères que je ne peux pas les compter » et « Y una novia muy hermosa que se llama Liberta » par : « Et une fiancée très belle qui se nomme Liberté »… Se libérer de ses propres chaînes, de ses propres représentations, de ses propres frontières, afin de devenir un être socialement épanoui et trouver sa place dans un environnement équilibré…

 


ICONE-WEB Site Internet de l’Association Sportive Bayonnaise


ICONE-CREDITS

Interview : Frédéric Poulet

Photos : Photo de « Une » et photos « Rugby »: Archives de Ben Ali et site Internet de l’AS Bayonne / Halles de Bayonne et Port des Pêcheurs de Biarritz : Wikimedia-Daniel Villaruela-CC BY SA 4.0

Eu égard aux droits qui leur seraient associés, nous nous engageons à enlever les illustrations présentes dans cet article, sur simple demande de leurs auteurs.


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